05 Feb 2010
Issa Tchiroma Bakary : Un homme dans les cordes
Le ministre de la Communication rallume la controverse à travers sa sortie mardi dernier sur l'Opération Epervier.
A la sortie de la conférence de presse du ministre de la Santé publique, André Mama Fouda, hier, 04 février 2010 à l'hôtel Hilton, Issa Tchiroma a lancé aux journalistes l'unes de ses formules rituelles: "Vous n'avez pas été tendre avec moi mardi". L'échange avec les gens des médias s'est poursuivi dans une sorte de cohue. Toujours est-il qu'ici comme ailleurs, Issa Tchiroma Bakary était attendu. Notamment depuis l'annonce, le mardi 02 février de la conférence cde presse qu'il a donnée dans les salons de l'hôtel Mont Fébé à Yaoundé. Une communication qui suscite de nombreuses réactions dont notamment celle de hauts magistrats estimant que le Mincom "a commis un massacre juridique".
Mais aussi celle du président de l'Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic). En effet, dans un communiqué de presse rendu public mercredi, 03 février 2010, Bernard Njonga qualifie de mensongers les propos tenus par M. Tchiroma lors de la conférence de presse de mardi dernier. Une communication diffusée par la Cameroon Radio Television et relayée par cinq autres chaînes de télévision. Il dénonce notamment le Mincom au sujet des affirmations selon lesquelles l'Acdic a perdu son procès contre l'Etat du Cameroun par rapport à sa plainte à propos de l'affaire des tracteurs indiens. Si Bernard Njonga dit n'avoir jamais saisi la justice contre l'Etat du Cameroun, il dément la nouvelle relative à la victoire de l'Etat sur son association.
Le même mercredi, Issa Tchiroma Bakary a réhabilité Sky One Radio, cette station de radio émettant de Yaoundé et scellée par le préfet du Mfoundi, Joseph Beti Assomo, le 16 août 2009. La 104.5 Fm venait alors de tomber sous le coup de la fermeture par décision du ministre camerounais de la Communication pour violation répétée de la déontologie. Si le ministre Tchiroma a justifié sa mesure par la résolution du promoteur de Sky One Radio de faire amende honorable, la seconde partie de la raison qu'il donne sonne comme une antinomie d'avec la feuille de route qu'il a dévoilée lors de la cérémonie de présentation de vœux pour l'année 2010 dans son ministère, le 15 janvier dernier. Ce jour-là, Issa Tchiroma avait annoncé pour 2010 une juste application des textes régissant l'exercice des médias audiovisuels au Cameroun.
Biens mal acquis Et pourtant mercredi dernier, il a affirmé que "le promoteur de Sky one s'est séparé de Duval Eballé (Ndlr, présentateur de l'émission Le tribunal, à l'origine de la fermeture de la station de radio)". Cependant, "le promoteur de Sky one n'a rien payé. Mais je mets tout le monde sur le même pied d'égalité. Je l'invite à payer au Trésor public pour être dans la légalité républicaine", a-t-il ajouté. Mais le Mincom n'adosse la mesure de réouverture de Sky One Radio sur aucun texte de loi, comme le relèvent de nombreux observateurs, "on peut en conclure que la tolérance administrative a encore de beaux jours devant elle". Le ministre de la Communication vient donc d'ajouter plus d'une corde à son arc. Tout comme il ajoute chaque jour des trophées à son tableau de chasse. Une partie qu'il a débutée avec l'affaire des biens mal du chef de l'Etat camerounais, Paul Biya à peine quelques jours après son entrée au gouvernement. On le verra également à l'œuvre dans l'affaire des vacances du même Paul Biya. Issa Tchiroma n'hésita pas à l'occasion, de commettre un article dans les médias pour révéler citant Yannick Urrien de La Baule+ (un gratuit), qu'une récente étude en France, classait les journalistes au même niveau que les prostituées.
Un propos qui n'apporta aucune clarté aux informations sur le coût des vacances jugées fort onéreuses, du chef de l'Etat camerounais. Le Mincom se contentant d'accuser certains médias d'être à la solde des intérêts occultes et de comploter contre le pouvoir en place. Aucun étonnement cependant pour qui a suivi cet homme politique et président du Front pour le salut national du Cameroun (Fsnc), avait déjà donné une conférence de presse le jeudi 14 février 2008 pour apporter son soutien au projet de révision constitutionnel. Un calcul politicien qui, même s'il a mal été payé à l'immédiat, a donné des fruits. Soupçonné de connexion avec le pouvoir, il dira à l'occasion n'être pas corrompu. Ancien cadre de l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp), des confrères le qualifiaient de transhumant politique à l'annonce le 17 janvier 2007, de la création du Fsnc.
Né en 1946 à Garoua, ce double ingénieur des matériaux et des constructions, et du matériel de la traction des chemins de fer français, est membre fondateur de plusieurs mouvements dont la coordination des partis politiques de l'opposition entre 1990 et 1992. Mais surtout de la récente coalition des partis politiques de l'opposition (2003 2004) dont il aura présidé les travaux de la commission chargée de désigner le candidat unique à la veille de la présidentielle de 2004. Prisonnier politique de 1984 à 1990, en dépit de sa présence quasi permanente parmi les formations politiques de l'opposition, Issa Tchiroma Bakary est resté un homme du pouvoir. Un fils de l'Union nationale camerounaise (Unc) en somme! D'où d'ailleurs sa relation controversée avec les autorités en place qu'il dénonçait avec véhémence en public. Mais en faveur de qui, il mène diverses campagnes à des moments décisifs de l'histoire du pays. Une tâche lui ayant souvent souri. Tant il rebondit toujours et pour sa seule gloire, le moment venu.
Léger Ntiga
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