06 Jul 2010
Douala : Les agences de voyage investissent à Pk5
Certaines occupent les chaussées exigües au grand plaisir des petits commerces qui fleurissent.
«Hier encore, un promoteur d’agence de voyage est venu me proposer d’acheter ou de louer mon terrain». Celui qui parle est propriétaire d’une demeure attenante à l’une des routes de Pk5 les plus fréquentées par les automobilistes. Depuis le mois de décembre 2009, les agences de voyages desservant Yaoundé ont vraisemblablement découvert leur nouvel Eldorado dans le quartier populaire de Douala. A partir de cette période-là, en effet, elles ont commencé à s’y installer de manière quasi-systématique. Dès lors, même certaines compagnies n’ayant pas de terminal ici se sont mises à y embarquer les passagers à même la chaussée, pourtant étroite. En réalité, l’installation des compagnies de transport interurbain sur cette rue de Pk5, contigüe au camp de gendarmerie de la zone, ne date pas de la fin de l’année 2009. C’est l’agence «Touristique Express» qui a commencé l’aventure en partant du lieu-dit «Douche Municipale» à Akwa pour y ouvrir la première agence de voyage en mai 2008.
L’installation de l’entreprise sur un site de 4.000 m2 faisait suite à l’obtention de l’autorisation n° 4060/SSDT/LT004 du 08 mai 2008, délivrée par la Communauté Urbaine de Douala (Cud). Pour Abdoulaye Baba, le chef du bureau Douala de cette agence, cette délocalisation se justifie par le fait que «l’environnement malsain de la Douche d’Akwa ne [leur] a pas plu. [Leurs] clients étaient de plus en plus malmenés par des chargeurs irrespectueux et les plaintes fusaient: pertes de bagages, insultes etc.». Or, la réputation de la société est bâtie sur l’accueil de la clientèle. Ses salles Vip, ses toilettes modernes et son parking gardé illustrent cette philosophie de la maison. Aujourd’hui, le risque qu’elle a pris s’avère payant. Chaque jour, elle charge en moyenne 6 bus (de 30, 55 et 70 places).
Et l’initiative de la compagnie a fait des émules. «Confort Express» s’est établi à son tour en janvier 2009 sur un espace moins imposant à Pk5. Celle-ci mise sur le low-cost car, au lieu du tarif unique de 2.500 Fcfa de sa devancière, elle propose 2.000F. Mais la qualité de l’accueil n’est pas la même. Toutefois, les passagers embarquent le plus souvent dans des navettes «gros porteurs» (bus de 70 places). Après «Confort Express», une année a ensuite passé avant que d’autres agences ne s’installent à nouveau dans le secteur. C’est le cas de «Butra Voyage» qui y a pris ses quartiers en décembre 2009. L’entreprise est installée sur un site qui peine à accueillir trois véhicules à la fois. Aussi les cars de l’agence grignotent-ils chaque jour un peu plus sur le trottoir. Et le dynamisme débordant de ses chargeurs les conduit d’ailleurs sur la chaussée. La même démarche a été adoptée par la dernière venue de toutes: «Grace Lines».
Dynamisme Etablie à Pk5 depuis une dizaine de jours, ce transporteur a la particularité de placer toutes ses activités «à l’ombre du Tout-puissant». Lucie Flore Eto’o, la directrice générale adjointe, tient d’ailleurs à préciser que la dénomination de la compagnie n’est qu’un raccourcissement de «Grâce Divine». Deux autres sociétés de transport sont encore en chantier dans le quartier : «Buca Voyages» et «Kempes Express». La première, de l’avis du chef de quartier, Japhet Privat Tomo, «fait un immense investissement» car, elle construit «une vaste gare d’environ 3.000 m2». Ici, le gros-œuvre est presque fini. Et comme pour dire aux voyageurs, «voici ce que vous utiliserez bientôt», trois «gros porteurs» immaculés de blancheur stationnent déjà sur le terminal non achevé. A «Kempes Express», le site est déjà viable, mais il reste à peindre tous les bus aux couleurs mauve et verte du transporteur. Ici, Davy Fru, le chef d’agence, parie sur des navettes de prestige.
Les prix sont d’ailleurs conséquents: 4.000F pour la classe «prestige» et 3.000F pour l’option «classic». Les prospectus que «Kempes» distribue en ce moment à travers la ville de Douala présentent des images qui font presque rêver, tant elles sortent des réalités camerounaises. A côté de ces agences jouissant d’un espace bien défini, certains cars de transport chargent à même la chaussée par moment. Mutations a ainsi surpris ces actions à deux reprises. La première fois, il s’agissait d’un anonyme, et la seconde, d’un véhicule portant le label de «Noblesse Voyages». En outre, d’autres agences de transport sont en pourparlers avec les riverains pour occuper des espaces.
Embouteillages Malgré son élargissement, il y’a quatre ans environ, la route qui traverse Pk5 reste exigüe. «Gros porteurs» et camions s’y croisent difficilement. Avec l’installation des transporteurs interurbains, les embouteillages, naguère fréquents sur la voie, se sont accrus et durent beaucoup plus longtemps. C’est ce que confirme Pountougnigni, taximan empruntant la route chaque jour. Plusieurs choses expliquent l’aggravation de la situation. Tout d’abord, le fait que certains cars chargent sur la chaussée. Secundo, lorsque les taxis s’arrêtent pour débarquer ou transporter des passagers, les voitures qui les suivent sont obligées de s’arrêter. Et le fait que Pk5 serve de jonction entre le carrefour Ndokoti et Camp Yabassi (deux axes très fréquentés) n’est pas à négliger.
Du côté des agences, on pointe surtout du doigt les camions d’un transporteur de marchandises établi dans le quartier. Louise Mangan, gérante d’un call-box en face de «Grace Lines», indique d’ailleurs que «certains jours, de longs camions stationnent sur la chaussée devant [elle] pendant de longues heures». Ce problème était à l’ordre du jour d’une rencontre qui a réuni le 25 juin dernier le délégué régional des Transports pour le Littoral et les transporteurs. Ceux-ci y ont notamment proposé que «les autorités empêchent désormais les cars de racolage et les camions de se garer sur la route». Les riverains tirent largement profit de l’installation des agences de voyage à Pk5. Les petits commerces prolifèrent. De plus en plus de jeunes femmes, résidentes du quartier pour la plupart, envahissent les abords des compagnies. Les unes braisent du poisson, du maïs ou du plantain, et les autres, la majorité, gèrent des call-box. Louise Mangan constate avec joie que «ses recettes ont augmenté quelque peu». D’autre part, de nombreux enfants de Pk5, transformés en vendeurs ambulants, proposent toutes sortes de produits aux passagers. Avant, ils faisaient partie de la horde des badauds qui assiégeaient le lieu-dit «Douche».
Le fait d’exercer les activités de subsistance à côté de leur lieu de résidence «les met à l’abri de nombreux dangers, à commencer par les risques d’accidents», souligne le chef de quartier. Les échoppes et les boutiques qui s’installent progressivement le long de la rue et à l’intérieur du quartier fournissent des revenus substantiels aux riverains. La demande mobilière allant croissant, les frais de locations ont grimpé tandis que les terrains prennent de la valeur. Et les propriétaires sont courtisés, voire harcelés, par des personnes en quête d’espace dans cette nouvelle rue des agences. Quelles sont les perspectives pour Pk5? «Elles sont très bonnes», selon le chef de quartier. Même s’il a raison, il semble cependant urgent de régler la question des embouteillages qui paralysent parfois la zone pendant plus des heures. Les transporteurs espèrent toujours une solution pérenne de la part de la Communauté Urbaine de Douala. En attendant, Pk5 poursuit sa mue. Le quartier n’est qu’au début d’une nouvelle ère.
Brice T. Sigankwé (Stagiaire)
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