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01 Jul 2009
Réaction : Du droit aux memoranda au devoir de responsabilité

Depuis quelque temps, des groupuscules d'individus tapis dans l'ombre, veulent faire porter aux organes de presse le lourd fardeau de leurs frustrations.

Jamais l'attente d'une réorganisation de l'équipe gouvernementale n'a charrié autant de passion et d'impatience de la part des potentiels ministrables ou encore de certains groupes organisés décidés, à tous les prix, de voir l'un des leurs, enfin, occuper un poste de ministre, de Secrétaire d'Etat, ou d'être maintenu, bref de demeurer dans le saint des saints de la République. Dans cette course effrénée au partage du gâteau national, les acteurs semblent utiliser toutes les armes. Mieux, tout le monde fait désormais recours au mémorandum qui a été inauguré, avec une relative réussite, par certains groupes sociaux, il y a quelques années. Qu'on s'entende bien, mon propos ne consiste pas à condamner l'usage du mémorandum comme moyen de pression. Les politologues et autres experts des questions de revendications politiques et sociales sont mieux placés pour soutenir que le mémorandum est un recours normal de revendication dans une République. Mais là où ces documents posent problème, c'est lorsque ses auteurs n'ont aucun courage de soutenir publiquement ce qu'ils assimilent à de la frustration ou de la marginalisation de la part d'un régime qu'ils ont souvent "plébiscité" lors de certaines consultations électorales ces 20 dernières années.

En remontant le cours de l'actualité, j'ai remarqué que la presse s'est fait l'écho ces derniers jours d'un mémorandum des "chrétiens et animistes des Monts Mandara". En parcourant ce volumineux document, l'observateur que je suis est en même de se poser la question que bon nombre de Camerounais se sont posés au lendemain de la publication d'un autre document estampillé des "élites du Grand Centre". S'agit-il d'un mémorandum ou d'un simple tract ? Sans parcourir le contenu, l'anonymat observé au bas de ces documents fait bien croire qu'il s'agit bel et bien d'un tract. Rejetant, à ce titre, sur le journaliste ou l'organe de presse qui se sert de ce document comme source d'information toute la responsabilité. Au cas où.
Faisons fi de ce anonymat pour nous intéresser à ce qui y est dit. Les ressortissants des monts Mandara, chrétiens et animistes, veulent une plus représentativité au sein de l'administration, au même titre que le sont leurs frères musulmans. C'est ce qu'il faut retenir.

Que de contradictions et d'équations à résoudre, en même temps ! D'abord, le Cameroun est un pays laïc. Si des textes existent aujourd'hui et prônent clairement un certain équilibre régional, à partir des entrées filtrées dans les grandes écoles qui donnent accès à la fonction publique, la loi fondamentale, quant à elle, ne fait aucunement mention à un certain équilibre entre les religions ou croyances dans la répartition des postes de pouvoir. Que diront les ressortissants des monts Mandara qui ne sont ni musulmans, ni animistes encore moins chrétiens ? Autrement dit, le musulman de Tokombéré doit-il se sentir solidaire des revendications du musulman de Foumban ou de Djakiri ? Ou encore, dès lors que les problèmes doivent se poser par croyance, comment ne pas considérer que l'animiste de Golonghini dans la région de l'Extrême Nord connaît les mêmes difficultés que celui de Bazou dans l'Ouest du pays ? Lorsqu'on a donné des réponses à ces deux questions, on peut aussi apporter un début de solution aux problèmes posés par "les Filles et fils des monts Mandara".

Egoïsme légendaire
L'autre difficulté à affronter dans ce mémorandum sans visage consiste à faire la différence entre les véritables identités religieuses de ceux qui sont cités. Les ressortissants des Monts Mandara doivent être les premiers à le savoir, toute la partie septentrionale et même le Cameroun entier l'a connu à une certaine époque : sous le règne du président Ahmadou Ahidjo, la conversion à l'islam était présentée comme un tremplin pour l'ascension sociale dans l'administration publique. Les changements de noms et donc de religion opérés par certains ressortissants des Monts Mandara étant à classer dans cette mouvance. Dès lors, comment affirmer que le chrétien ou l'animiste d'hier devenu musulman aujourd'hui à cause des visées essentiellement opportunistes ne représente plus les intérêts d'une communauté. Les routes et autres infrastructures sociales consenties dans cette partie du pays par le gouvernement, et souvent aussi grâce à ces personnalités (Cavaye, Talba Malla et autre Amadou Ali) ne profitent-elles qu'à elles seules ? Si la démonstration de cet égoïsme légendaire est apportée, on dira alors que la nomination d'un musulman fait forcément du mal à ses voisins chrétiens et animistes. Sauf à penser que ces musulmans, qui vivent pourtant dans ces mêmes localités que leurs frères animistes et chrétiens, ne sont que de passage, rien n'indique à priori qu'ils soient mieux loties que ces derniers. Et donc, la volonté profonde des auteurs de ce réquisitoire consiste à susciter la promotion de quelqu'un de ce cercle à un important poste de responsabilité. Une fois cette question réglée, qu'est ce qui permet de croire que la nomination le moment venu d'un ressortissant d'un village X ne fera pas de jaloux dans le village Y.

En attendant que la haine ne s'exprime de cette manière de côté du pays, elle l'a déjà été formulée dans le département du Mayo Danay. Une fois de plus et comme pour le cas des Fils et filles chrétiens et animistes des Monts Mandara, le document abusivement baptisé mémorandum et rédigé par "le collectif des élites Massa" n'a pas fait voir le vrai visage de ses auteurs : les numéros de téléphone donnés au bas du document étant fictifs, Boumsana Moise n'étant pas très connu dans cette communauté. On se retrouve une fois de plus devant un masque. Ici aussi, s'agit-il d'un mémorandum ou d'un pamphlet à l'encontre du ministre des Transports et du Directeur Général de la Crtv, Amadou Vamoulké. Au lieu de poser les vrais problèmes de développement (le Mayo Danay n'étant pas très gâté en matière d'infrastructures), les auteurs du document intitulé "La traversée du désert des Massa sous le Renouveau" paru sous différentes formes dans le quotidien La Nouvelle Expression et l'hebdomadaire l'Oeil du Sahel, ont consacré l'essentiel de leur énergie à des luttes fratricides dont la finalité n'est que le désir du positionnement de nouveaux dirigeants ou détriment de ceux qui sont en poste. Mais une fois les identités des commanditaires en passe d'être révélées, on se fend en motions de soutien à l'endroit de ceux qu'on vient pourtant de vomir.

Bataille de génération

Les règlements de comptes ne sont pas simplement orientés contre certaines personnalités. Ils sont aussi le reflet d'une bataille de génération. Il y a quelques années, un autre document non signé, émanant d'un certain cercle de la communauté Toupouri mettait à nu les égoïsmes du président du Conseil économique et social, Luc Ayang et de l'ancien ministre Dakolé Daissala, présentés alors dans ce document comme la "Peste et le Choléra" du peuple Toupouri. Qui sont donc ces jeunes cadres, fatigués des actes de certains de leurs aînés et en même temps incapables de le soutenir à visage découvert ? Qui de ce document attribué à certaines élites du Grand Centre ? Le ballon d'essai ayant été très mal accueilli, c'est à une vague de réactions que l'on a assisté. N'y a t-il pas parmi ceux qui réagissent aujourd'hui, les auteurs même de cette tentative de manipulation ? Il est désormais clair qu'il y a deux catégories de mémorandum : d'un côté, ceux qui sont assumés par leurs auteurs et qui posent de manière générale les problèmes d'une région, d'une communauté, et de l'autre côté, les pamphlets, destinés à salir la réputation de certaines personnalités dans le simple but de les noircir auprès du président de la République.

Avec cette tendance où l'on enregistre en moyenne un mémorandum par mois, on se demande bien jusqu'où va-t-on aller. Après les différentes régions, hier, on est passé aux ethnies. Et aujourd'hui, les religions et croyances s'expriment. De quoi demain sera-il fait ? Il n'est donc pas exclu que d'ici quelques années on en arrive à la production des memoranda au rythme de la célébration des journées internationales à travers le monde. On pourrait alors avoir le mémorandum "des polygames inter ethniques", le mémorandum "des maris cocus", celui "des femmes constamment battues ", sans oublier celui " des étudiants affamés ", ou encore des " orphelins n'ayant jamais reçu d'assistance de l'Etat ". Des textes qu'on voudrait toujours faire porter la responsabilité aux seuls médias. Les auteurs, toujours tapis à l'ombre, capables du meilleur comme du pire et prêts à signer, à la moindre occasion, un contre mémorandum, une fois que le pseudo masque est en passe de tomber.

Par Lazare Kolyang*
* Journaliste

   
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