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Commentaire

05 Feb 2010
Non à l'isolement

Depuis que l'Organisation de l'unité africaine a été créée en 1963, que l'Union africaine lui a succédé 37 ans après, le passage de témoin entre un président sortant et son homologue entrant s'est toujours effectué dans la bonne humeur et le consensus approbateur. Pour la première fois, Bingu Wa Mutharika, le président du Malawi, succédant au colonel Kadhafi de Libye, a dû recourir au lobbying de ses pairs d'Afrique australe pour étouffer les intentions du président libyen de se succéder à lui-même. Attitude inhabituelle qui aurait crée à ne point douter, un fâcheux précédent dans les anales de cette organisation. Le colonel Kadhafi a considéré ce refus de céder à ses désirs de mégalomane comme un affront d'une partie des chefs d'Etat qui refusent son diktat.

Que le 14ème sommet de l'Union africaine ne soit pas parvenue à sortir Madagascar de l'impasse dans laquelle l'administration putschiste de Andy Rajoelna l'a dirigé ; que le référendum irréversible attendu pour savoir si oui ou non le sud Soudan accèdera à l'indépendance dans un an après 21 ans de guerre civile ; que la Somalie pourrait un jour cesser d'être un Etat voyou. La présence du secrétaire général de l'Onu, Ban Ki moon, tout comme celle de José Luis Zapatero, premier ministre espagnol, invité pour la circonstance en sa qualité de président tournant de l'Union européenne, a donné à ce sommet une solennité qui a fait oublier aux observateurs que cette rencontre, comme les précédentes, n'a été utile que par le seul fait de l'avoir organisée.
Comme pour les autres sommets, Paul Biya s'est fait représenter par son Premier ministre. S'il se rendait d'ailleurs à Windhoek, cela aurait été perçu comme un évènement de portée exceptionnelle. Le chef de l'Etat n'a pas coutume d'honorer de sa présence les sommets continentaux. Il avait d'ailleurs surpris les dignitaires africains lorsqu'en 1996, il devenait président de l'Oua au terme d'un sommet très couru à Yaoundé. Comme cela est de tradition, c'est l'année suivante que Paul Biya devait rendre le témoin à Robert Mugabe à Harare ; il n'effectua pas le voyage, il ne donnera pas non plus la moindre explication de son geste.

Les chefs d'Etat ont pour leur pays une mission de représentativité, d'image et de promotion économique. Même si les rencontres continentales ne débouchent pas toutes à résoudre les problèmes pointus auxquels les pays sont confrontés, le seul fait de se concerter, échanger entre dirigeants est en soit une bonne chose ; personne ne gagne rien en se calfeutrant chez lui, refusant d'aller chez les autres. Pour ces raisons, le président Biya, il nous semble, a le devoir et l'obligation de représenter le Cameroun partout où cela est nécessaire. Nous avons la naïveté de croire que la tribune de l'Union africaine est un cadre indiqué où le Cameroun doit faire entendre sa voix par la bouche la plus autorisée, celle du président de la République.

Il n'est nullement besoin ici de tracer des parallèles ou faire des rapprochements comparatifs. L'histoire nous commande de reconnaître qu'en son temps, Ahmadou Ahidjo était l'un des présidents les plus assidus aux sommets continentaux ; à cause de cela peut-être, au moment le plus fort de la lutte pour libérer l'Afrique du Sud du joug de l'apartheid, c'est lui que le continent désigna à l'unanimité, le 16 avril 1969 pour présenter à la tribune des Nations unies à New York, la position de l'Afrique face à l'apartheid. Ce document dénommé "Le Manifeste de Lusaka" avait permis au Cameroun de faire entendre la voix de l'Afrique à travers la sienne. "Le Manifeste de Lusaka" demeure un credo dans le testament continental. Lorsqu'on relie ce document grâce aux sciences de l'archivage sonore, on ne peut qu'éprouver un sentiment de fierté à être Camerounais.

Nous avons coutume de reconnaître ici les différences qui nous habitent au sein d'un même pays. Autant nous restons conscients et respectueux de ces différences, autant il est évident que la probabilité pour tout Camerounais de devenir président de la République est nulle, même en prenant l'hypothèse la plus optimiste. Le président, s'il n'est pas un choisi divin, se doit de reconnaître qu'il est une exception qui devrait pouvoir, savoir pouvoir se surpasser en faisant ce qu'il n'aime pas, en embrassant son ennemi, pourvu que le devoir l'y oblige. Le président Biya n'affectionne pas les contacts au niveau du continent, c'est une réalité. C'est son droit aussi. Mais il n'a pas le droit d'isoler le Cameroun. Cela est une obligation pour lui.

De Xavier Messè

   
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