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| Directeur de la Publication Alain Blaise Batongue |
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» Quotidienmutations
COMMENTAIRE | 05 Dec 2008
Insécurité d'Etat :
Dans l'après-midi du 11 novembre 2008, la cour d'honneur de la Légion de gendarmerie du Centre a vécu une scène proche du genre de spectacle abondamment servi aux populations camerounaises à l'époque du "maquis". Par Léger Ntiga
Le Sed a, en effet, publiquement présenté, devant micros et caméras, les corps inanimés de quatre malfrats abattus par des gendarmes à Nkoteng, du côté du département de la Haute Sanaga. Baptisés "coupeurs de route" à l'occasion, des hommes en tenue ont fait dire à M. Bokam, qu'il s'agissait de "ceux qui avaient dépouillé, le 30 octobre 2008", de nombreux passagers en provenance de Douala à l'entrée Nord de Yaoundé, au lieu dit Ayala.
La gendarmerie tenait, ainsi, à redorer son blason, à rasséréner les esprits et à rassurer des populations en plein désespoir lorsque, le 30 octobre, des individus en tenue camouflée bleue avec béret rouge ont dépouillé des occupants de nombreux véhicules. Cette partie de la troupe tenait aussi à faire oublier le pied de nez essuyé par la sécurité camerounaise lors de l'attaque, restée sans riposte de quatre banques à Limbe, dans la nuit du 27 septembre 2008. Dans la même mouvance, il y a lieu de noter la déroute des forces de défense dans le Nord du pays face aux coupeurs de route et, surtout, la prise d'otages survenue dans la péninsule de Bakassi dans la nuit du 30 au 31 octobre 2008. Certes, pour la gendarmerie nationale et sa hiérarchie, les résultats obtenus au terme de "l'opération menée à Nkoteng" couronnent les efforts consentis. La publicité qui en a résulté aussi, probablement. Mais l'effet escompté le fut-il ? S'il était dissuasif, on peut en douter, à s'en tenir à l'insécurité généralisée qui s'est emparée du pays au point de ne pouvoir plus épargner le cœur de l'Etat. Ainsi en est-il du cambriolage survenu à la délégation générale à la Sûreté nationale (Dgsn) en fin de semaine dernière. Un scandale qui, sous d'autres cieux, aurait pu entraîner des sanctions au moins à un niveau de la hiérarchie intermédiaire de la police. Sinon plus !
Au Cameroun, ceci passe pour être un acte banal. Le genre de faits divers à rapidement ranger dans les oublis d'une République dont les symboles sont, chaque jour davantage, dévoyés. Sans anticiper sur les résultats de la commission d'enquête mise sur pied par la direction de la police, le cambriolage de la Dgsn, comme ceux d'autres administrations, suscite quelques interrogations. La délégation générale à la Sûreté nationale, ce haut lieu de la sécurité où, en d'autres circonstances, face aux civils aux mains nues notamment, des hommes en uniforme exercent leur influence par la répression. C'est généralement le cas lorsqu'on y va solliciter un service. Comment donc ce cadre a-t-il pu être profané sans la moindre résistance ?
Selon des témoignages proches des premiers éléments de l'enquête en cours, les "malfrats" auraient, grâce à une échelle, escaladé pour se retrouver à l'intérieur de la concession. Et là s'arrêtent les indiscrétions sur le mode opératoire et la provenance des "bandits". Comment arrivent-ils donc à s'introduire dans les bureaux où des documents et armes ont été emportés ? Toujours est-il qu'une autre indiscrétion fait savoir que, dans le bureau du directeur de la Police des Frontières, par exemple, il se trouvait sept pistolets automatiques. Seul un a été emporté. Par qui et pourquoi les autres ont-ils été abandonnés sur place ? A la lecture des événements, est-il raisonnablement possible que des individus extérieurs à la police viennent s'introduire, de nuit, dans les locaux de ce centre névralgique du système pour trier des effets à prendre?
On dira aux Camerounais ce qu'on voudra sur les événements qui ont cours dans le pays depuis pas mal de temps, et qui laissent croire à une ambiance de fin de règne. Mais une constance reste : la gestion informelle de l'Etat, depuis longtemps décriée, prend le pas sur les mécanismes normaux de fonctionnement d'une République. Accroché à une parcelle de pouvoir, chacun fait régner un micro-Etat qu'on tend à faire marcher au prix de la terreur sur fond de chantage. La finalité d'un tel mode de gestion étant que l'Etat se délite complètement. Si ce n'est pas le cas, il faut en conclure à l'incompétence de ceux qui ont la charge de conduire, à divers niveaux, les destinées de la Cité. Qu'on en soit désormais à parcourir, sans inquiétude, dans un milieu aussi sécurisé que le siège de la police, des services aussi importants que la direction des Finances et de la Logistique, le système Senac, au cœur de la "sécurisation" de la nationalité camerounaise, etc. pousse à déduire qu'aujourd'hui la police, demain, ce pourrait être le quartier général ou le ministère de la Défense. Au regard des ramifications de la mafia d'Etat qui, désormais, tourne à plein régime au Cameroun. Nous sommes demain la veille.
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