23 Feb 2010
Afrique : La démocratie va mal
Le Monde diplomatique en a dressé le bilan 20 ans après la fièvre des années 1990 sur le continent.
Vingt ans après les espoirs nés des soulèvements populaires du début des années 1990 sur le continent, «les Africains votent mais ne décident pas». Un triste bilan dressé par la journaliste Anne-Cécile Robert dans la récente livraison du Monde diplomatique. Où en repartant sur les sentiers empruntés par le continent, elle décrypte au fil des lignes et sur deux pleines pages cette Afrique politique telle qu’elle se donne à voir aujourd’hui. Si l’organisation des élections est désormais considérée «dans toute l’Afrique comme un droit normal des citoyens et un élément indispensable à toute société ‘moderne’», il reste que les régimes en place multiplient des ruses pour réduire l’opposition politique à sa plus simple expression quand ce n’est pas l’histoire qui leur donne un coup de main dans leur envie de demeurer au pouvoir.
C’est ainsi qu’à côté des «progrès de principe» comme l’acceptation de l’opposition comme figure du jeu social au même titre que les «forces vives de la nation» que sont les syndicats et les associations, l’opposition doit encore faire face à de nombreuses entraves à la fois structurelles et conjoncturelles pour avoir droit de cité et participer sereinement au jeu politique. La première est ce que Mme Robert appelle «l’éthique de la compétition électorale (qui) n’est pas garantie». Un manque qui aboutit à la fraude qui «reste courante» au nez et à la barbe de la «communauté internationale» «pas toujours très regardante». Et à ce niveau, apparaît deux poids deux mesures, car tout en se montrant sévère à l’encontre de Robert Mugabe, «elle paraît très indulgente avec MM. Ali Bongo (Gabon) ou Paul Biya (Cameroun), grands amis de la France». Et pour toute justification, elle se contente de ce que le journaliste camerounais Théophile Kouamouo appelle «les litotes approbatrices de Paris» ou encore «les silences de Washington ou de Londres qui ne voient la démocratie qu’aux portes de l’Iran».
Ecueils Pire, «les pouvoirs en place n’hésitent pas à utiliser les ressources de l’Etat pour gagner la partie au moyen de campagnes dispendieuses, souvent avec l’aide de ‘communicants’ ou de conseillers juridiques européens» là où «les partis d’opposition n’ont pas toujours des électeurs suffisamment prospères pour les financer». L’autre obstacle de taille réside en ceci que «pour se maintenir au pouvoir, les dirigeants suscitent aussi la création de petits partis d’opposition afin de disperser les voix à leurs avantages». A cela, la journaliste fait savoir qu’il existe de «multiples manières de faire taire le contradicteur» comme ce «chantage à la marmite» qui consiste à «clochardiser et isoler l’opposant». Au passage et sans aucune gêne, les dirigeants font recours à la «lutte contre la corruption» pour «éliminer des adversaires politiques (qui se retrouvent alors) devant les tribunaux sous le coup de charges peu claires». Ce qui fait dire à l’écrivain ivoirien Venance Konan après la manipulation constitutionnelle au Niger que «Qui, parmi nos chefs d’Etat, peut vraiment donner des leçons de démocratie et de respect de droits de l’homme à Tandja et à Dadis Camara sans faire rire?»
Et à ces écueils, il faut ajouter que «En Afrique, la démocratisation s’effectue dans le cadre d’Etat décrédibilisés par l’échec des stratégies de développement mises en œuvre après les indépendances. L’avènement du pluralisme coïncide avec le resserrement de l’étau financier international après l’explosion de la dette dans les années 80». Une conjoncture sévère donc qui a pour «paradoxe fatal» la coïncidence des libertés conquises avec la paupérisation. Ce qui a pour résultat la perte de confiance dans les partis et «face aux injustices qui décrédibilisent la démocratie, les militaires se positionnent en justiciers tandis que la rébellion armée devient une solution logique dans le cas des régimes bloqués». Ce fût le cas la semaine dernière à Niamey, en attendant peut-être le tour d’un autre pays africain où la fièvre démocratique a depuis vu sa température baisser.
Parfait Tabapsi
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