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Commentaire

16 Jul 2010
La France et l’Afrique

Le défilé du mercredi 14-Juillet 2010, à Paris, a vu la participation des troupes de 13 anciennes colonies françaises (Cameroun, Burkina Faso, Tchad, Congo, Sénégal, Mali, Togo, République centrafricaine, Bénin, Mauritanie, Gabon, Niger et Madagascar). Elles ont conduit, «en frères d'armes», la traditionnelle parade sur les Champs-Elysées. Seule la Côte d'Ivoire, dont les liens avec la France restent tendus, a décliné l'invitation à défiler. Elle a simplement envoyé son ministre de la Défense pour la représenter. Le choix de l’Inde, l’an dernier, n’avait pas fait autant de vagues.
Nicolas Sarkozy a ainsi tenu à présider la parade de mercredi dernier au milieu de ses « pairs » d’Afrique. Une image destinée à célébrer «le lien né de la contribution des troupes africaines à la défense et à la libération de la France». Pour autant, si de nombreux soldats venus des colonies d’alors ont versé leur sang pour défendre la patrie française et ses intérêts, cette invitation apparaît comme indigne pour au moins une partie des opinions publiques africaines et françaises.

De part et d’autre, société civile, politiques et simples citoyens voient, d’un œil ironique, cette célébration par la France de la fin de sa domination. Pour une certaine opinion, il s’est agi de l'expression d'une nostalgie coloniale, même si l’ambassadeur de France au Cameroun soutient le contraire.
En soulignant, mardi, lors du déjeuner de travail (comme celui que le même chef de l’Etat français avait organisé en faveur des mêmes invités sur le chemin de Copenhague, en décembre 2009), que c’était là «un contre-sens absolu», le président français est allé plus loin. «(…) C'est bien mal me connaître, de penser que je puisse être inspiré par un quelconque sentiment de nostalgie envers une période dont j'ai plus d'une fois souligné l'injustice et les erreurs», a-t-il argué. Répondant à son propos, le doyen de la basse-cour, Paul Biya du Cameroun, a sans ambages, affirmé qu’il n’existe pas de pré-carré ni de Françafrique. Le matin même, sur les antennes de Radio France internationale (Rfi), l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, Pierre Kipré, a fermement rappelé que le Cinquantenaire était celui de l’Afrique et pas l’inverse.

Las, la polémique autour de l’opportunité de l’invitation, mais aussi le prétexte de la présence dans certaines armées de putschistes et de miliciens notoires à la parade, a gagné les esprits. Ainsi en est-il des militaires nigériens, qui ont orchestré un coup d'Etat en février dernier et n’ont toujours pas organisé les élections promises. Surtout que Salou Djibo, qui avait mené le coup de force, a représenté son pays à la tribune officielle. Le Parti socialiste (PS) français a, de ce fait, estimé que le président Sarkozy a «gâché» l'occasion de la commémoration du Cinquantenaire des indépendances africaines. Ses leaders mettent en cause l’«ambiguïté du choix d'un défilé militaire pour la commémoration, des doutes sur les armées qui ont défilé, le repli sur le pré carré traditionnel de la diplomatie française, l’absence de réelle ambition pour l'avenir de l'Afrique».

L’association Survie a aussi dénoncé la présence d’armées coupables d’enrôlement d’enfants soldats et de répressions sanglantes. Des avis bottés en touche par l’Elysée, qui soutient que «ce n'est pas aux soldats d'aujourd'hui mais aux anciens combattants d'hier» que l’Etat veut rendre hommage. De son côté, la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (Fidh) estime que ce ne serait pas le moindre des paradoxes qu’à l’occasion de la célébration des valeurs de la République, celles-ci soient bafouées par «la présence de tortionnaires, dictateurs et autres prédateurs des droits de l’Homme, et qu’en lieu et place de les poursuivre, la France les honore». L’association a dénoncé la France qui ne peut, dans le même temps, annoncer devant les États-parties réunis à la conférence de révision du statut de la Cpi, à Kampala, «qu’aucun territoire ne doit être un sanctuaire de l’impunité; et par ailleurs inviter des personnes accusées de graves violations des droits de l’Homme aux festivités du 14 juillet».
Il s’agit donc là, comme dans un mauvais cirque, d’une complaisance qui, ajoutée au projet de loi rendant quasi-impossible leur poursuite devant des tribunaux français pour les crimes internationaux les plus graves, achève de dévoiler la démarche pernicieuse du pays des libertés que se veut la France. Et, autant le dire, de cette France qui se détourne de son histoire. De l’Histoire tout court.

Par Léger Ntiga

   
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