18 Jun 2010
Joseph Sepp Blatter : L’Africain arc-en-ciel
Habile manoeuvrier, le président de la Fédération internationale de football charme l’Afrique.
Déjà une semaine que le monde entier vibre au rythme de l’évènement sportif le plus médiatisé du monde. 32 équipes, 64 matches, plus de 250.000 visiteurs attendus, 695.000 emplois générés, près de 30 milliards de téléspectateurs… les chiffres sur les enjeux de cette compétition donneraient le vertige à n’importe quel observateur. Si pour l’Afrique du Sud, «l’enthousiasme et l’excitation qui ont envahi la nation toute entière ces dernières semaines n’avaient pas été vues depuis que le président Nelson Mandela a été libéré de prison en 1990», ainsi que l’a indiqué Jacob Zuma, le chef de l’Etat Sud-africain, il n’échappe à personne que Joseph Blatter, le président de la Fifa boit du petit lait depuis le coup d’envoi du Mondial sur le sol africain. N’eût été le décès de l’arrière petite-fille de Nelson Mandela la veille, suite à un accident de la circulation, le Suisse, aujourd’hui âgé de 74 ans, aurait mis du beurre sur ses épinards en prenant place à côté du Prix Nobel de la paix le 11 juin dernier au Soccer city Stadium de Johannesburg.
Mais «Sepp», comme ses amis l’appellent affectueusement, a atteint l’un des principaux objectifs qu’il s’est fixé à son arrivée à la tête de la Fifa en 1998 : apporter la Coupe du monde au continent africain. Ne déclarait-il pas dans ce sens, au moment où des oiseaux de mauvais augure ne pariaient pas un kopeck sur les capacités de l’Afrique du Sud à organiser un évènement de cette envergure que «c’est une coupe du monde africaine et tout le travail de préparation de ce Mondial a été fait dans ce pays. Ce continent [l’Afrique, ndlr], qui a été tenu à l’écart, qui est toujours tenu à l’écart, ne peut désormais plus être tenu à l’écart. Naturellement, tout n’est pas parfait. Mais la perfection n’existe pas, l’Afrique peut être fière», déclarait-il. Décidé d’accompagner pleinement l’Afrique du Sud dans l’organisation de la fête du football mondial, Sepp Blatter ira jusqu’à prendre sans coup férir le contre-pied des pourfendeurs des célèbres vuvuzelas, cornes en plastiques dont raffolent les supporters du pays arc-en-ciel : «J'ai toujours dit que l'Afrique avait un rythme différent, un son différent.Voudriez-vous assister à une interdiction des traditions des supporters dans votre pays?», avait-il assené. Pour avoir débuter sa carrière aux relations publiques de l’Office du tourisme de Valais, son canton d’origine, Sepp Blatter avait certainement à coeur de ne pas voir la communication brouillée autour de son pari. «Cette Coupe du monde sera la clé de voûte de l’intégration de l’ensemble de la population sud-africaine», martèlera-t-il. Avant de conclure que «le Mondial doit profiter à l'ensemble du continent africain. Notre programme, gagner en Afrique avec l'Afrique, concrétise cette volonté».
Corruption Jusqu’au 11 juillet prochain, Sepp Blatter croisera assurément les doigts afin que son pari (tenu) ne soit entaché d’aucun couac majeur. Si un pays africain venait à brandir le trophée très convoité, ce serait le carton plein. Le 8e président de l’instance faîtière du football mondial sera, en effet, candidat à sa propre succession en 2011, sauf coup de théâtre. Le Suisse sait pouvoir compter sur le continent africain qui a le même poids électoral que l’Europe. En fin tacticien, Sepp manœuvre aussi pour grappiller sur d’autres bastions électoraux. Après l’annonce de la candidature du président de la Confédération asiatique au poste de président de la Fifa, il a habilement soutenu, il y a quelques semaines, que «le monde arabe mérite la Coupe du monde et le Qatar a une bonne chance d’être le premier pays de la région à l’accueillir». Une hameçon suisse à laquelle n’avait pas mordue Issa Hayatou, le président de la Confédération africaine de football (Caf), qui avait défié Joseph Sepp Blatter en 2002. Une élection où le Camerounais, broyé par le système en place, s’en tirera avec un score ridicule. Sepp, quant à lui, a tourné la page, sans la déchirer. Toujours dans l’optique de la campagne pour sa réélection en 2011, au cours d’une audience que lui a accordé il y a un an le président américain Barack Obama à la Maison blanche, le Suisse avait choisi de remettre un «certificat» à Obama pour l’inviter, avec toute sa famille, à suivre tous les matches du Mondial sud-africain. Quelques minutes avant ce geste, le président américain demandait au patron de la Fifa de bien prendre en considération la candidature de son pays pour la Coupe du monde 2018 ou 2022.
Très hostile à l’immixtion des politiques dans les affaires du football, Joseph Sepp Blatter ne boude pas pourtant la politique. Ce qui est pour beaucoup dans sa réélection en 2002 à la tête de la Fifa. Cette année-là, le secrétaire général de la Fifa d’alors, Michel Zen Ruffinen avait dénoncé la «Blatter organisation». Le Sg, qui soutenait la candidature de Issa Hayatou, reprochait à son compatriote de «gérer la Fifa comme une dictature». Zen Ruffinen s’insurgeait notamment contre la distribution de fortes sommes d’argent par Blatter aux présidents de certaines confédérations, pour assurer sa réconduction. Des propos qui ont fait l’effet de l’eau sur les plumes du canard chez Sepp Blatter. «Je n’ai jamais corrompu, on ne m’a jamais corrompu et on ne le fera jamais. Ce n’est pas mon caractère. Valaisan d’origine, valaisan montagnard, officier de l’Armée suisse, je ne me laisserai jamais aller dans cette direction», confessait-il.
Comme certains chefs d’Etats africains, adeptes du double-langage, Blatter confiait en 2002 après sa réélection, qu’il ne briguerait pas de troisième mandat. Avant de se rétracter plus tard, invoquant qu’il n’a pas terminé sa mission. Un obsession du pouvoir qui fait dire à un conseiller de Michel Platini [l’un de ses potentiels adversaires en 2011, ndlr] que «dans vingt ans, il [Sepp Blatter, ndlr] sera encore président de la Fifa ». Une organisation qui, d’après le promoteur de la géopolitique du football Pascal Boniface, est un «cercle de pouvoir politique», qui jouit de plus de «respect et d’autorité» que l’Organisation des Nations unies.
Georges Alain Boyomo
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