10 Mar 2010
Inquiétudes : Où va le secteur de la pêche industrielle au Cameroun ?
Le cri de cœur et le plaidoyer d'un citoyen engagé qui appelle à l'intervention urgente et désintéressée des pouvoirs publics.
Malgré l'existence d'un ministère spécialisé, le Minepia, la pêche industrielle camerounaise est embryonnaire et de surcroît malade. A vrai dire, ce secteur qui aurait pu permettre la création de nombreux emplois est étranglé par les charges et les taxes multiples. C'est un secteur qui est délaissé par les pouvoirs publics malgré les multiples rencontres avec les autorités de tutelle. Il ne reçoit aucune aide gouvernementale et souffre du zèle répété de certains fonctionnaires en charge de la surveillance, pour qui la pêche industrielle génère d'importants bénéfices dont il faut leur reverser une partie. Le très lourd investissement qu'exige l'activité de pêche industrielle, les contrôles vexatoires menées depuis 2009 et l'absence d'un programme d'accompagnement fiscal et administratif du gouvernement aux opérateurs rendent peu attrayant ce secteur pourtant susceptible de créer de nombreux emplois pour la masse de jeunes qui s'ennuient dans nos villes. Ces obstacles au décollage de ce secteur d'activité expliquent que seuls 4 ou 5 opérateurs sont actifs dans le secteur alors même que le Cameroun dispose de plusieurs cotes. Dans ce secteur de la pêche industrielle, la pêche du poisson frais dans les eaux territoriales est l'activité qui a le plus besoin d'attention du gouvernement.
Les problèmes Outre les nombreux abus de certains fonctionnaires lors des contrôles en mer, le secteur de la pêche industrielle est plombé par le prix trop élevé et non subventionné du gasoil et par les multiples impôts et taxes spécifiques. Ces taxes et impôts portuaires sont relatifs au: = Chenal, = À la production, = Quai du port = Matériel flottant, Ce tableau est complété par le coût très élevé des frais de douanes sur le matériel de pêche et d'importantes taxes portuaires payées quotidiennement en plus des taxes sur le matériel payées annuellement. De plus, l'occupation des quelques rares magasins de stockage et de rangement du matériel navigant et d'armement dans le port de pêche de Douala par des professionnels des secteurs de l'import - export est préjudiciable au développement de l'activité. - la consommation de ce gasoil varie entre 1500L à 3500L par jour pour les bateaux, soit une consommation total comprise entre : 135000 L et 315000 L par trimestre, évaluée à 525F-535F le litre.
- Le chenal : il est de 190 228 F à chaque passage, pour une moyenne de huit passages mensuels pour les navires de pêche contre un sel passage semestriel pour les autres navires commerciaux, malgré le tirant faible de certains navires, - La taxe à la production : elle est de 12F/Kg, - Le quai du port : il est de 75 000F les cinq (5) premiers jours, puis 100 000F par jour, même si le bateau est en panne ; - La taxe sur le matériel flottant : 750 000F/an. Malgré l'importance de toutes ces taxes et impôts qui sont perçus, l'état d'insécurité et d'insalubrité de nos ports de pêche est une réalité palpable et néfaste pour l'hygiène mais également pour la productivité des entreprises. Il faut désormais ajouter à tout cela l'intrusion remarquée des taxes et impôts qui placent désormais le poisson frais hors de prix sur les marchés. En effet, avant le lancement du projet de surveillance par l'Etat, la production oscillait entre 696 tonnes et 1000 tonnes par trimestre. Aujourd'hui, elle a chuté entre 216 et 300 tonnes par trimestre. Une chute drastique de près de 70 %.
Ces chiffres expliquent la flambée des prix des poissons sur le marché local ces derniers temps. Une variation de plus de 30% depuis fin 2009. Un exemple : le bar frais moyen passe de 1600F à 2500F le kilogramme, la sole fraiche moyenne passe de 2500F à 3500F, pour ne citer que ceux là. Le consommateur est donc pénalisé par les contrôles abusifs, l'importance des taxes et impôts et l'absence du soutient financier et règlementaire de l'Etat. En effet, étouffés par les obstacles administratifs et fiscaux, les quelques rares opérateurs courageux qui se sont risqués à investir dans le secteur sont contraints de répercuter leurs coûts sur les prix finaux. Les pouvoirs publics doivent agir pour arrêter cet engrenage de flambée des prix car au final, c'est un secteur prometteur qui va être totalement sinistré et la paix sociale menacée, comme en février 2008.
Pourtant, en suivant de près l'expérience des pays voisins, on aurait pu tirer quelque modèle. Au Congo Brazzaville par exemple, un dispositif a été pris dans la ville portuaire de Pointe Noire où les opérateurs du secteur de la pêche maritime ont des facilités d'accès au port et aux crédits pour financer leur activité. Par ailleurs, l'Etat supporte pratiquement 50% du coût final, ce qui permet aux opérateurs de se sentir assistés. En Guinée Equatoriale, malgré la faible population qui est moins d'un million d'habitants (environ 692 972), pour répondre aux besoins du marché local, récemment, l'Etat a acquis 16 navires de pêche afin de développer un savoir faire national. Ces navires sont placés en exploitation chez des professionnels nationaux qui reversent une faible part de leurs bénéfices à l'Etat ; par ailleurs, les opérateurs du secteur pêche sont subventionné à 100% par l'Etat.
Au Nigéria, l'Etat soutient le secteur de pêche industrielle par un système de subvention, de défiscalisation du gasoil et la garantie d'un accès gratuit au port pour les navires de pêches nationaux. Au vu de tout ce qui précède, il n'est pas exagéré de dire qu'il y a péril en la demeure dans le secteur de la pêche industrielle au Cameroun. Un péril qui peut, à terme, menacer l'équilibre même des foyers dans un pays où on a coutume de vanter l'autosuffisance alimentaire. Les pouvoirs publics ont le devoir de prendre ce dossier à bras le corps. Le pays s'est embrasé pour bien moins…
Par Athanase Bibanga * * Bibangaa200@yahoo.fr
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