09 Feb 2010
Point Com' : Lettre ouverte
Excellence, La Fédération Internationale des Journalistes, l’organisation globale de journalistes, souhaite vous exprimer sa profonde inquiétude au sujet du procès qui se tiendra demain mardi à l’encontre de quatre journalistes camerounais. Comme vous le savez, le 12 janvier 2010, les journalistes Thierry Ngogang, Rédacteur en chef à la chaîne privée STV2, Alex Gustave Azebaze, journaliste indépendant et deuxième secrétaire du Syndicat National des Journalistes du Cameroun (SNJC), Anani Rabier Bindzi, journaliste à la chaîne de télévision privée Canal2 International et Dr Manassé Aboya Endong, directeur de publication de Africa Top Secret, avaient été cités à comparaître devant le tribunal pénal de Douala.
L’ouverture des débats a été reportée à ce 9 février 2010, à la demande des avocats des journalistes, pour consultation du dossier de l’accusation non communiqué aux prévenus ainsi que les faits qui sont reprochés à chacun d’entre eux. Jean Marc Soboth, Premier Secrétaire du Syndicat National des Journalistes du Cameroun (SNJC), affilié à la FIJ et à la Fédération africaine des journalistes (FAJ), dont l’absence à cette étape de la procédure est uniquement due aux incohérences du Parquet de votre pays, aurait reçu de nombreuses menaces depuis qu’il a condamné publiquement, la veille de l’ouverture du procès, la procédure engagée contre ses quatre collègues. Selon sa famille, prenant cette menace très au sérieux, il est depuis la mi-janvier réfugié à l’étranger afin d’échapper au risque d’une bavure judiciaire redoutée au terme de cette procédure discutable.
Selon les informations qui nous sont parvenues, ces journalistes et hommes de média auraient, lors d’une émission diffusée le 1er juin 2008 (soit plus d’un an et demi auparavant), débattu librement et de manière contradictoire sur les enquêtes policières autour d’anciens gestionnaires de deniers publics soupçonnés de corruption et/ou de détournements de deniers publics dans le cadre de l’opération Epervier lancée par votre gouvernement. Cependant, au rythme où vont les choses, et tenant compte de la tournure déjà prise par la première étape de la procédure, nous sommes de plus en plus inquiets de voir la politique influencer la décision finale qui sera prise à l’encontre de nos collègues.
Au moment où, la liberté d’expression et d’opinion deviennent de plus en plus une aspiration forte des populations du continent africain en vue d’asseoir des démocraties solidement ancrées, il nous paraîtrait déplorable et inapproprié de cibler des journalistes et collègues dont le seul tort a été d’avoir donné leurs points de vue sur des questions d’intérêt public et alors que deux années se sont déjà écoulées depuis les faits. C’est pourquoi, nous nous en ouvrons à votre Excellence, afin de garantir à nos collègues un procès juste et équitable et qu’ils puissent bénéficier pleinement de leur droit légitime à être défendu équitablement.
Comme nous l’avons constaté dans notre dernier rapport sur la liberté de la presse en Afrique, les périodes électorales ont presque partout été des moments difficiles de cohabitation entre les pouvoirs politiques et les médias. Nous saisissons cette occasion pour lancer un appel solennel pour l’ouverture d’un dialogue direct avec les acteurs des médias afin d’apporter une plus grande sérénité dans les rapports avec les médias. . Avec l’espoir que vous userez de votre autorité pour une justice équitable qui dépénalise les délits de presse à l’endroit de journalistes, nous vous prions de bien vouloir agréer, Excellence, l’expression de notre très haute considération.
*Président de la Fédération Internationale des Journalistes
Par Jim Boumelha*
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