|
|
|
| Directeur de la Publication Alain Blaise Batongue |
| |
 |
| |
| |
» Quotidienmutations
ENQUETE | 26 May 2008
Héritage : Un martyr dans le living des Diboulé
La famille qui survit avec l’aide de camarades du défunt réclame d’abord justice avant de pardonner.
Dans les bras de sa maman, il est comme tous les bébés du monde quand ils dorment. Un petit bout d’homme mignon. Tout juste sept mois. Mais le petit Grégoire Nzall Diboulé ne sait point encore que dans la vie, il ne sera pas un enfant comme les autres. Au moins parce qu’il porte le nom d’une de ces nombreuses victimes de la lutte des Camerounais pour la démocratie et le bien-être. Son prénom et ses deux noms sont en effet ceux de son défunt grand père, qui perdit la vie il y a exactement deux ans, alors que le Sdf se préparait à vivre l’une des plus graves crises de son histoire, le 26 mai 2006. Sa maman, Berthe Judith Diboule, la fille aînée de l’homme qui était tombé ce jour-là pour " que les générations futures vivent mieux ", comme elle le clame fièrement, se chargera peut-être de lui rappeler pourquoi il a ainsi été nommé à sa naissance. Pour le moment, il dort pour grandir. Au milieu de ses cinq tantes et oncle qui constituent la fratrie de sa mère, les enfants de la famille Diboulé. Une modeste maisonnée réunie autour d’Adèle, la mère, qui s’occupe toujours de son petit commerce pour vivre. Comme du temps où vivait Grégoire Diboule, ancien employé du Trésor public au chômage.
"Je continue à faire ce qui est possible pour que les plus petits aillent à l’école. " L’idéal, souligne un ami des Diboulé, ce serait que les deux aînées trouvent du travail… On ne vit peut être pas plus mal qu’avant le départ du père, mais est-il possible de " se placer à la tête de la famille " chaque fois que surgit un problème. En s’interrogeant toute seule, Christelle, la sœur cadette de Berthe, ne manque pas de dire son dégoût pour la politique. C’est donc peut-être Jésus-Christ, dont le nom est répété inlassablement dans ce cantique religieux qui résonne dans la maison, qui a pu les aider à se tirer d’affaire. Il avait même un visage connu. Celui de certains militants du Sdf, qui sont depuis lors passés à l’Afp, tel Bernard Muna et Alex, un fidèle ami du défunt, qui demeure à quelques pas de là. On n’est donc pas loin de la politique. La veuve et les orphelins qui disent leur reconnaissance à ces soutiens ont-ils donc à ce point rejeté l’idée que l’on puisse mourir pour ses idées, comme leur défunt époux et père l’a fait malgré lui ?
" Je sais bien que la politique a des impacts sur notre vie, même si nous ne le voulons pas, mais regardez l’environnement dans lequel nous vivons ", indique Christelle. Allusion à l’enquête judiciaire qui, depuis deux ans, n’a pas rendu ses conclusions au sujet de la disparition de Grégoire Diboulé. Jamais les gendarmes ou encore le procureur ne les ont sollicités. Eux qui sont pourtant partie civile dans cette affaire. Et encore, parmi les personnes qui ont vécu les dernières vingt quatre heures du défunt. " Je ne conseillerai pas à quelqu’un que j’aime de militer comme mon père l’a fait ", confie dès lors Christelle. Mais, reconnaît-elle, c’est " un martyr qui n’est pas mort pour rien. " Elle pardonnera aussi aux meurtriers, puisque c’est recommandé par la Bible. Avant toutefois, elle demande la confession de ceux qui lui ont pris son papa. Pourtant, la jeune fille ne dédaigne pas de tirer toutes les conclusions auxquelles la disparition tragique de son père donne lieu d’après elle. Une expatriation par exemple, pour que la famille soit en sécurité, les commanditaires de l’attaque qui a tué son père étant toujours en liberté : " Qui sait s’ils ne s’attaqueront pas à nous si jamais la vérité commence à être connue. " Pour demeurer anonyme, la famille refuse même une photographie. Une manière comme une autre de survivre au drame. Sous l’œil du père qui trône en photographie dans la salle de séjour.
|
|
|
| |
| |
|
|
|
|
|
|