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Cultures

12 Mar 2009
Fargass Assandé : Un metteur en scène engagé

Sa verve et ses pièces ont traversé les confins de sa Cote d'Ivoire natale alors que rien ne le prédestinait à faire du théâtre.

Sur scène ou en back stage, Fargass Assandé n'a pas sa langue dans sa poche. "Je viens d'un pays où l'on appelle chat, chat", argue t-il comme pour expliquer une insouciance qui frise l'insolence. Les amateurs de théâtre au Cameroun le découvrent lors dans la représentation de "Quartett", dont les centres culturels Blaise Cendrars de Douala et François Villon de Yaoundé ont récemment été l'hôte. Une pièce "impudique" où se mêlent séduction, passion et blasphème. Une invite à la sincérité envers soi même et envers les autres. "On n'est jamais ce que nous prétendons être. Nous avons fini par confondre nos masques à nos vrais visages", lance-il le sourire en coin, lors de la conférence de presse qui a précédé la représentation de "Quartett", l'œuvre du dramaturge allemand, Heiner Müller.

Accompagné d'Odile Sankara (Burkina Faso), Yaya Mbilé (Cameroun) et Ibrahim Abba (Niger), Fargass Assandé a réussi à briser les barrières du puritanisme et à transformer le texte "fort complexe" d'Heiner Müller en une vive copie de la guerre intérieure à laquelle se livrent les humains. Le public conquis par le jeu des acteurs, n'a pas résisté à un standing ovation à la fin de la représentation. Un hommage mérité au metteur en scène, qui ce soir là et depuis le début de sa tournée à travers le continent noir, se félicitait "d'avoir relevé le défi de jouer et faire jouer "Quartett" en Afrique et par les Africains". A prouver que les émotions transcendent les pays. D'autant plus que "la balkanisation des continents répond aux idéaux purement politiques et non humains", martèle Fargass Assandé dans un accent qui trahit ses origines ivoiriennes.

A 47 ans révolus, Fargass Assandé aligne une œuvre impressionnante dans le domaine du théâtre. Ses casquettes d'acteur, de dramaturge et de metteur en scène lui ont valu la reconnaissance et le respect de ses confrères. Pourtant, rien ne le prédestinait à l'univers du théâtre. D'ailleurs, chaque fois qu'il a dû raconter son histoire d'amour avec la scène, Fargass revient plus de 20 ans en arrière. "Je venais de réussir mon entrée en sixième et mon oncle, pour me féliciter, m'a proposé de venir avec lui à une représentation de ''La Tragédie du roi Christophe'' au théâtre de la cité universitaire d'Abidjan. Subjugué par le génie des acteurs et conscient que le théâtre est une tribune d'expression par excellence, j'ai décidé ce soir-là de faire du théâtre. Le concours international du théâtre scolaire et universitaire dans mon pays m'a servi de tremplin quelques années plus tard.

Meilleur acteur à plusieurs reprises, je me suis convaincu que ma voie était tracée. Et me voilà comédien, puis metteur en scène et auteur de pièces de théâtre ", révèle t-il lors d'une interview accordée à Africultures. Ainsi, le quadragénaire n'a pas reçu une formation classique lui permettant de flirter avec l'art du théâtre. Ses prestations scéniques et son volontarisme lui ont permis de maîtriser les rouages du métier. D'autodidacte, il est passé pour l'une des valeurs sûres du théâtre africain. Sur les scènes du continent noir, Fargass n'a pas fini de promener sa vision du théâtre, qui pour lui se résume à bousculer les consciences. Surtout celles des hommes politiques qui pour Fargass "ne sont que des épouvantails habillés d'une veste".

Monique Ngo Mayag

   
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