Politique

04 Mar 2010
Abba Aboubakar : Nous irons jusqu'à la Cour de justice de l'Union africaine s'il le faut

Le président de la Rcpu n'entend pas s'arrêter à la justice camerounaise si celle-ci n'est pas favorable à ses positions.

Quel est votre intérêt dans la démarche engagée auprès de la Cour suprême ?
Il faut dire que la violation de la loi en soi est déjà un crime. La Rcpu n'a peut être aucun intérêt dans cette démarche engagée auprès de la Cour suprême en tant que formation politique. Ce sont les populations qui y ont un intérêt, des populations, dont certaines sont aujourd'hui sans représentant à l'Assemblée nationale. Je vous prends le cas du Djerem dans l'Adamoua, le Lom et Djerem à l'Est est réduit à un député sur trois…Je mène une action de citoyen camerounais. Les médias ont annoncé de nombreuses disparitions de députés au cours de l'actuelle législature, l'Assemblée nationale a confirmé au cours de certaines plénières, et des délégations de la Chambre ont même été dépêchées sur le terrain pour les obsèques des concernés. Ce sont les populations concernées qui subissent le préjudice de la violation de la loi dans le cas actuel.

De façon concrète, qu'attendez-vous de la Cour suprême ?
J'attends de la Cour suprême, l'application simple du droit. Qu'elle dise le droit. La violation de la, selon L'article 35 de la du 29 décembre 2006 qui régit le fonctionnement de la Cour suprême en son alinéa 1 précise que " la violation de la loi relève de la Cour suprême ". C'est l'une des raisons qui me poussent à saisir cette haute juridiction pour que justice soit rendue. Nous attendons donc de la Cour suprême qu'elle applique simplement la loi telle qu'elle est écrite. Il y a quelques jours, le Premier président de la Cour suprême parlait de l'indépendance des juges. C'est une démarche dans laquelle nous le soutenons entièrement.

Elle pourrait bien arguer de ce que la Rcpu n'a pas de députés à l'Assemblée nationale et donc n'a aucun intérêt dans cette affaire.
Je redis que la démarche n'est pas faite pour le compte d'un parti politique, encore moins pour l'individu que je suis. La loi, à ce que je sache est applicable pour tous les citoyens, et quand ils se sentent lésés, ils ont le droit de se plaindre. J'ai intenté un recours pour l'intérêt des populations qui sont aujourd'hui desservis par la non application de la loi et qui fait que celles-ci n'ont pas de représentants au niveau de l'Assemblée nationale. Si des lois sont adoptées et ne sont pas appliquées dans l'intérêt des Camerounais, à quoi servent-elles alors. Il est inscrit dans la Constitution que " la justice est rendue au nom du peuple camerounais ". C'est pourquoi j'ai engagé ma démarche en ma qualité de citoyen d'abord, puis d'acteur politique.

Si vous n'étiez pas suivi dans votre démarche par la Cour suprême, quelle sera votre réaction ?
Le monde est devenu un village planétaire comme on le dit vulgairement. La Cour suprême est la plus haute juridiction du Cameroun, et au dessus des Etats, il y a des organisations sous régionales et même continentales, à l'instar de l'Union africaine qui une Cour de justice qui a une compétence supranationale et qui prend en compte les intérêts des personnes lésées par les juridictions nationales des différents pays. S'il s'avère au niveau du Cameroun que la plus haute juridiction est aliénée à l'exécutif, malgré les preuves manifestes de violation de la loi, il y a la Cour de justice de l'Union africaine que nous allons saisir dans ce cas pour que les populations des circonscriptions concernes soient rétablies dans leurs droits.

En octobre 2009, vous avez saisi la Cour suprême pour qu'elle arrête de jouer le rôle du Conseil constitutionnel. Que cherchez vous finalement ?
Le Cameroun est aujourd'hui comme un grand malade qui nécessite une certaine assistance. L'une des maladies du Cameroun est justement cette violation régulière de la loi. Ceux chargés justement de veiller à l'application de la loi sont également les premiers à se rendre coupables de violation systématique de celle-ci. De par la constitution, le président de la République est chargé de veiller au respect des lois. C'est à lui de veiller à l'application de la loi en faisant mettre sur pied toutes les institutions prévues dans la constitution. On a l'impression que depuis la modification constitutionnelle de 1996, il n'y a pas au Cameroun, de juristes ou de personnes capables de faire partie de cette institution.

Propos recueillis par Jean Francis Belibi

   
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