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La lettre

01 Jul 2009
Comme un dernier souffle

Le nouveau gouvernement a donc fini par arriver. Après plus d'une année de rumeurs et d'intrigues. Plus d'une année après que le chef de l'Etat lui-même, tirant les leçons des émeutes de la faim de février 2008 où il avait précipitamment été induit en erreur (toujours la belle excuse), il reconnaissait que, même manipulés, les jeunes étaient sortis dans la rue parce que le gouvernement avait failli dans ses missions d'être proche des préoccupations du peuple.
Le nouveau gouvernement est donc là, comme d'habitude, au moment où on s'y attendait le moins. Les amateurs de sensations fortes se réjouiront du départ de Ephraim Inoni, Premier ministre depuis décembre 2004.Ils se réjouiront aussi du limogeage de Remy Ze Meka du ministère de la Défense. Rien n'indique pourtant que ces départs sont liés à une faiblesse de résultats, à des fautes lourdes ou en rapport avec les "affaires" en cours. Paul Biya lui-même, qui a besoin d'offrir du sang frais pour se renouveler, va gagner quelques mois de répit. Sans plus.

En fait, quelque soit le bout par lequel on prend ce nouveau gouvernement, on a quelque peine à lui trouver une logique autre que celle d'un essoufflement définitif. Yang Philemon, déjà pressenti au poste de Pm au moment où Peter Mafany Musonge héritait du poste en 1996, à nouveau consulté avant la nomination de celui qu'il remplace aujourd'hui à l'immeuble Etoile, se présente comme un dernier joker, à la tête d'un gouvernement sans identité ni ligne directrice, où il n'aura naturellement pas pesé sur le choix des hommes, qui au demeurant, ont peu changé.
Il trouvera sur place les mêmes dinosaures, tapis dans l'ombre ou toutes dents dehors, attendent impatiemment l'heure du dernier festin. Avec d'autant moins de moyens de les bousculer que son propre chef ne sait pas quoi en faire. Mais que sait-il faire de qui? Avec quelle génération ou quel profil souhaite-t-il achever son mandat? Comment envisage-t-il de construire la prochaine année politique, supposée être marquée par un événement majeur pour sa carrière personnelle? Comment envisage-t-il les scénarios de sa succession (ou de la transition) au lendemain du décès de son homologue Omar Bongo Ondimba?
A la lecture de ce dernier réaménagement gouvernemental, Paul Biya balbutie ses réponses. Ou il ne répond à rien.

Envoyer dans le bain Séraphin Fouda ou donner des galons à Luc Sindjoun sont d'agréables promotions. Aucun signe de rajeunissement de l'un appareil n'est visible. Certains sont encore nommés à des postes ministériels à l'âge où leurs premiers enfants frôlent l'âge de la retraite. Aucune envie d'évaluer l'efficacité du travail des ministres lorsqu'il les limoge sans ménagement. Pascal Anong Adibime, paisible paysan tiré de sa retraite il y a deux ans pour être jeté dans une mare aux caïmans de la grosse mafia foncière et du patrimoine de l'Etat. Aucun ministre n'ayant d'obligation de résultat, on se débarrassera vite de ceux qui s'échinent à bosser dur. Pourquoi mouiller donc le maillot? Puisque vous n'avez pas été nommé pour cela!
Paul Biya devait finir par remanier son gouvernement. Et il l'a donc fait. Comme un homme traqué et essoufflé. Qui cherche à gagner un temps de plus en plus difficile à trouver. Qui semble chercher autour de lui sans trouver personne avec qui marcher. Qui ne sait même plus où aller. Qui prend son temps parce qu'il croit toujours disposer de tout son temps Et, plus grave encore, qui semble se demander à qui confier le Cameroun. ?
Mais le temps passe vite. Lui qui aura été pendant si longtemps son allié, réglant les crises à sa place, joue désormais contre lui. Et maintenant que Paul Biya a remanié, que va-t-il faire? Que peut-il faire ?

Par Alain B. Batongué

   
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