Accueil  |  Nos contacts  |  Newsletter Nous écrire  |  Webmail
Commentaire

04 Jul 2010
Transporter des vies

Le fait inhabituel. Il était également spectaculaire : lundi 28 juin, Hamidou Maïdoki, le délégué régional des Transports pour le Littoral à Douala, accompagné de quelques uns de ses collaborateurs et des éléments des forces de l’ordre, descend au quartier Akwa. Dans ce secteur de la ville, sont basées la plupart des sociétés de transport interurbain qui desservent les villes du centre et du sud au départ de la capitale économique. Hamidou Maïdoki rend une visite inopinée à Centrale Voyages, jadis fleuron du transport interurbain. Le délégué constate de graves anomalies dans un bus chargé de passagers et prêt à prendre pourtant la route pour Yaoundé.

Le chauffeur est sommé de ranger en gare son véhicule. L’opération «coup de poing» du délégué fait écho dans la ville. A quelques mètres de là, se trouve la compagnie Finex Cameroun. Elle est la plus fournie en bus de toutes celles qui font le trajet Douala Yaoundé. Sachant que ses bus sont dans un piteux état, les responsables de cette agence feront disparaitre les véhicules avant l’arrivée de Maïdoki. Garanti Express où ne règnent pas forcément le confort et la sécurité, sera également visitée avec la même rigueur.
Dans le même temps, on apprenait qu’à Bafoussam, Albert Mbafé Konkou, propriétaire de la compagnie Kami Express qui dessert à partir de cette ville le Littoral et le Centre, a convoqué une assemblée de ses partenaires et employés pour proposer une reprise de ses activités par d’autres mains. Kami Express fait l’objet d’une suspension ministérielle de transport depuis février dernier pour raison d’accident grave récidivé, avec à chaque fois le même constat : état lamentable des véhicules.

Cette opération de visite surprise du délégué des transports à Douala est intervenue trois semaines après l’hécatombe qui s’est produite à Kon-Yambeta sur l’axe Yaoundé Bafoussam et où une quarantaine de personnes ont perdu la vie. Les personnes qui empruntent régulièrement nos grands axes routiers peuvent le témoigner : il faut se doter d’un courage sans bord, et être dans une obligation totale pour prendre place à bord des cars qui assurent le transport interurbain au Cameroun. La majorité des bus ne remplissent aucune condition exigée pour rouler et transporter des passagers : lorsque les visites techniques parviennent à être effectuées, les résultats sont monnayés, car les propriétaires des compagnies de transport n’acceptent pas de voir leurs engins immobilisés pour subir les réparations.

Les véhicules sont donc dans un état piteux, devenant ainsi des cercueils roulant.
Que dire alors des conducteurs? Le permis de conduire s’achète comme des cacahuètes. Quand on parvient néanmoins à «bien» conduire par habitude et avec le temps, ces conducteurs demeurent malgré tout des dangers potentiels sur les routes : à la non maîtrise des règles élémentaires de conduite, s’ajoutent les excès de toute nature : vitesse, fatigue ou absorption abusive d’alcool. La conduite de nuit a aussi son lot de problèmes : visibilité réduite, chaussée non balisée ou dégradée par endroits, voilà autant de choses qui mettent la vie des personnes transportées en danger permanent.

L’action du délégué des transports dans le Littoral ne devrait pas rester ponctuelle et spectaculaire. Pour qu’elle porte des fruits, elle doit se répéter plusieurs fois par semaine ; elle doit faire tâche d’huile sur l’ensemble du territoire, notamment dans les grands pôles de transport que sont le Littoral et le Centre. Elle doit être suivie des sanctions. Elle doit être relayée par les forces de l’ordre qui sont placées le long des routes. Sur ce point, il serait difficile de compter sur les éléments de gendarmerie et de police dont on connait la nature des contrôles, essentiellement portés sur le racket que sur le dossier du véhicule, l’état de l’engin et l’aptitude du chauffeur à conduire.
Seule cette conjonction d’actions, leur efficacité sur la durée, une abnégation totale aux actes de corruption seraient à même d’améliorer le transport interurbain dans ce pays d’une part, et par ailleurs, réduire considérablement les accidents, malheureusement de plus en plus nombreux et de plus en plus mortels.

De Xavier Messè

   
 |   |  Nous écrire