29 Jun 2009
Revirement : Le Cameroun tend à nouveau la sébile au Fmi
Le gouvernement demande un nouveau prêt, alors que le ministre des Finances avait décrété la fin de cette pratique en début d'année.
"Nous n'irons plus chercher l'argent du Fmi. Pour l'instant, le gouvernement envisage un accompagnement du Fmi pour que nous ayons des garanties nécessaires pour obtenir les financements dont nous avons besoin pour conduire les projets de développement du pays". Ainsi s'exprimait Essimi Menyé, le ministre des Finances, le 4 février dernier à Yaoundé, au cours d'une conférence de presse à laquelle prenait également part la représentante résidente du Fmi au Cameroun, Malangu Kabedi-Mbuyi. Ces deux personnalités avaient saisi l'opportunité de cette rencontre avec les médias pour non seulement faire le bilan du 5ème programme économique du Fmi avec le Cameroun, arrivé à son terme le 31 janvier 2009; mais aussi pour dessiner les nouveaux contours de la coopération entre le Cameroun et cette institution financière internationale. Une nouvelle collaboration qui, selon l'expression d'Essimi Menyé, n'allait plus intégrer le moindre emprunt du Fmi.
Cette promesse d'Essimi Menyé vient d'être balayée par le Premier ministre, Ephraïm Inoni. Dans la nouvelle lettre d'intention du gouvernement camerounais adressée au directeur général du Fmi, Dominique Strauss-Khan, le 18 juin dernier, le chef du gouvernement camerounais sollicite un nouveau prêt du Fmi. Dans cette correspondance dont Mutations a pu avoir copie, le Pm "sollicite l'accès rapide à la Facilité de protection contre les chocs exogènes (Fpce) à concurrence de 50% de notre quote-part (92,85 millions de droits de tirages spéciaux, Dts)". En clair, le gouvernement camerounais demande au Fmi la mise à sa disposition, dans l'urgence, d'une somme de près de 68 milliards de Fcfa, puisque le Dts équivalait à 721,770 Fcfa au 26 juin dernier. "Cette nouvelle posture du gouvernement est totalement contraire à ce que le ministre des Finances a dit à l'époque.
Dans la mesure où le Fpce est un nouvel instrument financier mis en place par le Fmi, pour accorder des crédits aux pays qui ont subi des baisses subites de leurs recettes d'exportation, des pays qui ont des problèmes de balance de payement. C'est-à-dire lorsque vos exportations sont plus faibles que vos importations. Dans ce cas, vous avez des problèmes de disponibilité des devises pour satisfaire des engagements commerciaux à l'extérieur du pays", commente Babissakana, un expert financier. En effet, dans sa lettre au Dg du Fmi, le Pm révèle qu'à cause des effets de la crise économique mondiale qui fera chuter le taux de croissance du Cameroun de 1% (de 3,5 à 2,5%) cette année, "le déficit de la balance de payement pourrait se situer aux alentours de 4,5% du Produit intérieur brut [c'est-à-dire l'ensemble des richesses produites à l'intérieur du pays, Ndlr] en 2009".
Financements rares Tout en indiquant à Dominique Strauss-Kahn que "le gouvernement est préoccupé par l'ampleur de cette détérioration", Ephraïm Inoni soutient que cette situation de tension dans laquelle se trouve l'économie camerounaise est due à "la baisse des cours internationaux du pétrole [dont les recettes sont le plus gros contributeur au budget du pays], le repli de la demande extérieure de nos principaux produits d'exportation, notamment le bois, le coton, le caoutchouc et l'aluminium ; la raréfaction des capitaux au niveau international, ce qui risque de différer le démarrage de nos grands projets miniers et d'infrastructures ; la baisse des transferts provenant des Camerounais de la diaspora". Malgré les mesures de riposte prises ou alors envisagées par le gouvernement camerounais pour juguler les effets de cette crise sur l'économie camerounaise, en général, et sur les finances publiques, en particulier, le Premier ministre fait savoir au Dg du Fmi que l'ampleur des besoins de financement du pays sont très grands.
Aussi, informe-il le destinataire de sa lettre que "le gouvernement est en train de mener des discussions avec ses partenaires au développement pour solliciter leur assistance". Au détour d'une phrase, Ephraïm Inoni indique que la finalisation du Document de stratégie de réduction de la pauvreté (Dsrp) est envisagée d'ici fin août et "jettera les bases de la discussion avec le Fmi pour un nouveau programme appuyé par la Facilité de réduction de la pauvreté et pour la croissance (Frpc) d'ici fin 2009". Traduction en français facile : le Cameroun s'apprête à se lancer dans un nouveau programme économique contraignant (comme celui qui a conduit à l'atteinte du point d'achèvement en avril 2008) avec cette institution financière internationale, lequel programme sera assorti de prêts et de rigoureuses conditionnalités ; contrairement à ce que le ministre des Finances a triomphalement annoncé au début de cette année.
Brice R. Mbodiam
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