Directeur de la Publication Alain Blaise Batongue
   

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ENQUETE | 10 Jul 2008
Guibaï Gatama : L'économie locale est déstructurée
Le directeur de publication de l'Oeil du Sahel est en croisade contre la banalisation de ces actes de banditisme.
Recueillis par Junior Binyam

Quelle réaction vous inspire cette enquête qui révèle quand même le rôle trouble de certaines populations?
Personne ne saurait nier l'implication d'une frange de la population à la prospérité de ce phénomène, car vous n'êtes pas sans ignorer que l'appât du gain attire toujours du beau monde : Pourquoi ces personnes prospèrent ? À cause de l'impunité et aussi de l'incapacité de l'Etat à assumer totalement son rôle de protecteur du citoyen. Le mécanisme de la délation, élément indispensable pour obtenir de bons renseignements, est grippé dans la région. Pourquoi voulez-vous qu'un homme dénonce son voisin quand l'Etat est incapable par la suite de le protéger ? Je dois vous dire aussi que des autorités administratives, pour des intérêts obscurs, préfèrent arnaquer des suspects que de les traduire devant les tribunaux. A partir de là, chacun se dit qu'il suffit juste d'avoir un peu d'argent pour collaborer en même temps avec les coupeurs de route et échapper également à la punition de l'Etat

Vous êtes à l'origine d'une "pétition citoyenne" visant à attirer l'attention de l'opinion sur ce phénomène des coupeurs de route. Pourquoi aujourd'hui et pas hier ?
Parce que le phénomène a pris une ampleur intolérable dans un Etat normal. Juste quelques chiffres : 48 enfants égorgés depuis le début de l'année, 4 milliards de rançon versés par les populations ces deux dernières années ; 600 000 têtes de bœufs partis au Nigeria depuis 2006. Plus grave, tout le monde a tendance à banaliser le phénomène. Figurez-vous que 10 enfants ont été égorgés le mois dernier dans le Mayo Kani et aucune autorité administrative n'a daigné adresser la plus petite des condoléances aux familles. C'est contre cette banalisation que l'Appel est lancé.

Quels sont les objectifs poursuivis à terme ?
Sensibiliser les Camerounais sur la gravité de la situation et réclamer au gouvernement plus de moyens pour éradiquer ce phénomène qui déstructure l'économie locale, change les habitudes culturelles car le bœuf appelle aujourd'hui la mort au Nord Cameroun est à l'origine de nombreuses pertes en vies humaines.

Les statistiques avancées par vous ne témoignent-elles pas aussi d'une surenchère de la terreur ?
Non. J'estime que de nombreux Camerounais ne sont pas informés sur la question est qu'il est de notre devoir citoyen de leur communiquer toutes les informations. Qui a intérêt à ce que ces chiffres ne soient pas connus ?
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