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AVENIR | 19 Feb 2007
Siméon Ombiono : L'avocat de Dieu
Une pédagogie particulière a marqué le quart de siècle de ce prof de droit dans les amphis.
Jean Baptiste Ketchateng

A la kyrielle de surnoms qu'au fil des ans les étudiants lui donnent, l'on aurait pu ajouter "le magicien". Siméon Ombiono, alias Sisqo pour son visage presque juvénile et l'ovale de cette tête tapissée de cheveux d'un blanc immaculé tel le célèbre rappeur noir américain, alias Jospin parce que la monture de ses lunettes rappelle celle de l'ancien Premier ministre français, alias le "père Ombiono" parce que finalement, à 59 ans, il est un vieux qui s'est habitué à fréquenter les jeunes, à les apprivoiser comme un prestidigitateur dont la seule présence dans l'amphithéâtre installe une ambiance bon enfant. Loin, très loin des affrontements symboliques entre l'enseignant et les masses énervées qui constituent souvent les classes des facs de droit.
"C'est ma vocation. Et croyez-moi, la meilleure manière d'être avec les jeunes, c'est de rentrer dans leur peau. Après, ils se confient à vous, il y en a même qui pleurent parce qu'en général les jeunes sont seuls. Les structures d'encadrement de la grande famille ont disparu", explique cet enseignant de droit à l'université de Yaoundé II à Soa. Cette manière d' "encadrer " le chahut a finalement donné de la valeur ajoutée aux enseignements du droit des personnes pour lequel Siméon Ombiono est un spécialiste. Enseigner, soutient-il, c'est diffuser un savoir. Mais quand il aboutit à un savoir-faire, c'est mieux. Plus qu'une professionnalisation des enseignements, ce serait de la conscientisation que l'on inscrirait aux programmes pour en finir avec la mentalité du diplôme qui parfois, regrette-t-il, ne correspond pas aux savoirs du diplômé.

Former l'homme, tout l'homme, peut se résumer en l'une des nombreuses citations dont il fait usage dans les campus comme en dehors : "Si tu délivres l'homme du désert que vaut sa liberté ? Il faut lui enseigner la soif et tracer la route vers le puits. " Dixit, Antoine de Saint- Exupery. Et des hommes, Siméon Ombiono s'est fait le "serviteur", témoigne un de ses nombreux anciens étudiants. Tant et si bien qu'il a délaissé sa propre quête du savoir. Après son doctorat de troisième cycle en 1979, une étude de la loi du 7 juillet 1966 portant sur diverses dispositions relatives au mariage, à l'université de Yaoundé, il a passé 28 années dans les amphis et surtout dans les salles administratives.
Happé dès ses premiers pas par les tâches administratives telles que la correction des copies, la préparation des diplômes, il n'aura pas le temps de "progresser". Pourtant, il ne regrette rien. Les missions de recherche qui auraient pu lui permettre de s'élever dans les grades au-delà de chargé de cours, les honneurs et peut-être de l'argent… Pourquoi faire comme les autres quand on s'appelle Ombiono ? On ne cite pas pour impressionner les articles scientifiques qu'on a rédigés, cette célèbre Encyclopédie juridique africaine où l'on figure parmi les auteurs, la fonction de vice-doyen à la faculté de droit de Ngaoundéré. Bof !

S'il y en a qui cherchent à s'enrichir ou à accumuler du pouvoir, lui tire son plaisir des anecdotes savoureuses qu'il raconte au début d'un cours ou au détour d'une explication importante. Tel un étranger sur la terre, il parle de l'amour des hommes et de ce pays où il voit le chômage régner alors que les potentialités de développement foisonnent… autant que les égoïsmes.
L'homme est peut-être mauvais, mais lui, Ombiono, ne désespère pas d'un Cameroun qui n'a pas accueilli à bras ouverts les propositions de réforme électorale de l'Eglise catholique auxquelles il a apporté son concours, autant qu'il participe au Service Justice et Paix où il s'est battu pour faire baisser les loyers dans les mini-cités. Et ne dites pas à cet ancien frère du Sacré-Cœur (1967-1985) que tout cela c'est de l'angélisme, il vous répondra que " la caque sent le hareng ". Sa foi en un monde meilleur par la volonté des hommes et de Dieu, c'est plus fort que lui.
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