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30 Jun 2009
Polémique : Sus au bal des imposteurs

Ce membre du barreau camerounais fustige les allégations portées contre les avocats au sujet des prestations rendues par Me Abessolo.

Le mouvement de suspension du port de la toge, décidé par le Conseil de l'Ordre des Avocats au Barreau du Cameroun, a fait sortir de leur réserve, un certain nombre de responsables publics, effrayés, à juste titre, par l'impact potentiel de ce mot d'ordre, sur le fonctionnement de l'institution judiciaire, et singulièrement sur la conduite de l'opération "épervier" présentée à tort ou à raison, comme la trithérapie adaptée contre les atteintes à la fortune publique.
Ces responsables publics ont cru devoir recourir à des apprentis communicateurs, pour décrier le corporatisme révélé par la fronde des Avocats, et pour faire apparaître ces derniers comme une caste opposée à la lutte contre la corruption, et les détournements de deniers publics. Il a été fait grief au Barreau du Cameroun, tantôt de ne manifester que pour la protection de ses intérêts égoïstes, tantôt de s'opposer à une décision de justice censée avoir été rendue au nom du peuple Camerounais, tantôt encore, de prendre une part active dans les maux qui mineraient la bonne gestion de nos finances publiques.

Mécanismes
A ces apprentis communicateurs, j'ai envie de dire qu'il n'est pas habituel de voir les maçons entrer en grève, pour défendre les intérêts des menuisiers, pas plus qu'il n'est habituel de voir les médecins protester pour la sauvegarde des intérêts professionnels des architectes. Les avocats au Barreau du Cameroun sont regroupés au sein d'un Ordre professionnel dont la connaissance des mécanismes de fonctionnement, rend la critique de leur réaction, tout simplement stupide.
Si l'opération "épervier" affiche à ce jour un bilan plutôt mitigé, que l'on tente de falsifier en exerçant des pressions inadmissibles et de toutes natures, sur les juges du siège, pour les voir condamner sans discernement, il convient de reconnaître que cette opération voulue d'assainissement a quelque mérite, dans la mesure où elle permet de prendre de mieux en mieux la mesure de la haine, de l'ignorance ou de l'in expertise, voire de la bêtise, en tout cas, de la dangerosité de nombre de personnes que les qualifications et les attributions officielles ou autoproclamées font passer pour des ressources ou des remparts pour la société civile en quête de justice et de tranquillité.
Dans le concert des communicateurs accrédités, une voix s'est singularisée, en tentant, en pure perte, de donner au contenu de son propos, un caractère pseudo scientifique. Il s'agit de la voix d'un certain Nana Francis.

En effet, dans la rubrique "Vous" du journal Mutations, paru les vendredi 19 et lundi 22 juin 2009, et dans la rubrique "opinion, analyses et débats" du journal Le Jour paru le vendredi 19 juin 2009, sieur Nana Francis a eu l'outrecuidance de s'appesantir sur l'Avocature, pour n'en dire que des inepties! Dans un exercice personnel aux allures d'anthropologie de la profession, le libre tribun affirme "qu'il existe au Cameroun, deux catégories bien distinctes d'avocat (…)ceux qui fournissent des prestations juridiques aux entreprises privées internationales et dont la facturation se fait selon un schéma internationalement appliqué à savoir sur la base d'un taux horaire librement négocié et d'un nombre d'heures qui résulte de la somme du temps passé par l'avocat et ses collaborateurs sur la mission confiée par un client(…) et la seconde catégorie d'avocats, celle qui fournit des prestations aux sociétés à capitaux publics, et à l'Etat y compris la présidence de la République (…)"

Est-ce parce qu'on n'a rien à dire qu'on est obligé de le faire savoir à des milliers de personnes? Une telle catégorisation des professionnels du droit que sont les Avocats, est, au-delà de son caractère caricatural, absurde, et ne procède que de la vision manichéenne de Nana Francis qui distingue les avocats de l'Etat et des sociétés publiques qui lui ont fait tant de mal dans sa démarche tendant à se voir octroyer des honoraires de plus d'un milliard de Fcfa réclamés à une entreprise publique en quasi cessation de paiements, et la majorité des avocats qui dispensent leur expertise aux privés, y compris aux multinationales. Il n'y a pas deux catégories d'avocats. Il y a des spécialités dans l'exercice de la profession, et le mode de rémunération de l'avocat, forfaitaire ou horaire, fixe ou proportionnel, ou encore stipulant une rétribution complémentaire, n'est que le résultat de la convention librement négociée avec son client.

Il est vrai que notre Cameroun chéri regorge de "sabitous" qui discourent sur tout, et surtout sur ce qu'ils connaissent le moins. Se présentant comme expert comptable, expert en investigation financière ayant pratiqué les avocats au Cameroun, en France, en Angleterre, et aux Etats-Unis, Nana Francis prétend disposer d'une très bonne connaissance des méthodes et pratiques de la profession d'avocat, et, à ce titre, prétend pouvoir donner aux avocats camerounais, et au Barreau du Cameroun, des leçons d'adaptation aux bonnes pratiques internationales.
Port autonome
Le Barreau du Cameroun n'est pas le seul auquel sieur Nana Francis a proposé ses enseignements gratuits. Relativement au procès ayant opposé le Ministère public et le Port autonome de Douala (Pad) à sieurs Siyam Siwé & autres, le “sabitou” a reproché au directeur général du Pad d'avoir fait recours à un avocat; il a reproché au ministre des Finances d'avoir reçu l'avocat mandaté par le Pad; il a reproché à l'accusation d'avoir mal monté son dossier; il a reproché aux juges d'appel d'avoir mal motivé leur décision, et il s'est même risqué à reprocher à la défense de Me Abessolo de n'avoir pas su adopter la bonne stratégie ou la bonne ligne de défense.

Donner des leçons, accuser gratuitement constitue le propre de mes concitoyens qui rêvent de se réattribuer cette sphère de leur souveraineté déléguée au Ministère public. Accuser gratuitement est également un exercice auquel aime bien se livrer Nana Francis, et à ce propos, cet exercice lui a valu d'être déclaré coupable aussi bien en instance qu'en appel, de dénonciation calomnieuse, à l'occasion de la commission d'un rapport d'investigation financière correspondant pourtant à une de ses spécialisations revendiquées.
N'en déplaise aux accusateurs privés, accuser est un métier dévolu dans la société organisée pour juger, à des personnes précises et qualifiées pour ce faire. Si l'on n'a pas les techniques pour accuser, on ne peut pas disposer de celles pour défendre.
Défendre n'est pas un métier ouvert au premier venu. C'est une véritable profession que n'exerce pas et ne connaît pas M. Nana Francis dont les conjectures sur la pratique professionnelle de l'avocat et sur l'élaboration des stratégies de défense relèvent de l'imposture. Avant la lecture de la tribune, libre ou imposée, publiée par Nana Francis, je dois confesser que j'ignorais que l'amitié et/ou la fréquentation assidue de professionnels pouvaient transformer dorénavant des profanes en experts dans ou de la profession dont s'agit… et pouvaient leur conférer une autorité scientifique. Une telle conception de la connaissance scientifique ne peut relever que des académies bananières.

Dans son article, sieur Nana Francis affirme que la profession d'avocat au Cameroun n'a pas été épargnée par la course à l'enrichissement illicite de certains, parfois les plus éminents, et illustre cette position par le cas de Me Abessolo Etienne dont, selon lui, la condamnation n'a déclenché la réaction musclée du Barreau du Cameroun que sur la base d'arguments erronés et de l'ignorance de ce qu'il appelle les "best practices". L'écrivain public indique qu'"en dehors des Etats-Unis, la plupart des grands pays comme l'Angleterre et la France interdisent la rémunération des avocats au "success fee" ou à la convention de succès". Il s'agit ici, du type même d'assertions, de pétitions personnelles dont la simple lecture des textes régissant la profession d'avocat établit le caractère gratuit et l'inexactitude.
Le success fee, ou honoraire de résultat est prévu dans le règlement intérieur du Barreau du Cameroun dont l'article 65(3) dispose: "L'avocat est en droit de solliciter et d'obtenir des honoraires de résultat à titre complémentaire, en fonction du résultat ou du service rendu".

Honoraires
De même, le success fee ou honoraire de résultat est prévu par l'article 3.5 du règlement intérieur du Barreau de Paris de Paris qui dispose: "Toute fixation d'honoraires qui ne le serait qu'en fonction du résultat judiciaire est interdite. Est licite la convention qui, outre la rémunération des prestations effectuées, prévoit la fixation d'un honoraire complémentaire en fonction du résultat obtenu ou du service rendu". Au lieu de fréquenter les avocats, dans l'espoir d'être éclairé sur leur pratique professionnelle, et plutôt que de se livrer, par médias interposés, à l'exercice illégal de la profession d'avocat, Nana Francis, diplômé de l'enseignement supérieur, ferait mieux de leur emprunter, de lire, et surtout, de comprendre, les textes qui régissent leur profession, laquelle consiste à assister les parties en justice, à les y représenter, à les représenter en dehors des prétoires, à postuler, à rédiger des actes juridiques de toute nature, à négocier, à concilier, à transiger, à arbitrer, et j'en passe, il se rendrait à l'évidence que la proposition de tarification des honoraires des avocats pour l'énoncé de laquelle il ne fait que jouer le rôle de ventriloque, est incongrue, en l'état de la structuration de la justice au Cameroun.

Par Me Jackson Ngié Kamga *
*Avocat au Barreau du Cameroun, Ancien Secrétaire de l'Ordre des Avocats

   
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