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Un fait un jour

11 Mar 2010
Agriculture : L'Afrique veut filer du bon coton à Yaoundé

Les assises de l'Association cotonnière africaine s'ouvrent ce matin dans un contexte marqué par la décrépitude du secteur.

En se référant au jargon médical, l'on utiliserait volontiers le terme "agonie" pour définir l'état de santé actuel de la filière coton en Afrique. Selon les statistiques de l'Association cotonnière africaine (Aca), qui reconnaît elle-même que cette filière en Afrique "traverse la crise la plus aigue de son histoire", depuis quatre ans, c'est-à-dire "entre les campagnes 2004-2005 et 2008-2009, la production africaine de coton a baissé de 42%, chutant de 2,043 millions de tonnes de fibre à 1,175 millions de tonnes de fibre". Au plan national, la production de la Société de développement du Coton (Sodecoton) est passée de 300.000 tonnes à 145.000 tonnes sur la même période, provoquant ainsi une baisse de 50% des revenus (ils sont passés de 40 à 19 milliards de Fcfa en quatre ans) des 250.000 familles qui vivent de la culture du coton dans la partie septentrionale du Cameroun.

A en croire le Sénégalais Bachir Diop, le président exécutif de l'Aca, qui a donné une conférence de presse hier à Yaoundé en prélude à l'ouverture des 8ème journées de l'Aca ce matin dans la capitale camerounaise, en Afrique ce sont pas moins de 25 millions de personnes qui subissent de plein fouet les conséquences de cette conjoncture internationale autour du coton africain. Laquelle conjoncture tient en majeur partie de facteurs externes. Il s'agit d'abord des subventions accordées aux producteurs de coton des pays d'Amérique et d'Europe (5 milliards de dollars chaque année) par leurs Etats, ce qui conduit ces derniers à produire en abondance et à inonder le marché mondial, provoquant ainsi une baisse drastique des coûts du coton. Ensuite, la baisse répétitive du cours du dollar observée depuis plusieurs mois maintenant a des conséquences très fâcheuses sur les producteurs de coton de la zone franc, dont les pays sont arrimés à l'euro qui est une monnaie très forte et stable.

C'est dans ce contexte morose que 140 participants en provenance d'une trentaine de pays du monde se retrouvent dès ce matin à Yaoundé, et ce jusqu'au 13 mars prochain ; pour les 8èmes journées de l'Association cotonnière africaine (Aca). Sous le thème "le coton africain face à ses défis", les assises de la capitale camerounaise vont s'articuler autour des quatre communications suivantes : "les indicateurs du marché du coton, analyse, prévisions et projections", "la situation actuelle et perspectives du coton africain face à l'environnement économique mondial", "culture du coton et diversification des cultures" et "biotechnologie et culture du coton". Les intitulés de ces communications indiquent clairement que l'Aca, dont le principal crédo jusqu'ici était le combat contre les subventions aux producteurs des pays américains et européens, veut changer de cap, et explorer des voies pouvant permettre de trouver, en interne, les solutions aux problèmes de la filière coton en Afrique. Mais, souligne le président de l'Aca, "Nous ne baissons pas les bras, on va continuer à se battre contre les subventions".

Plan Marshall
C'est dans cette optique que Bachir Diop a d'ailleurs réitéré au cours de sa conférence de presse d'hier à Yaoundé, l'appel de l'Aca en faveur de la mise en place d'un plan Marshall pour le coton africain. A l'en croire, cet appel est lancé en direction des communautés économiques sous régionales d'Afrique, de l'Union africaine, des bailleurs des fonds divers, mais surtout des pays producteurs de coton d'Amérique et d'Europe qui, selon l'Aca, faussent le jeu de la concurrence sur le marché international en arrosant leurs producteurs de coton de subventions. "Pour soutenir le système bancaire [pendant la dernière crise financière internationale, Ndlr], les ressources ont été trouvées. Et les montants étaient plus importants d'ailleurs.

C'est possible de le faire également pour le coton africain", a souligné Bachir Diop. En effet, selon les statistiques de l'Aca, en 2007, le montant nécessaire pour la mise en place d'un éventuel plan Marshall pour le coton africain était estimé à 250 milliards de Fcfa seulement, contre 350 milliards de dollars [environ 175 000 milliards de Fcfa] débloqués par le gouvernement américain pour sauver le système bancaire pendant la dernière crise financière. Ces 250 milliards de Fcfa représentent, indique l'Aca, les pertes sèches enregistrées par l'industrie cotonnière africaine suite à la conjoncture défavorable sur le marché mondial. "Mais ce chiffre doit être au moins doublé, sinon triplé à la date d'aujourd'hui", précise Iya Mohammed, le Dg de la Sodecoton.

Brice R. Mbodiam

   
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