30 Jul 2010
Regard : Tamis
En mars dernier, le ministre tchadien de l’Education nationale a décidé de l’instauration de la biométrie pour lutter contre la fraude et limiter le nombre de candidats camerounais à son bac. Cette mesure s'ajoute à celle portant exigence du probatoire. Selon ce ministre en effet, certains camerounais fabriquaient de fausses identités pour faire composer d'autres compatriotes à leur place moyennant une somme d'argent. Des mesures qui viennent ainsi durcir les conditions d’obtention, pour les candidats camerounais, du baccalauréat tchadien qui a permis a plusieurs générations de nos élèves sans probatoire d’avoir un bac mais également, de pouvoir faire des études supérieures. Si on peut se féliciter de ce qu’au fil des ans le nombre de camerounais candidats à cet examen ait considérablement baissé, on ne peut que s’interroger sur l’opportunité de rayer le probatoire du système éducatif camerounais comme cela est envisagé depuis quelques années.
Ce d’autant que pareille initiative entraînerait irréversiblement un chamboulement de notre système éducatif. Ce projet qui prévoit une restructuration des cycles : le premier cycle pourra passer de quatre à cinq ans et le second cycle de trois à quatre ans, avec un sous cycle d’observation de deux ans et un sous cycle d’orientation de trois ans. Tout cela suppose une nouvelle dénomination du Bepc qui pourra se faire après cinq ans. Le probatoire sera supprimé et il faudrait un travail méticuleux pour définir les élèves qu’on aimerait avoir dans chaque sous cycle ou sous-cycle. Un sondage réalisé en 2008 sur le site educamer.org, démontre que les avis sont partagés sur la question. Ainsi, 42% de personnes se disaient pour la suppression de cet examen, 52% contre et 6% de la population sondée s’est dite neutre dans ce débat. Comme le précise Jean Kandem dans l’interview qu’il a accordée à notre reporter, le probatoire constitue pour le moment ce tamis ou cette passoire qui filtre les entrées en classe de Terminale.
Vu la façon dont les diplômes sont «offerts» ces dernières années dans les classes intermédiaires, notamment en 3ème (lire Mutations du 20 juillet 2010), et de la facilité que parents et élèves ont à confectionner des bulletins de notes faisant d’eux les meilleurs de leurs classes, on ne peut que se satisfaire que cet examen considéré par plusieurs élèves et parents comme un «tamis», soit encore là pour filtrer, même de façon parcellaire, l’accès à la terminale. Etant donné que jusque-là, on ne «l’achète pas», il reste cette garantie qui permet de s’assurer que les élèves ayant accès à la terminale, ont le niveau minimum requis. N’en déplaise donc à ses pourfendeurs qui estiment que malgré le rôle que l’on veuille lui imputer, le probatoire n’est d’aucune utilité dans le système camerounais dans la mesure où, il n’est exigé dans aucun concours de recrutement à la Fonction publique. Plutôt que de se précipiter à supprimer cet examen sans vraiment établir les bases de pareille décision, l’on devrait davantage réfléchir à l’édification d’un système éducatif fiable qui permettrait, au terme d’un cycle d’avoir des élèves bien outillés pour affronter le second. Ceci passe, entre autres, par un encadrement rigoureux dans les salles de classe aux effectifs pléthoriques, et par l’amélioration des conditions de travail des enseignants. Sans quoi, on serait obligé de maintenir le probatoire qui n’aidera qu’à recaler les élèves qui ont réussi à traverser les cycles sans base fondamentale dans un système éducatif brinquebalant.
Dorine Ekwè
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