27 Aug 2010
Problèmes et solutions du Bts
L’examen national du Brevet de technicien supérieur (Bts) session 2009-2010 a enregistré environ 11 000 candidats étalés sur 26 filières. 3 000 se sont ajoutés cette année en rapport à l’édition de l’année précédente. Sur cet effectif, 4 651 candidats ont obtenu leur diplôme, ce qui représente un taux de réussite national de 42,28%. Cette progression est également très sensible dans la création de nouvelles filières ; celles-ci naissent afin de répondre tout au moins en théorie, aux besoins exprimés par le marché de l’emploi. Au vue donc de cette population de jeunes de plus en plus croissante qui optent pour la filière Bts, ce choix grandissant d’année en année engendre des problèmes très complexes ; il exige de ceux qui gèrent cet examen, une expertise pointue pour conduire les formations et organiser les évaluations à divers niveau des étudiants.
Parce que cette filière est de plus en plus sollicitée par de très nombreux jeunes qui veulent accéder rapidement à une formation professionnelle courte et pratique, elle devient aussi un domaine dans lequel de nombreux hommes d’affaires font des placements financiers à peu de risques. Il y a une vingtaine d’années, avant que la formation en Bts ne soit révisée et sa gestion confiée à l’enseignement supérieur, ses produits étaient prisés, faisant même l’objet des réservations anticipées par les administrations publique et privée, convaincues de disposer de cadres moyens immédiatement opérationnels. Au début des années 1990, lorsque la formation en Bts passe au supérieur, les contenus des programmes furent calqués sur le modèle français, sauf un élément déterminant : dans ce pays, pendant les 2 années que dure la formation, 80% du temps, les étudiants les passent en entreprise et le reste dans les salles de classe.
La même proportion est obligatoire pour le recrutement du corps enseignant : la majorité des professeurs sont des professionnels en exercice, et le reste, des universitaires qui dispensent des enseignements généraux. La réalité au Cameroun est complètement l’inverse; pire, les étudiants ont à peine 60 jours qu’ils passent en entreprise en 2 ans. La conséquence fâcheuse est que cette formation s’identifie progressivement à celle dispensée dans les facultés, avec la bénédiction du Minesup. Les entreprises qui recrutent les diplômés Bts, se transforment subitement en centres de formation, en prolongement des salles de classe. La première et unique adaptation des programmes français copiés ici a eu lieu en 2001 et depuis ce temps, beaucoup de transformations technologiques se sont produites, créant de nouveaux métiers ; de nouveaux enseignants non recyclés interviennent, sans que de nécessaires adaptations ne soient mises en perspective.
Voilà une partie des problèmes sans visibilité immédiate de solutions. Le Bts, cet examen national complexe, technique, lourd, continue d’être géré par le personnel de la Direction du développement de l’enseignement supérieur. Il n’y a pas que le tri de bonnes épreuves de sa banque qui constitue son unique handicap ; il y aussi la très grande latitude laissée aux établissements pour organiser les enseignements sans le contrôle systématique du Minesup, l’immense confiance faite à eux aussi, d’évaluer les rapports de stage et même les réalisations professionnelles. La tutelle donne le sentiment de démissionner de ses prérogatives essentielles : professionnaliser davantage les enseignements, veiller qu’ils collent aux réalités et aux besoins de l’entreprise. Veiller à l’éthique dans ce milieu.
Le Minesup subit à n’en point douter, les promoteurs des Ipes devenus financièrement puissants. Il est réduit uniquement au rôle d’organisateur d’examen, un examen dont l’Etat finance son déroulement, parallèlement aux milliers de postulants au diplôme qui déboursent aussi des sommes considérables.. L’organisation et la gestion d’un examen aussi complexe que le Bts oblige une spécialisation que tous les fonctionnaires de la Ddes n’ont certainement pas. Il faudrait donc que, pour éviter l’embrigadement du Minesup qui se profile, lui recommander de mener une réflexion pérenne dans le but d’amélioration le système de l’enseignement supérieur. Œuvrer progressivement vers la mise sur pied d’une structure autonome qui devrait penser, organiser, gérer et proclamer les résultats du Bts, sous la surveillance bien entendu du Minesup. C’est la solution salvatrice pour que le Minesup ne devienne pas l’otage des promoteurs des Ipes qu’il tend à devenir.
De Xavier Messè
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