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Economie

08 Feb 2010
Installation : Le gouverneur de la Beac en mission commandée

Lucas Abaga Nchama a reçu l'instruction ferme de restaurer la crédibilité de banque centrale éclaboussée par des scandales.

Ça y est ! La page gabonaise à la tête de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (Beac), qui remonte au consensus de Fort Lamy de 1974, a été officiellement tournée vendredi 5 février dernier à Yaoundé, avec l'installation de l'Equato-guinéen Lucas Abaga Nchama au poste de gouverneur de la banque centrale des Etats membres de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac).
Une cérémonie sobre mais historique, qui survient à un moment où la Beac traverse la plus grosse crise de son histoire, à la faveur des scandales qui s'y sont faits jour depuis 2 ans : un placement à terme foireux qui a fait perdre à la banque centrale quelque 16 milliards de Fcfa, mais surtout la révélation de détournements par des agents de la banque centrale, d'un montant de 19 milliards de Fcfa au bureau extérieur de la Beac de Paris.
"Votre nomination à la tête de notre institut d'émission intervient dans un contexte marqué par une crise de gouvernance à la Beac. Vous êtres donc un gouverneur en mission, qui aura pour principale tâches de restaurer la crédibilité de notre banque centrale et d'y instaurer un climat de confiance et de sérénité", a déclaré Essimi Menyé, le ministre camerounais des Finances, qui résumait ainsi la feuille de route du néo-gouverneur, que va d'ailleurs détailler le ministre centrafricain des Finances, Albert Besse, par ailleurs président en exercice du comité ministériel de l'Union monétaire de l'Afrique centrale (Umac).

A en croire ces deux membres des gouvernements camerounais et centrafricain, le magister d'Abaga Nchama à la tête de la Beac doit consister en "la mise en œuvre intégrale du plan d'action de la Beac adopté par son conseil d'administration ; la poursuite des audits des procédures comptables, de gestion et de contrôle budgétaire au siège de la Beac ; l'accélération des poursuites judiciaires et des procédures de recouvrement à l'encontre des auteurs des fraudes et autres détournements tans au niveau de bureau extérieur de Paris que dans le placement du dépôt à terme indexé auprès de la société générale ; la modification des statuts de la Beac en vue du renforcement de la gouvernance et de l'efficacité du fonctionnement de l'institut d'émission".
Des tâches herculéennes pour lesquelles, si l'on en croit Albert Besse, Lucas Abaga Nchama a le profil, du fait de son "parcours professionnel élogieux" et de sa "vaste expérience dans divers domaines touchant à la macroéconomie, la politique économique, ainsi que l'audit des institutions internationales". En effet, avant d'être propulsé au perchoir de la Beac au terme du sommet des chefs d'Etat de la Cemac des 16 et 17 janvier derniers à Bangui en Rca, Lucas Abaga Nchama, natif d'Ebebeyin, ville située au carrefour de la Guinée Equatoriale, du Cameroun et du Gabon ; occupait le poste de directeur général chargé de l'exploitation au sein de la banque centrale.

Titulaire d'un Dea en Banque-monnaie-finance, cet ancien secrétaire général du ministère Equatoguinéen des Finances intègre la Beac en 1999, en qualité de cadre à la direction générale à Malabo. Administrateur de la Beac pour le compte de son pays dont il était par ailleurs le point focal pour les missions du Fmi, Lucas Abaga Nchama, 49 ans, a surtout été le chef d'orchestre de l'audit de la Beac. De même, cet ancien étudiant de l'Université de Lyon II en France, a siégé au comité de pilotage des réformes des institutions de la Cemac, présidé depuis 2006 par le président Equatoguinéen, Teodoro Obiang Nguema Mabasogo. Lequel chef d'Etat vient de gagner un combat qu'il mène depuis 2006 : prendre les commandes de la Beac, institut d'émission dans laquelle la Guinée Equatoriale, le nouvel émirat pétrolier de la zone Cemac, dispose désormais, à elle seule, de près de 50% des réserves de change.

Brice R. Mbodiam

   
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