11 Mar 2010
Gouvernance : Transparency International pour une indépendance des organismes de contrôle
C'est l'appel lancé par la présidente de cette Ong à l'occasion d'une rencontre sur la gestion des entreprises publiques.
20 à 25% des ressources sont perdues dans les procédures de passation des marchés. Le corollaire de cette situation est la mauvaise exécution des travaux parce que les entrepreneurs veulent réaliser des marges bénéficiaires énormes. C'est le constat dressé hier à Yaoundé par Mme Huguette Labelle. La présidente du Conseil d'administration de Transparency International, dans la leçon inaugurale prononcée à l'ouverture du "Corporate Governance Forum" organisée par la Fondation Solomon Tandeng Muna, et qui portait sur "l'importance de la bonne gouvernance dans la gestion des affaires publiques et surtout des entreprises publiques", a tenu à attirer l'attention sur les nombreux manquements enregistrés dans la gestion des entreprises publiques.
Il s'agit à son avis des pertes qui prennent le chemin de pots de vin. Tout ceci résulte selon elle de la "captation des gouvernements par des intérêts personnels". Et Huguette Labelle de citer parmi les mauvais choix managériaux qui entraînent ces dérives : la nomination à la tête des entreprises publiques des personnes proches ou des amis qui sont souvent dépourvus de compétences, la désignation d'administrateurs sur des critères autres que celui de la valeur, la nomination à ces hautes fonctions de "camarades du parti dont le premier intérêt sera de servir celui-ci". Autant de choses qui à son avis entraînent la mal gouvernance observée au niveau des entreprises publiques d'ici et d'ailleurs, détournant celles-ci de leurs missions fondamentales qui sont de pourvoir les populations en services sociaux de base.
Pourtant la présidente de Transparency International a pris le soin d'indiquer que les ressources gérées par ces entreprises sont bien "la propriété des populations". "Lorsque l'argent public va dans les poches des individus plutôt qu'au service des populations, ce sont ces dernières qui en souffrent", a-t-elle martelé, avant d'indiquer que "Lorsque tous les revenus de l'Etat sont rendus public et ceci de façon transparente, il n'y a pas de risque de dérapages". Si elle s'est félicitée de l'adhésion du Cameroun à l'Initiative de transparence dans les industries extractives (Itie), Huguette Labelle a relevé le rôle clé que doivent jouer la société civile et les institutions de contrôle des finances publiques pour l'émergence d'une saine gouvernance dans les entreprises du secteur public au Cameroun. A l'endroit de ces institutions de contrôle du Cameroun, elle a noté qu' "elles doivent être totalement indépendantes", car "si elles sont une extension de l'exécutif, elles ne peuvent pas faire correctement leur travail". Une indépendance qui devrait à son avis s'étendre dans le domaine financier.
Siegfried David Etame Massoma, le ministre délégué en charge du Contrôle supérieur de l'Etat qui ouvrait la rencontre, a relevé la faiblesse des audits internes au sein des entreprises publiques au Cameroun. Une situation issue selon lui des insuffisances de la loi de 1999 sur les entreprises publiques, une situation qui à son avis, a profité à certains dirigeants d'entreprises publiques "qui ont ainsi été amenées à supprimer de leurs organigrammes, les structures d'audit interne". La faute également selon le représentant du gouvernement camerounais, à des administrateurs qui n'ont pas toujours joué leur rôle qui est le leur et qui va au-delà du simple octroi de quitus, pour s'étendre à la définition de la politique générale de l'entreprise, à son contrôle… On pouvait dès lors comprendre l'intérêt de la présidente de Transparency International à voir la plupart des membres des conseils d'administration des entreprises publiques du Cameroun à s'approprier l'ouvrage "Gouvernance des entreprises du secteur public : guide de l'administrateur" du Pr Cosmas Cheka qui a été dédicacé à la fin des travaux.
J.F.B.
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