Directeur de la Publication Alain Blaise Batongue
   

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AVENIR | 01 Dec 2008
Racisme : La vision de Joseph Ngoué
Pour les élèves de terminale, cette pièce constitue un document d'apprentissage sur l'amour qu'il faut avoir pour autrui.

(…) La pièce de Ngoué retient l'attention par son intérêt dramatique et surtout par la manière dont les personnages sont campés. Le rideau se lève pratiquement sur le coup de théâtre qui dévoile le flagrant délit de contradiction dans lequel est surpris le personnage de Wilfried Hotterman.
Avant que ses propres origines noires ne soient dévoilées, ce personnage affirme que: "le pire, c'est d'être un nègre". Vers la fin de la pièce, le même personnage, jadis hautain et fier d'appartenir à la supposée race supérieure déclare: "Apprenez patiemment aux Noirs qu'ils valent tous les hommes". Quel crédit accorder aux propos de ce personnage contraint par les circonstances à l'héroïsme, obligé qu'il est, de choisir entre "un impossible exil et une mort certaine", après avoir été jugé et condamné par les Blancs racistes dont il a partagé la haine, la domination et l'exploitation du Noir? Wilfried est d'autant condamnable qu'il avoue avoir participé au musellement de la science. En effet, "sans réagir, [il a vu] taire les preuves de la puissance créatrice des Noirs." Il ne se montre donc courageux que lorsqu'il a perdu tous ses privilèges égoïstes.

L'itinéraire de Pala, le policier noir qui invoque l'alibi de sa famille à nourrir pour mâter ses frères de race est semblable à celui de Wilfried. L'argument de la concurrence dont il a failli être victime que fait valoir le Notaire pour s'excuser d'avoir trahi sa profession est lui aussi spécieux. Le dernier combat qu'il veut mener: permettre aux Noirs d'hériter "d'une personne étrangère à leur famille" arrive un peu tard.
Sur le plan dramatique, La croix du sud a donc plus d'un mérite. C'est aussi une pièce bien écrite. La langue de Ngoué est, en effet, belle, châtiée même, quoique éthérée par endroits. Le philosophe reprend ainsi ça et là, ses droits sur la dramaturgie. Si l'auteur fait preuve d'une bonne culture classique, son ton est malheureusement un peu prédicant et les solutions qu'il préconise pour combattre le racisme plutôt naïves. Au fait, qu'est-ce qui a fait avancer le processus d'intégration des Noirs aux Etats-Unis?

La non violence, la violence ou les deux? Lorsque Mveng, dans Balafon, affirme: "La paix, la paix, la paix... La paix ne viendra pas sur toi, Ô Manhattan, sans le surgissement de mes tribus de "Black Panthers", sans les blues, sans le jazz, et sans Martin Luther King, et sans Malcom X.", à quoi fait-il allusion? A la violence, la non violence ou aux facteurs culturels comme moteur de l'intégration raciale? Qu'est-ce qui a fait basculer l'Afrique du Sud raciste? La volonté d'un homme (De Klerk), la persévérance d'un autre homme (Mandela), le combat d'une communauté d'hommes (les mouvements de lutte antiapartheid), la violence de la communauté internationale (l'embargo) et la mise au ban de l'Afrique du Sud par la communauté internationale ou les forces du destin? Au demeurant, le fléau du racisme peut-il être éradiqué tant que survivront les races?

Source, Patrimoine n0 0042;
la titraille est de la rédaction
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