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Un fait un jour

11 Mar 2010
Iya Mohamed : Nous préparons la restructuration de la Sodecoton

Le Dg de cette entreprise indique les voies de sortie de la crise du coton et exprime ses attendes par rapport à la réunion de l'Aca.

M. le directeur général de la Sodecoton, l'entreprise que vous dirigez n'échappe pas à la crise que traverse la filière cotonnière africaine, en général. Quelles sont, selon vous, les pistes de sortie que vous envisagez en interne pour redorer le blason de la filière ?
Au Cameroun comme dans d'autres pays, nous traversons une crise assez grave qui n'est plus conjoncturelle mais qui est devenue structurelle, puisqu'elle dure depuis cinq ans. L'ensemble des filières de la zone franc perd chaque année 200 milliards de Fcfa. La Sodecoton qui malgré le fait qu'elle se porte mieux que les autres sociétés du même secteur, perd tout de même de l'argent. Le cumule des déficits depuis les cinq dernières années est de l'ordre de 7 milliards de Fcfa. Il ne faut pas oublier non plus que nos réserves de 13 milliards de Fcfa dont on disposait en 2005 sont complètement consommées à ce jour. En plus donc de ces 13 milliards de réserve utilisées pour éponger d'anciennes pertes, maintenant il y a des pertes sèches de 6 à 7 milliards. Il faut donc rapidement arrêter cette maladie.
Pour le faire, il y a trois actions à mettre en place. Il faut diminuer le coût de la production d'abord, et on ne peut le faire sans jouer sur les coûts des intrants agricoles. A ce sujet, l'Etat a compris la situation et est en train de nous accorder des subventions. Nous avons ainsi reçu 4 milliards de Fcfa cette année sur 6,5 milliards inscrits dans le budget de 2010. Nous avons d'ores et déjà encaissé 4 milliards qui ont été versés immédiatement aux producteurs pour leur permettre d'atténuer le coût des intrants agricoles, qui ont connu quand même une augmentation exponentielle.

Et au sein de la Sodecoton, que préconisez-vous ?
En interne également, il faut prendre des dispositions dans le sens de la diminution des coûts en restructurant la société. On produisait 300 000 tonnes avec un effectif de 2000 personnes. Aujourd'hui, notre production n'est que de 125 000 tonnes. Il faut ajuster les coûts pour être en conformité avec la capacité réelle de la société. Maintenant, on peut également améliorer la qualité du coton, la soigner pour pouvoir produire un coton de meilleur qualité, par ce qu'il y a également un marché pour cela. Nous avons également sur ce plan-là mis l'accent sur le coton équitable. C'est un coton qui se vend un peu plus cher, mais qui doit avoir un minimum de qualité. Il faut aussi absolument varier et diversifier ses cultures. Sur ce plan, nous sommes en train de nous mettre sur la production du Soja. Et nous avons déjà pu acheter 7000 tonnes et pensons pouvoir acheter 10 000 tonnes. Cela permet d'encadrer les paysans qui en plus de leurs revenus cotonniers peuvent avoir des revenus du soja et pourquoi pas d'autres cultures comme le maïs et les arachides. Tout cela aura un avantage, non seulement sur le revenu des producteurs, mais aussi dans la diminution des pertes de la Sodecoton. Avec le soja, nous allons produire de l'huile et le tourteau qui sont les deux principaux produits en dehors du coton qui peuvent nous faire gagner de l'argent.

Avec ces pistes de sortie de crise qui n'augurent pas une catastrophe dans la filière camerounaise, est-ce qu'on peut tout de même éviter des licenciements dans le cadre de la restructuration dont vous parlez ?
C'est inévitable. Mais, peut être qu'il faut commencer d'abord par des négociations avec le personnel sur des possibilités de retraites anticipées, de départs volontaires. En fait, nous sommes en train de monter un dossier de restructuration de la société qui se déclinerait sur cinq ans. Nous y associerons les bailleurs de fonds, le gouvernement et les associations de producteurs de coton, et je pense qu'on finira par trouver une solution à moyen terme.

Par rapport à ces différents projets, qu'attendez-vous de la tenue des assises de l'Aca à Yaoundé dès ce jour ?
Nous allons ensemble débattre sur quatre thèmes parmi lesquels figurent en bonne place le volet de diversification des cultures. Nous souhaiterions partager notre expérience avec les autres. Je pense que c'est très important puisque vous vous souvenez qu'en 2008, il y a eu des émeutes parce qu'il n'y avait pas suffisamment de nourriture sur le marché. Ce que nous voulons c'est en même temps rendre la production des produits vivriers rentable. Ce qui résoudra le problème d'insécurité alimentaire dans la partie septentrionale premièrement, mais en même temps, de diversifier les sources de revenus des producteurs de coton. Il ne faut pas que l'économie du Nord repose sur la monoculture, mais aussi sur d'autres produits tels que le soja.

Selon certains avis au sein de la Sodecoton, l'adoption des Ogm au Cameroun est désormais incontournable. Est-ce que vous confirmez cette information ? Si oui, en quoi l'introduction des Ogm peut-elle révolutionner la filière cotonnière camerounaise ?
Le coton camerounais n'est plus compétitif. Il coûte trop cher à la production. Non seulement on n'est pas compétitif, mais aussi une partie de notre marché est aujourd'hui arraché par les producteurs tels que l'Inde, qui produit tout son coton avec des Ogm. Nous avons compris que l'utilisation des semences Ogm permet une augmentation des rendements de l'ordre de 30%. Ceci a été confirmé au du Burkina Faso où les Ogm sont déjà utilisés. Nous allons organiser la semaine prochaine à Douala un autre séminaire de quatre jours avec des experts et des chercheurs qui vont examiner spécifiquement ce problème d'Ogm. Puisque le gouvernement, à travers le ministère de l'Agriculture et du Développement rural a bien voulu nous autoriser, pour la première fois, de débattre du sujet sous son autorité au Cameroun. Pour le moment, il me semble que dès la prochaine saison, nous pouvons commencer l'expérimentation. On a toujours voulu ce système, mais le gouvernement traînait les pieds.

Propos recueillis par B. R. M.

   
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