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La semaine

03 Jul 2009
Martin Belinga Eboutou : Frayeurs d'un diplomate dans un cabinet si vil

L'ancien Dcc retrouve une maison où il aura à cœur d'améliorer son record de longévité.

Pour une des rares fois dans sa riche et longue carrière, Martin Belinga Eboutou a paniqué. Pendant quelques jours, il a pensé que tout allait s'écrouler à cause d'un article de presse. Même le démenti qu'il s'est empressé de publier (lui qui ne réagit presque jamais à ce qui se dit dans les journaux) dans Mutations de lundi dernier ne l'a pas rassuré. Il savait, mieux que quiconque, qu'une mission secrète est destinée à ne pas avoir de "fuites" dans la presse et que la sienne, effectuée il y a quelques semaines à Dakar, du fait de certains révélations, pouvait remettre en cause son "deal" avec celui dont il se considère toujours comme le serviteur: Paul Biya.

Pour une fois donc, Martin Belinga Eboutou, dont on aurait pensé qu'il avait "tout vu", a cru que son rêve de retrouver le poste de directeur du cabinet civil (Dcc) de la présidence de la République, d'où il était parti la rage au ventre il y a 12 ans, devait se fissurer à la dernière minute. Depuis qu'il était revenu au palais en décembre 2007 comme conseiller spécial du chef de l'Etat, il avait eu le temps de se rendre compte par lui-même que ce poste était "vaquant", la pression se faisant forte pour se libérer de Jean Baptiste Béléoken qui, s'il a rempli sa tâche aux yeux de Paul Biya en ramenant de l'ordre dans cette direction, a eu à gérer à la fois des problèmes d'humeur avec l'entourage direct du chef de l'Etat, et des soucis managériaux avec ses cadres et collaborateurs, habitués à une autre manière de fonctionner et… de ponctionner les budgets.

Martin Belinga Eboutou n'est pas un vieux diplomate pour rien. Il ajoute même à cela sa proximité avec Paul Biya pour "pousser" sa chance. Qui s'est présentée sous la forme du rapport du Comité catholique contre la faim et pour le développement mettant en cause le chef de l'Etat, et qui a manifestement précipité la publication du gouvernement, sans provoquer les dégâts collatéraux qu'il craignait, en rapport avec son manque de discrétion pour une mission aussi secrète et aussi sensible que celle liée au rapatriement de la dépouille du président Ahmadou Ahidjo, prévu en mars de l'an prochain. Une chance qui se prolonge avec le retour aux affaires de Maikano Abdoulaye, proche comme on sait de la famille de l'ancien président de la République, et qui travaillera désormais aux côtés du Dcc et de Ferdinand Léopold Oyono pour faire aboutir ce dossier auquel tient, manifestement, Paul Biya.

Réseaux
Le nouveau Dcc retrouve donc une maison qu'il avait eu à peine le temps de connaître, pour l'avoir dirigée 15 mois durant, entre septembre 1996 et décembre 1997. Il avait bien plus d'expérience comme directeur du Protocole d'Etat où, de 1989 à 1997, il avait réussi à imposer sa haute et majestueuse stature, et sa démarche racée lors des audiences et grandes manifestations impliquant le chef de l'Etat. Il retrouve surtout, dans un compagnonnage au quotidien, un chef de l'Etat qui, confie un diplomate, "le connaît très bien. Dans ses défauts et faiblesses, mais aussi et surtout, sa loyauté, sa capacité de travail et son entregent. Entre ce qu'il risque et ce qu'il gagne pendant ces deux années où il aura besoin de gens sûrs, Paul Biya a choisi de le rappeler à ses côtés."

Le rappeler? S'est-il véritablement séparé de lui? Ceux qui fréquentent les couloirs du palais disent volontiers qu'il n'est jamais parti. Même en poste à New York et alors qu'il cumulait cette fonction avec celle de représentant permanent de la mission des Nations unies à Genève et ambassadeur de la République de Jamaïque, il passait difficilement deux mois sans revenir au pays et "faire le point avec le boss". "Ou pour entretenir ses réseaux", croit savoir un autre. En tout cas, sa présence au Hilton hôtel, les premiers jours de juin 2004, au plus fort de la rumeur annonçant le décès à Genève du chef de l'Etat Paul Biya a été diversement interprétée. Lui, comme d'habitude, semblait impassible… Et lorsque, le 19 septembre 2007 il est remplacé à la représentation permanente des Nations unies à New York et à celle de Genève, on crie sans doute trop tôt à sa déchéance: Trois jours plus tard, il est nommé conseiller spécial du chef de l'Etat et peut donc patiemment construire son retour vers ses anciennes amours.

Mais que revient faire Martin Belinga Eboutou au cabinet civil maintenant? "Son premier challenge sera, dit-on, de réussir, avec quelques autres collaborateurs de Paul Biya, la toute prochaine visite officielle à Paris, dans un contexte difficile. C'est là, déjà, que l'on reconnaîtra le diplomate qui, à défaut d'avoir fait le tour du monde, a longtemps travaillé au centre de la diplomatie mondiale, au siège des Nations unies à New York. Comme représentant permanent du Cameroun pendant près de dix ans pendant lesquels il a également été président de la 3e Commission de l'Assemblée générale, celle en charge des Affaires sociales, humanitaires et culturelles en juin 2003, mais aussi président du conseil économique et social des Nations unies entre janvier et décembre 2001 et président du conseil de sécurité de la même institution en octobre 2002.

Mais l'ancien secrétaire au ministère des Affaires étrangères, qui a longtemps dirigé la section des Organisations régionales et participé aux réunions de la 2e Commission des Nations unies consacrée aux problèmes économiques et financiers, qui a dirigé la Commission économique du Cameroun à Paris, Rome et Tunis est attendu au tournant. A lui d'aller au-delà de son diplôme en droit canon et sciences économiques de l'université de Lavanium-Kinshasa et de ses divers doctorats en relations internationales, droit public et sciences politiques pour améliorer sa longévité à la tête de cette direction où il a battu le records inverse lors de son premier passage. Le natif de Nkilzok, en pleine forêt équatoriale, sait désormais mieux que quiconque, à plus de 69 ans, qu'il a intérêt à démentir ce vieux proverbe de chez nous: "Quand on se retrouve à deux reprises au même endroit dans la forêt, c'est qu'on s'est égaré".

Alain B. Batongué

   
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