Politique

03 Jul 2009
Jean Simon Ongola Omgba : La décentralisation doit prendre en compte les spécificités des communes

Le maire de la Commune d'arrondissement de Yaoundé 7 revient sur les récentes assises organisées par la Chambre des Comptes de la Cour suprême sur la gestion financière et comptable des communes.

Un séminaire sur la gestion comptable et financière des communes. Quel impact à quelques mois du début effectif du processus de décentralisation ?
C'est un séminaire qui a permis de faire un état des lieux en ce qui concerne les ressources humaines dans les communes et surtout en ce qui concerne le renforcement des capacités de l'ensemble des acteurs de la gestion communale. Nous saluons l'initiative conjointe prise par la Chambre des Comptes de la Cour Suprême et l'Union européenne. Maintenant il est clair que puisque vous évoquez les problèmes liés aux transferts des compétences qui pointent à l'horizon, il est important de signaler que les communes vont être prêtes. Ce séminaire est un palier supplémentaire franchit dans la préparation progressive de l'appropriation de cette réforme par les communes et par les maires.

Sauf qu'en matière de gestion comptable et financière, l'on a tendance à oublier que les communes ont des spécificités. On ne peut pas traiter Yaoundé comme Ayos ou Batouri par exemple.
Les problèmes liés à la gestion des communes présentent le même type de complexités que la décentralisation elle-même. La décentralisation suivant les secteurs ne doit présenter le même niveau de complexité. Il y a des secteurs où les transferts vont être faciles à gérer, faciles à manager par les édiles locales, mais il y a également des secteurs où la décentralisation va être beaucoup plus complexe. Ceci est exactement la même chose en ce qui concerne la gestion financière et comptable des communes. Je pense qu'il est temps que l'on réfléchisse au fait qu'entre les très petites communes et les grandes communes, il y a un gouffre. Il est important que l'on puisse mener une réflexion utile sur la mise en place d'une comptabilité communale simplifiée pour des communes d'une certaine taille. Cela va permettre à la fois aux élus d'être impliquées et imprégnés dans la gestion financière et comptable de leurs communes et aussi par des ressources qui leur sont envoyées parce que ce ne sont pas les meilleurs de l'Enam ou les meilleurs des universités qui viennent dans les communes pour être des receveurs municipaux. Ceux qui sont là ont des limites, d'autant plus que l'univers communal manque d'attractivité pour les cadres compétents.

Le délai de 5 ans pour l'harmonisation de la gestion financière et comptable prévu dans la loi fixant régime financier des collectivités territoriales décentralisées est-il raisonnable ?
C'est un vaste chantier qui va être ouvert. Un chantier qui présente aussi des difficultés qui vont se vivre sur le terrain. En l'état actuel des choses, il est impossible d'envisager qu'on puisse avoir relogé dans un compte commun à la Béac, les comptes des communes. Cela va leur ôter toute leur flexibilité. Mais là, il s'agit d'une réforme qui va être appropriée de manière progressive. On a ainsi l'opportunité d'évaluer au fil des années, la faisabilité de cette réforme. Aucune porte n'est fermée, mais je mesure les difficultés qui seront celles des communes. On ne peut pas loger tout le monde à la même enseigne. Il faut pouvoir faire en sorte que l'on puisse avoir des paliers. Comment pouvez-vous imaginer que la Communauté urbaine de Yaoundé a la même contexture budgétaire que la commune de Deuk ? A mon, humble avis, cela n'a aucun sens. Il est urgent de savoir que même dans le régime financier des collectivités territoriales décentralisées qui va être appliqué, il faudra une évaluation pour savoir ce qui est faisable et ce qui l'est moins.

Quels sont les secteurs qui vous semblent prioritaires pour le transfert des compétences et des ressources dès le 1er janvier prochain ?
Il y a un certain nombre d'infrastructures de base qui font partie de la vie communale, de la vie des populations et qui intéressent la vie des gens au quotidien. Il faut être concret et éviter des choses abstraites. Etre concret, c'est faire en sorte que lorsqu'il y a des ponts, des passages d'eau à faire, que le maire puisse s'approprier ces travaux et puisse les exécuter. Il y a des choses qui concernent l'édile municipal en premier. Quand il faut des maîtres d'école ou des points d'eau, c'est vers lui que l'on se tourne en premier. Il est par exemple absolument ridicule que l'on puisse continuer à centraliser les problèmes de cantonage. Pour faire un cantonage à Eseka par exemple, on n'a pas besoin de gens au niveau central pour cela. Ce sont les élus locaux qui peuvent mieux le faire. Ça se fait déjà à Yaoundé 7. Pourquoi d'autres élus ne le feraient-ils pas ? Et avec des moyens supplémentaires, ils le feront encore mieux.

Vous parlez de Yaoundé 7. Les autres communes sont-elles prêtes pour le 1er janvier 2010 ?
Tout dépendra des secteurs à transférer.
Le Minatd a parlé du cantonage routier, et d'un certain nombre d'autres infrastructures sociales de base.
Les secteurs choisis par le Minatd l'ont certainement été après une réflexion mûre et profonde. Le Minatd s'occupe au quotidien de la gestion des communes et ces secteurs semblent à mon avis judicieusement choisis.

Propos recueillis par Jean Francis Belibi

   
 |   |  Nous écrire