08 Feb 2010
L'eau, c'est la vie
Une promesse ministérielle à l'occasion de la cérémonie de présentation de vœux au ministre en charge de l'Eau, Michael Ngako Tomdio reprise par nos confrères de Cameroon Tribune : "au titre des réalisations gouvernementales attendues en 2010 dans le secteur de l'eau figurent les projets de réhabilitation et d'extension des adductions d'eau de Douala, Yaoundé, et de plusieurs autres villes et localités à travers l'ensemble du territoire national. On peut citer notamment le projet de réhabilitation de 350 adductions d'eau Scanwater. Le choix du bureau pour les études de faisabilité a déjà été fait". L'an dernier, à la même période, on disait la même chose. Et certains s'étonneront qu'on en soit aux études de faisabilité.
Une analyse à la limite du découragement du quotidien gouvernemental qui, dans son édition de jeudi dernier, peut écrire : "A force d'en parler, les mots commencent à manquer autant que l'eau pour décrire ou décrier la situation que vivent les ménages dans les villes de Yaoundé et Douala depuis plusieurs jours. On préfère quantifier en jours, parce que les expériences douloureuses sont assez variées selon les quartiers. Et alors que certains se plaignent de n'avoir rien vu sortir du robinet depuis quatre jours, les autres trouvent que ceux-là n'ont pas à trop se plaindre. Ailleurs en effet, cela fait des semaines, voire des mois que l'eau n'a pas coulé de manière régulière." Nos confrères n'ont pas souhaité préciser que ce calvaire ne trouve aucune compensation au moment du dépôt et du paiement des factures qui, lorsqu'elles ne sont pas stables, connaissent de fortes augmentations, alors qu'on n'a pas eu, à la fin du mois, de la provision d'eau pour 10 jours cumulés.
Mais combien de fois et en quels termes les populations de la plupart des quartiers de Yaoundé et Douala notamment, vont-elles crier leur ras-le-bol et espérer se faire entendre ? Bien sûr, il y aura toujours des explications savantes. Celles qui relèvent par exemple que, au jour d'aujourd'hui, la ville de Yaoundé a une demande de 150.000 m3 par jour alors qu'elle ne peut offrir que 97.000 m3, ce qui fait un déficit journalier de 53.000 m3. A Douala, le déficit serait encore plus grand, se situant à 165.000 m3 par jour. Comme pour embrouiller le consommateur, on tentera aussi d'expliquer qu'il y a une réelle répartition des tâches entre le ministère en charge de l'Eau qui définit la politique gouvernementale, la Camwater qui recherche les financements en vue d'améliorer la qualité de l'offre et la Camerounaise des Eaux, qui gère au quotidien l'approvisionnement en eau et la facturation du service. Mais qu'est-ce que cela change concrètement au commun des Camerounais lorsque, dans la pratique, l'eau n'est pas disponible? Qu'aucune explication cohérente ne soit donnée et que les responsables de ces différents secteurs ne daignent pas descendre de leur piédestal, de leur mépris condescendant pour se mettre à la place de ces millions de Camerounais qui souffrent de ne pouvoir accéder au service d'eau potable auquel ils ont droit et pour lequel plusieurs d'entre eux sont quand même obligés de payer des factures, souvent au prix fort ?
On peut pourtant lire, à longueur de semaine, de nouvelles conventions qui sont signées, des appels d'offres qui sont lancés, d'énormes chiffres en termes de sommes d'argent qui sont avancés ; sans que, cependant, cela ne transforme le quotidien des Camerounais, en particulier ceux habitant dans les grandes métropoles. On peut aussi se souvenir, que la question de l'eau, au même titre que celle de l'énergie, fait partie des préoccupations régulièrement rappelées par le chef de l'Etat lorsqu'il demande à ses ministres, dans la résolution des problèmes, d'être proches des Camerounais. Mais comment évaluer ? Qui le fera et quand? Il y a quelques années, bien avant la privatisation de ce qui était encore la Société nationale des eaux du Cameroun (Snec), privatisation qui n'a toujours pas dévoilé tous ses contours ni toutes ses ramifications, une pareille situation avait été vécue à Yaoundé. Les mêmes raisons, aujourd'hui avancées par la Cde, avaient été évoquées : vétusté du matériel et saison sèche. Le chef de l'Etat s'était alors personnellement impliqué, donnant un délai de 72 heures pour que la situation soit rétablie. Et elle le fut! Va-t-on encore attendre que le Paul Biya fasse signer un communiqué pour considérer enfin que la situation est grave et que, plus que jamais, l'eau c'est la vie ?
Par Alain B. Batongué
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