Directeur de la Publication Alain Blaise Batongue
   

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VIVRE AUJOURD'HUI | 31 Dec 2008
Yaoundé : Des déguerpissements cèdent place à l'insécurité
Profitant du départ des habitants de la Briqueterie qui redoutent les engins de la Cuy, des bandits délestent des passants.
Parfait Tabapsi

Depuis quelques jours, il ne fait pas bon s'aventurer du côté de l'échangeur simplifié du quartier Briqueterie. Où de jeunes brigands ont établi leur quartier à la suite du départ volontaire des habitants. Et profitant de la désertion des lieux et de l'obscurité survenue, "opèrent" sans inquiétude une fois la nuit tombée. Dans un espace qui surprend par l'atmosphère de dépaysement qui s'y dégage. Partout se dressent des murs amputés de leurs toitures quand ce ne sont pas simplement les ruines qui donnent à voir leur fatras de matériaux de construction hâtivement parqués par des habitants plus que pressés de s'en aller. Histoire de ne pas avoir à croiser la route du délégué auprès de la Cuy.

A tel point aussi que l'on se demande s'il y aurait une psychose Gilbert Tsimi Evouna à Yaoundé. Car apeurés par les ultimatums de celui qui a entrepris des travaux d'Hercule en vue de donner un visage reluisant à la capitale camerounaise, les populations anticipent désormais le passage de l'édile qui, on le sait maintenant, tient toujours promesse lorsque vient le moment de déguerpir des riverains de quelque terrain sur lequel il a jeté son dévolu pour des projets futurs. "Nous avons souhaité partir maintenant parce que c'est le seul moyen pour nous de sauver quelques affaires", commente Marie Zita Abega Ekodo. Un départ qui n'est pas sans poser problème. "J'ai pu trouver une maison à Ngousso, mais les dépenses du ménage vont accroître parce qu'il faut désormais y trouver une ligne pour les transports quotidiens de la maison au lieu de service, ce qui n'est pas facile vu que j'enseigne à l'Ecole publique d'Ekoudou et que mes enfants sont au Lycée de Tsinga."

Quiproquo et soupçon
Dans le pâté de maisons qui jouxte l'échangeur simplifié en bordure de la route qui monte en direction de l'Ecole de police cependant, on peut constater que des retardataires s'échinent, dans un capharnaüm de bruits de marteaux et de tôles, à sauver l'essentiel. Eux qui ont été notifiés depuis le 14 novembre dernier par la Cuy de "démolir et libérer le site (dans) un délai de 30 jours. Faute de quoi, conformément à la réglementation en vigueur, la démolition se fera par les services de ma municipalité aux frais du propriétaire".

Un avertissement qui n'a pas entamé le flegme de Jean-Pierre Kamgang. "On me demande de quitter un espace sur lequel je vis depuis 40 ans alors que j'ai tous les papiers. Voici mon titre foncier et mon permis de bâtir. Qu'est-ce qu'ils me veulent à la fin ? Dans tous les cas, ils me passeront dessus avant de détruire mes maisons. Je ne partirai pas." Une décision qui n'est pas étrangère aux bruits que dame rumeur fait courir dans le quartier. Ici, il se murmure en effet que le délégué Tsimi Evouna aurait un accord avec l'ancien propriétaire pour "chasser les gens et se partager le butin que constituera le nouveau terrain ainsi libéré de ses occupants légaux (sinon) pourquoi on veut nous chasser en disant qu'on veut faire le parking du palais des sports alors que nous sommes loin du site ?"

Une interrogation qui ne prend pas en compte les motifs de l'édile qui, dans la mise en demeure adressée à M. Kamgang, justifie par exemple la libération du site par le fait que "cette vieille maison est construite de façon anarchique, sans respect des normes d'urbanisme en vigueur". Ce à quoi les riverains rétorquent que "il n'y a pas qu'ici qu'il y a de vieilles maisons." En face, et après les premières destructions d'août dernier, François Ngombissi qui a perdu son garage essaie de survivre en occupant la devanture d'une maison déguerpie par ses occupants depuis le 19 décembre. Et où ses employés s'affairent à dépanner des véhicules les ayant sollicités.

Dans son entourage, quelque quidam explique que "un recensement est passé et a demandé aux populations de constituer un dossier aux fins de bénéficier d'une indemnisation". Un recensement qui ne semble pas avoir connu l'avenir espéré par les habitants. M. Kamgang dit par exemple avoir tenté, avec lettre de demande d'audience à l'appui, de rencontrer l'édile de Yaoundé en vain. "Je ne comprends rien. J'ai l'impression qu'il fait tellement peur à ses collaborateurs que ceux-ci ne veulent pas qu'on le voit. Pense-t-il seulement à ce que nous allons devenir ?" Grosse interrogation dont n'a pas cure les badauds qui, alléchés par cette situation, essayent de délester les passants de leurs objets. Avant de fondre dans l'obscurité. Le tout pendant que les riverains se débrouillent à trouver des cieux plus calmes et accueillants.
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