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02 Feb 2010
Débat : La diaspora et la jeunesse camerounaise ne sont pas des dispositifs d'instrumentation politicienne (suite et fin)

Réponse citoyenne à la " Lettre ouverte aux Camerounais" d'Eugène Nyambal intitulée "La génération du Président Biya doit passer la main".

Grâce à la rédaction d'un pamphlet obscurantiste, Eugène Nyambal vient de dévoiler aux yeux du peuple tout entier, l'hypocrisie psychologique qui sous-tend certains fonctionnaires internationaux de son acabit dont le réflexe obsessionnel est de s'arrimer à la contestation systématique, dès lors qu'ils ne portent plus le régime dans leur cœur. Eugène Nyambal et ses collègues devraient ainsi porter et assumer la responsabilité des carences infrastructurelles que connaît le Cameroun. De combien de projets de routes bitumées ont-ils sevré le Cameroun parce qu'ils n'y trouvaient pas leurs comptes? Combien de centres de santé Nyambal et consorts ont-ils servi de tremplin auprès des bailleurs de fonds multilatéraux pour soigner leurs concitoyens? Combien de projets privés ont-ils fait subventionner? Combien de jeunes ont-ils fait recruter ici et ailleurs?

Du temps de sa splendeur, Eugène Nyambal mangeait tout seul, sans y associer ses jeunes compatriotes. La bouche pleine naguère, il ne critiquait pas les "dérives" de népotisme, de corruption, la paupérisation ambiante, la médiocrité scolaire, la précarité sociale, l'improvisation, la dégradation quotidienne des conditions de vie des populations, la misère, l'exclusion ... Dans un chapelet de récriminations politiciennes, dignes des campagnes électorales, contexte de réclame où le mensonge et la délation se confondent avec le dénigrement des candidats adverses, le "Candidat Nyambal" décide d'anticiper la présidentielle de 2011, et d'affronter le Président Paul Biya qu'il accuse implicitement de tribalisme: "Au cours du mandat qui s'achève, ânonne-t-il, oubliant qu'il était le Président de la Nation toute entière, le Président de la République a renforcé le repli identitaire du régime.
Dans l'histoire du Cameroun moderne, jamais un groupe n'avait concentré autant de leviers du pouvoir ... ". Eugène Nyambal s'agglutine ensuite, en terme de comparaison maladroite, dans les frasques d'une histoire du Cameroun qu'il maîtrise mal: " Sous la première République, le Président Ahidjo s'était entouré de fidèles en provenance de toutes les provinces du pays. La deuxième République a institutionnalisé le sectarisme dans la gestion de l'Etat ... Deux constats permettent d'étayer cette conclusion. En premier, le renouvellement des élites sous le Renouveau ne s'est opéré que dans l'aire géographique du président.

Dans les autres provinces, le Président Biya s'est entouré de quelques caciques de sa génération cantonnés aux fonctions périphériques. En second, le président a confié les principaux leviers du pouvoir politique, économique et militaire aux ressortissants de son environnement géopolitique, qu'il s'agisse des postes de souveraineté au gouvernement (Défense, Sécurité, Economie et Finances et Affaires Etrangères, etc.) ou encore des principaux postes au sein des administrations centrales, de l'armée, de la police et des entreprises publiques ... ". Et à Nyambal de poursuivre; " Ce népotisme institutionnalisé a eu un impact limité sur les conditions de vie des populations des provinces du Centre et du Sud. C'est ce que l'un de nos compatriotes a qualifié de paradoxes du " pays organisateur: .. ".

Cette longue litanie dégorgée par Eugène Nyambal traduit une réalité camerounaise digne d'un extra-terrestre. Elle est contraire à la réalité du terroir. A titre d'information, que le sieur Nyambal qui se perd dans des annotations tribales triviales apprenne une fois pour toutes qu'en sus des départements énumérés, les postes-clés d'un Etat relèvent de la Primature, du secrétariat général de la Présidence, de la Justice, de l'Administration territoriale ... En plus de cette précision, Nyambal fait une interprétation dévoyée du néologisme "pays organisateur" usité ici dans un contexte connotatif. Par ses propres termes, le Président Ahidjo affirmait à Philippe Gaillard, son portraitiste, avoir choisi passer le pouvoir à Paul Biya parce qu'il n'était pas tribaliste. Cette qualité ne s'est pas évaporée jusqu'à ce jour, à moins que Nyambal soit lui-même natif de la sphère géographique du Président Biya pour avoir été personnellement catapulté au prestigieux poste de représentant du Cameroun au FMI. Please, grandissons et élevons le débat. Un candidat ne parle pas de tribu, mais d'unité nationale ...

La Refondation à laquelle Nyambal fait allusion est-elle in fine une sorte d'arche de Noé où la sélection copernicienne des ethnies du futur devrait faire abstraction des frères à Paul Biya? La chasse aux sorcières organisée par ce prototype de camerounais narcissique n'aura pas lieu. La jeunesse n'est pas une bouée de sauvetage à la solde des politiciens sans trempe. Elle ne saurait constituer une quelconque cape protectrice pour des pyromanes en quête de crédibilité nationale. Nul n'a le monopole de la rue. Les tristes émeutes de février 2008 ont épargné Nyambal qui sirotait son champagne à Washington tandis que les artères de son pays natal étaient en feu. Des clichés épouvantables qu'aucun témoin des émeutes de ce février noir ne rêve revivre sous l'instigation malhonnête de quelque muezzin politique ... La compétence politique s'exprime devant les pupitres des assemblées.
Ejecté du système, Nyambal jouerait-il le rôle de Socrate qui fut accusé en 399 avant JC de corrompre la moralité de la jeunesse athénienne en l'invitant à l'émancipation, au sursaut anarchique et antidémocratique? Nyambal ne s'offrira point le luxe d'arborer l'étoffe du philosophe grec, et, espérons-nous, le Renouveau ne lui fera certainement pas l'honneur d'ingurgiter la ciguë, et de figurer au panthéon des héros nationaux: Douala Manga Bell, Um Nyobe, Ernest Ouandié qu'il cite beaucoup plus comme des balises historiques au service d'un intérêt individualiste et subjectiviste.

Non! Mister Nyambal, la jeunesse et la diaspora camerounaise ne sont pas des dispositifs collectifs à la solde des marionnettistes calfeutrés dans des salons douillets, sous l'hiver américain. Critiquer ainsi, et de manière virulente, un système après qu'il ait refusé de proroger le mandat de l'économiste au FMI passera assurément pour de l'aigreur. Le silence du passé cadre mal avec le timing de la critique qui fait perdre toute leur crédibilité aux élucubrations de l'auteur. La jeunesse camerounaise ne fonctionne pas selon les fluctuations de vos humeurs...
Votre appel à sédition nous rappelle fraîchement et tout récemment encore le bide populaire d'une organisation de Camerounais de la diaspora qui avait appelé les Camerounais d'Europe à manifester en juillet 2009 contre la visite du président Biya à Paris. Une poignée d'une quinzaine de personnes s'isola à la porte d'Auteuil. .. On ne manipule pas un peuple qui pense ... Seuls les prédateurs se cachent derrière le socle populaire pour des intérêts et des calculs égoïstes. Les acteurs de la politique de l'autruche sont connus.

En ce qui concerne le programme de la Refondation sociale de Nyambal pour la Troisième République, rien qui y est mentionné ne relève de l'inédit: la mobilisation autour du "lion spirit ", la reforme des institutions, la mise en place d'un programme de redynamisation de l'économie nationale, la refonte du système financier, l'amélioration de la gouvernance et la transparence dans la gestion des ressources publiques, la mise en place d'une politique de décentralisation s'appuyant sur un nombre restreint de pôles économiques régionaux, la mise en place des réformes pour moderniser la police, "Le renforcement de l'esprit républicain et permettre à nos forces armées de défendre /'intégrité territoriale et de participer aux efforts de développement tout en offrant aux personnels des opportunités de développement individuel... ".
Du beau verbiage déjà lu et entendu auparavant. Une pâle copie non conforme des préceptes dispensés dans les amphithéâtres. Que l'économiste Nyambal sache donc, enfin, qu'il n'existe pas une crise des institutions au Cameroun. Les mécanismes étatiques sont en marche. Progressivement. Lentement, peut-être, mais sûrement, à coups sûrs ...
Toute notre sympathie.

Par Fall Aboubakar *
* fallabou@yahoo.fr

   
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