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Commentaire

30 Jul 2010
Urgence d'un pont

Hier, un conseil de cabinet s’est tenu dans les services du Premier ministre. Nous étions convaincus à la rédaction de Mutations que le ministre des Travaux publics, à défaut, son homologue en charge des transports, serait convié à faire une communication relative au pont sur le Wouri à Douala. Il n’en a rien été. Pourtant, dans l’après midi de lundi 26 juillet, le trafic sur ce pont avait été sérieusement perturbé, suite à une explosion dû à une brèche sur un conduit d’eau de la Camwater, dans son circuit de transport de cette denrée du fleuve Mungo pour la ville de Douala.
La digue fissurée au niveau où l’explosion s’est produite, a provoqué une destruction partielle du pavé sur lequel roulent les engins.

Conséquence, le transport des marchandises et le passage des personnes ont été interrompus. Cet incident qui a mobilisé les personnalités de premier plan de la capitale économique du pays, témoigne de l’importance que ce pont a sur l’ensemble de la vie économique et sociale du Cameroun. Si tout le monde percevait la chose de la même manière que nous, naturellement, le conseil de cabinet d’hier aurait dû inscrire à son ordre du jour une communication sur ce
son ordre du jour une communication sur ce que le gouvernement entend faire de ce problème très préoccupant. Les ministres avaient curieusement d’autres priorités à cette concertation gouvernementale. Pourtant, des millions de Camerounais mesurent l’importance du pont sur le Wouri dans l’économie nationale ; l’incident de lundi dernier, dans la mesure où ce pont est dépassé dans tous les sens, apparait comme un avertissement que les pouvoirs publics auraient tort de minimiser sous quelque prétexte que ce soit.

Différentes sources qui ont coutume de collecter des informations stratégiques pour les décideurs, ont régulièrement fait état dans leurs rapports aux personnalités de la précarité dans laquelle on se confine en rafistolant à chaque fois un vieux pont qui mériterait aujourd’hui de servir exclusivement les piétons et les motocyclistes. Leurs rapports insistent sur le fait que le Cameroun n’est pas à l’abri d’un acte criminel, d’un cataclysme, ou d’un grave accident qui endommagerait ce pont pour longtemps. On fait la sourde oreille. Que deviendrait alors le pays dans cette hypothèse qu’on aurait tort de ne pas envisager dans un scénario? Les architectes qui savent de quoi ils parlent, estiment que l’actuel pont sur le Wouri peut vivre dignement encore pendant 20 ans, en supportant son trafic actuel. Si ces techniciens respectables s’autorisent de telles arguties, ils confortent sans le savoir, les décideurs de leur science, dans leur quiétude que tout va bien ; que tant qu’un ouvrage tient encore debout, il n’y a aucune raison qu’ils s’échinent à échafauder un autre pont Dans le même temps, des études entièrement achevées, chiffraient un ouvrage neuf Entre 2003 et 2006, 13 milliards de nos francs ont été engloutis pour seulement rafistoler un vieux en amont de l’actuel à 8 milliards de francs Cfa.

Il n’est pas difficile de comprendre l’option prise pour le rafistolage du pont de 1955. On image aussi pour quelles raisons, ni le Premier ministre, ni le président de la République, aucun n’a frappé du point sur la table pour exiger des cupides qui pilotaient les dossiers, que la capitale économique avait hâte d’un second pont. Le coût des fissures qu’il va falloir réparer seront à rajouter à la facture déjà très salée du rafistolage de 2003.
L’urgence et la priorité sont au second pont à Douala. C’est une urgence dont la matérialisation n’est pas fonction des résultats d’une quelconque étude de faisabilité pour justifier de la rentabilité économique de l’ouvrage. C’est le genre de projet qu’une décision engage l’effectivité. C’est le genre de projet qu’un chef décide de construire, et il cherche les moyens ensuite, mais pas l’inverse. Le vrai problème du Cameroun n’est d’ailleurs celui des moyens à trouver, mais c’est celui d’un chef qui va décider. Pourtant il faut que ce nouveau pont soit jeté, de toute urgence.

Par Xavier Messè

   
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