04 Feb 2010
Réflexion : La Béac atteinte dans son image
Après de nombreux problèmes qui ont secoué ces derniers temps l’institution d’émission monétaire de la Cemac, l’auteur souligne la nécessité de refaire l’image de la banque centrale.
«Beac : un placement toxique de 500 millions d’Euros auprès de la Société générale en France, tourne au fiasco», «Je prépare actuellement le concours de la Beac, faut-il continuer malgré tous les scandales et les passe-droits qui semblent en vigueur dans la banque ?», « Hold-up à la Beac », etc. Cela fait bientôt plusieurs mois que la Banque Centrale des Etats de l’Afrique Centrale dont le siège et les services centraux sont à Yaoundé, est au centre de nombreuses publications dans les journaux et sur Internet, dont chacune contribue à ternir l’image de marque de cette institution supranationale.
Jusqu’ici, la Beac a communiqué très peu sur la situation. En effet, la communication institutionnelle est une communication dont l’objet est l’entreprise elle-même. A chaque fois, l’entreprise tient et diffuse un discours sur elle-même, sur ses valeurs, sa philosophie et ses principes. L’image est la perception mentale que les différentes parties prenantes, conservent concernant une entreprise ou une institution. Dans cet article, en nous situant dans une démarche marketing, nous relevons d’abord les conséquences négatives des publications actuelles sur les différents publics/partenaires et nous insistons ensuite, sur l’urgence d’une réaction de la Beac en tant qu’institution de référence.
1- Institution de référence, baisse de crédibilité
Etre aujourd’hui cadre à la Beac ne fait plus rêver Le rêve de tout jeune étudiant qui s’inscrit en sciences économiques, est de devenir un jour, un haut cadre à la Béac. Elle était perçue comme un modèle d’excellence en matière de ressources humaines, c’est-a-dire une institution dans laquelle seuls les meilleurs des meilleurs y accèdent, et une fois dans la maison, ils travaillent très dur, nuits et jours, afin de gravir tous les échelles qui longent la longue carrière au sein de la banque. Aujourd’hui, quand on lit dans la presse l’ampleur et l’envergure des malversations dont plusieurs hauts cadres seraient impliqués et en attendant que justice soit faite, la Beac donne l’image d’un repère de coquins et de requins blancs. Serait-elle devenue un océan infesté de requins de la finance ? Le modèle de recrutement et de promotion des cadres est-il encore fiable ? Dans l’une des recommandations faites par un expert concernant le recrutement des hauts cadres, on lit qu’il faudrait recourir à quelques inspecteurs généraux de nationalité française, sous- entendu des blancs. Comment les cadres actuels et les candidats au concours de recrutement des cadres doivent comprendre cette recommandation ?
Y-a-t-il encore des cadres intègres à la Beac ? Avant que toutes ces mauvaises informations ne soient diffusées dans la presse, personne ne pouvait douter un seul instant de la rigueur et du sérieux qui caractérisent le personnel de cette institution qui jusqu’ici était restée au dessus de la mêlée. Une absence de communication institutionnelle crée aujourd’hui la confusion sur l’image de la banque en tant qu’institution publique multinationale. Ainsi à cause d’une poignée de hauts cadres qui auraient abusé de leur position pour commettre des fautes de gestion et des malversations dont on attend que justice soit faite, le discrédit est jeté sur toute la banque. Nous sommes convaincus qu’il y a à la Beac, tant au niveau des services centraux que des agences nationales, des centaines, voire des milliers de cadres brillants, travailleurs et intègres. Il faudrait le faire savoir et le dire particulièrement dans le contexte actuel.
Image douteuse Toutes les informations diffusées depuis plusieurs mois, viennent étaler les graves dysfonctionnements de la gouvernance au sommet de la Beac et des défaillances du contrôle de gestion dans les directions opérationnelles, mais jusqu’ici, en tant qu’institution de référence, n’a rien fait pour rassurer les uns et les autres. A titre d’illustration, l’appel d’offres international, lancé dans plusieurs journaux internationaux et locaux en début janvier 2010, par la Direction générale du Contrôle général de la Béac et relatif à l’audit spéciale des procédures comptables, de gestion et de contrôle budgétaires au siège de la Beac, constitue un exemple de ce qu’il ne fallait pas faire. Avait-on vraiment besoin de passer par la presse pour lancer cet appel d’offres dans lequel, même le lecteur le moins averti pouvait se rendre compte, que le système du contrôle général de la Beac est moins efficace que celui d’une chefferie traditionnelle ?
On peut lire implicitement ceci : le cabinet du gouvernement ou le Bureau de Paris sont des unités organisationnelles spécifiques où il est possible d’échapper au contrôle général qui devrait être le même dans toute banque centrale. Les procédures de contrôle budgétaire et comptable pouvaient être modifiées de manière importante et appliquées de 2004 à 2009 à l’insu du contrôle général de la banque et des auditeurs externes de la Beac. Les procédures de passation des marchés en place à l ne sont pas les mêmes entre les services centraux à Yaoundé et le Bureau extérieur de Paris. Entre le siège à Yaoundé et le Bureau extérieur à Paris, il était possible de faire des confusions entre des dépenses médicales, des frais de déplacement et des dépenses d’équipement.
Grâce au système Swift autorisé pour le personnel de la banque, plusieurs cadres auraient ainsi utilisé cet outil pour transférer à titre personnel et sans contrepartie, des fonds de la banque à l’extérieur et les récupérer pour un usage privé, et aujourd’hui on recherche un auditeur pour chiffrer les dégâts. En conséquence, le Bureau de Paris, dont l’une des missions était de renforcer l’image de marque de la Beac auprès des partenaires étrangers tels que la Banque de France, ce bureau est devenu un vulgaire centre d’approvisionnement et de règlement des fournisseurs étrangers. Cet exemple montre assez bien la faiblesse de la communication institutionnelle à la Beac, car s’il ressort que dans la chaine de gouvernance, plusieurs individus parmi lesquels des hauts cadres auraient commis des fautes de gestion et des malversations, la Beac en tant qu’institution, n’a commis aucune faute, ni aucune malversation.
2- L’urgence d’une communication institutionnelle forte et soutenue
Informer sur les erreurs et les fautes de gestion tout en préservant le personnel Loin de nous l’idée de faire croire que rien ne s’est passé, nous voulons simplement insister sur le fait que pendant que toutes ces mauvaises informations étaient diffusées dans la presse, la Beac en tant qu’institution, n’a pas réagi. Il est facile de relever dans la presse, que le traitement de l’information sur les malversations à la Beac est disproportionné. En effet, les faits incriminés ont été insuffisamment présentés à cause certainement de la difficulté d’accéder aux bonnes sources d’informations à l’intérieur de la banque. Par contre les commentaires tendant à mettre en cause certains hauts responsables de la banque sont fortement amplifiés. A aucun moment, la Beac, n’a exercé ni son droit de réponse, ni la moindre action d’information sur les faits relayés dans la presse. La communication minimale aurait consisté à informer le public et les partenaires de ce qu’est la Beac, en tant qu’institution a été l’objet de quelques malversations dans les services centraux et le bureau extérieur de Paris. Parallèlement et tout en évitant de mettre en cause le personnel interne, il aurait fallu insister abondamment sur les mesures de sauvegarde qui ont été prises au niveau du contrôle général, en attendant des investigations approfondies et les poursuites judiciaires des personnes impliquées.
Même les plus grandes institutions financières internationales sont de temps en temps victimes des erreurs et des fautes de gestion de la part du personnel. En d’autres termes, aucune organisation même supranationale, n’est à l’abri de comportements opportunistes de la part d’une poignée d’agents véreux. L’essentiel est dans la manière de dire ce qui a été fait, pour quoi cela est arrivé et quelles sont les mesures prises afin que cela n’arrive plus. Auprès des propriétaires/actionnaires que sont les Etats, des partenaires et de l’opinion publique, l’effet de halo dont a fait preuve la presse nationale et internationale autour de ces malversations, conjugué à l’effet «motus» de la Beac qui perdure, ont fortement contribué à jeter du discrédit sur les cadres et les hauts dirigeants. Plus grave, la notoriété de l’institution a pris un grand coup et les choses qui n’arrivent qu’aux autres, sont aussi arrivées à la Beac. Pourtant,, elle la n’est pas une banque comme les autres. Une banque qui émet la monnaie, doit être infaillible. Nous souhaitons vivement que la Beac trouve rapidement l’imagination nécessaire afin de redorer son image.
Communiquer sur les missions et les valeurs Il faut bien se souvenir de la maxime selon laquelle : «Les individus passent, seule l’institution reste». Une institution financière est une marque qui se construit et se renforce chaque jour sur le socle de la confiance. La reconquête de la confiance perdue passe par une dynamique de communication essentiellement articulée sur les missions, les valeurs et les acquis de la Beac. En direction des Etats/actionnaires, il est bon de les rassurer que les fondamentaux de la banque restent les mêmes et que la Beac continue à travailler à la stabilité monétaire dans la zone Cemac, chaque jour davantage et toujours avec le même professionnalisme. Les autres parties prenantes veulent savoir si la Beac reste et restera un label de qualité avec une ingénierie conforme aux standards internationaux en matière de banque centrale, une technologie de pointe, une haute précision dans tout ce qui est fait et une plus grande attention portée au détail dans toutes les procédures de contrôle.
Le personnel actuel est pressé de savoir qu’avec plus de 30 ans de métier de banque centrale, la Beac a développé une culture d’excellence des ressources humaines et que la banque jouit aujourd’hui d’un personnel discipliné, intègre et travailleur. La communication est le ciment de la cohésion de toute organisation. Lors que de mauvaises informations ont commencé à circuler au sujet de possibles malversations, la plupart des gens étaient conscients du décalage possible entre les interprétations et les faits tels qu’ils se sont déroulés. Fournir une rétroaction de telle sorte que chacun s’en serve d’une manière constructive est une nécessité à la quelle la Beac doit faire face. Au-delà de cette rétroaction, la Beac est face aujourd’hui à un défi majeur : reconstruire son image et rebâtir la confiance de la part de l’opinion publique et de toutes les parties prenantes. L’image institutionnelle de la Beac doit être forte pour renouer et renforcer la confiance. Il s’agit d’une urgence de la plus haute importance pour les acteurs et les partenaires économiques de la Beac.
Par Bernard Alain Ndzogoue* * Enseignant à l’université de Douala
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