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Avenir

01 Jun 2009
Enseignement : Sos pour la physique

La qualité dégradée de l'enseignement et la faiblesse des moyens de la recherche entravent le travail des physiciens.

Les olympiades de physique organisées le 16 mai à travers les universités publiques camerounaises ont révélé combien Yaoundé I, la "mère des universités", comme l'appellent affectueusement les autorités universitaires, avait du souci à se faire dans l'enseignement de cette discipline dans ses amphithéâtres et laboratoires. "Nous voulions détecter et encadrer les étudiants qui peuvent mener heureusement des études de physiques", rappelle Paul Woafo, le président de la Société camerounaise de physique. Incidemment cependant, les maîtres de la physique au Cameroun ont relevé que les compétiteurs de Yaoundé ont été classés… en dessous de la moyenne.

"Cela peut s'expliquer : Yaoundé est en effet en régression en raison des effectifs importants qui influencent la qualité de l'encadrement et du travail des étudiants. L'on y dénombre 1000 étudiants en 1ère année. Il y a aussi que les enseignants de Yaoundé se trompent souvent en pensant qu'étant la référence de leurs anciens étudiants devenus enseignants dans les autres universités, ils ne doivent pas faire des efforts. Ailleurs, les jeunes enseignants sont plus motivés et veulent révéler leur qualité", soutient M. Woafo. Pour autant, il ne pense pas que la cote d'alerte soit atteinte. Même si l'expérience de cet enseignant permet de relever une conséquence de cette décote : les concours d'entrée dans les grandes écoles ne voient plus Yaoundé I ravir les premières places. C'est que, assure M. Woafo, la couverture des programmes demeure insuffisante et l'enseignement n'est pas systématiquement effectué par des personnes qualifiées. "Si nous pensons qu'il n'est pas inutile de faire comme ailleurs où l'on a institué des cahiers de texte qui recensent les enseignements donnés, il faut envisager de traiter sérieusement la question", estime encore le président de la Société camerounaise de physique.

Cette assemblée savante suggère dès lors que les programmes soient publiés pour que les étudiants sachent ce qu'ils doivent apprendre. "A défaut de le recevoir de l'enseignant, l'étudiant pourra également rechercher lui-même et avoir un regard critique sur ce qui lui est enseigné", souligne M. Woafo pour qui la complexité de la physique place cette discipline au centre des filières d'études scientifiques. "L'étude de la physique, dit-il, requiert l'alliage des mathématiques à l'observation à la fois abstraite et réelle."
Aussi, espère-t-il que la difficulté rencontrée dans l'enseignement de cette discipline à Yaoundé va se résoudre en même temps que l'intérêt des jeunes bacheliers pour la filière croît même si "la physique ne se fait pas connaître". "Deux raisons expliquent cette position en retrait. La première est que le physicien suit l'évolution mondiale de cette science et recherche une mise à niveau en relation avec ses confrères d'ailleurs.

Il s'en suit qu'il ne prête pas suffisamment attention aux problèmes locaux de développement", analyse le président de la Société camerounaise de physique.
Pour lui, dès lors, l'intérêt de réserver une partie des travaux scientifiques qui permettent aux enseignants camerounais de changer de grade, à la résolution des questions de développement locales, s'impose naturellement. "Nous voulons par exemple, avec le concours des autorités, faire l'état des lieux des questions qui interpellent les physiciens. Il s'agit de recenser les problèmes qui se posent à l'industrie, à l'agriculture ou dans les services et qui peuvent être résolus par la physique. On peut certes connaître les nanotechnologies pour discuter avec le reste du monde mais la caractérisation mécano-physique des marmites fabriquées au marché de Mokolo à Yaoundé peut permettre d'améliorer leur durée de vie, prévenir des maladies en sachant si le contact du feu avec ces marmites ne provoque pas des dégagements de gaz toxiques ou le détachement des particules qui rentreraient dans la nourriture cuite", conclut M. Woafo.

Jean Baptiste Ketchateng

   
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