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COMMENTAIRE | 31 Oct 2008
Et pourtant il marche…
Depuis le début de la semaine qui s'achève, les guichets des banques n'ont pas désempli à Yaoundé.
Par Junior Binyam

Le spectacle de files interminables devant les distributeurs automatiques, même de nuit, a été observable comme chaque mois à la même période. Les personnels de l'Etat, dont l'empressement à rentrer en possession de leur solde une fois que l'information sur le virement filtre, traduit bien les fins de mois difficiles de la moyenne des Camerounais dont le revenu est à la limite inversement proportionnel aux charges, dont la courbe des coûts ne fait que tendre vers plus l'infini. Annihilant même de ce fait les effets du saupoudrage salarial dont bénéficient depuis la fin du mois d'avril les agents publics, en guise de prime à l'apaisement après les émeutes contre la vie chère les plus meurtrières au monde. Elles ont officiellement fait 40 morts en février dernier. Ce qui tranche nettement avec l'image de peuple attentiste qu'on peut entrapercevoir dans l'apparente indolence dans laquelle se murent les Camerounais.

Cette ruée des fonctionnaires, contractuels et autres agents de l'Etats vers les banques intervient au lendemain d'élections municipales partielles qui se sont déroulées dimanche dans six communes des provinces de l'Extrême-nord, du Centre, du Littoral et de l'Ouest. Les électeurs de Mogode, Pette, Matomb, Douala Ve, Bana et Bafang devaient repartir aux urnes pour choisir leurs conseillers municipaux après l'annulation par la Cour suprême du scrutin du 22 juillet 2007 dans ces circonscriptions pour des irrégularités avérées. Comme lors du premier épisode, les électeurs ne se sont pas bousculés dimanche dernier.

La veille s'est jouée la finale de la Coupe du Cameroun de football sous la présidence du Premier ministre, Ephraïm Inoni. L'officialisation de cette manifestation présentée par le ministre des Sports comme le clou de la saison sportive au Cameroun, au point d'en faire un casus belli, n'est intervenue que le vendredi soir. Jusqu'au dernier moment, on a caressé le secret espoir de voir le chef de l'Etat, Paul Biya, regagner le Cameroun, se disant qu'il ne serait pas politiquement correct pour lui de demeurer à l'étranger le jour d'une élection. L'avantage collatéral étant donc de le voir jouir d'une occasion supplémentaire de tester sa popularité et communier avec son peuple à l'occasion de la finale de football.

Il n'en a rien été. Le match entre Coton sport de Garoua et Aigle de Dschang s'est joué sans lui. Et le public s'est plutôt réjoui de la qualité du spectacle avec en moins toutes les tracasseries (fouilles à l'entrée du stade, routes barrées…) qui auraient entouré l'évènement si le prince avait été là. De là à croire que la vie devient bien plus simple sans lui, il n'y a qu'un pas. Puisque la marche du pays ne semble pas souffrir tant que ca de sa longue absence au regard des quelques évènements sus évoqués. C'est vrai que tout ne marche pas comme sur des roulettes. Mais ca marche quand même. On en vient à se demander si toute la hantise cultivée sur la crise de leadership que pourrait connaître le Cameroun au cas où Paul Biya quittait le navire n'est pas surfaite.

Jusqu'à ce matin, 31 octobre 2008, le président de la République du Cameroun continue ses pérégrinations entamées le 19 septembre à travers le monde. Notamment entre la Suisse et l'Amérique (Canada et Usa). Même la montée de l'insécurité aux quatre coins du pays n'a pas encore permis de ressentir une véritable reprise en main du gouvernail. Du coup, les informations les plus folles peuvent circuler sur internet en rapport avec l'insécurité qui a élu domicile même aux portes du palais présidentiel d'Etoudi.
François Soudan, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire Jeune Afrique, parmi les nombreuses circonlocutions dont il est coutumier pour maintenir l'équilibre instable qui lie dans une relation de servitude Jeune Afrique aux régimes successifs en place à Yaoundé depuis 1960, avait parlé du Cameroun comme "un pays en pilotage automatique". Cette assertion, peut-être un peu plus qu'avant, prend tout son sens depuis quelques semaines.
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