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| Directeur de la Publication Haman Mana |
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» Quotidienmutations
INTERVIEW | 05 Jan 2007
Ananda Devi, Bessora, Angeline Solange Bonono : L’expression "littérature féminine" ne veut rien dire
Entretien avec trois romancières africaines, qui viennent de participer à la rédaction du recueil de nouvelles Les Balançoires, édité aux éditions Tropique à Yaoundé. Entretien mené par Jules Romuald Nkonlak
Vous avez participé, en même temps que d'autres auteurs, à la réalisation du recueil de nouvelles Les Balançoires, qui devait raconter vos rêves de petites filles. Comment avez-vous vécu cette expérience Bessora : Comme un superbe défi à relever. J'ai été contacté par Samy Tchak, un écrivain togolais, ami d'Edmond Mballa Elanga qui est l'éditeur, avec cette idée de raconter, dans une histoire courte, ce qui a fait que je devienne écrivain, dans un recueil de nouvelles collectif, avec d'autres écrivains de pays francophones, pour une publication au Cameroun. J'ai trouvé intéressant que des auteurs traditionnellement publiés à l'étranger puissent publier au Cameroun et venir présenter leur livre ici.
Ananda Devi : J'avais déjà commencé à participer à cette expérience depuis l'année dernière avec le collectif Enfances des éditions Tropique, et j'avais trouvé aussi cette démarche particulièrement intéressante, mais aussi importante à notre époque, parce qu'on nous dit souvent, aux auteurs de la région africaine qui publions en France, qu'on abandonne un peu nos pays, qu'on ne cherche pas à promouvoir la littérature là d'où on vient, qu'on va un peu chercher notre avenir à l'extérieur. C'était une manière de montrer qu'arrivés à un certain niveau du parcours, on a toujours eu envie de revenir vers nos pays et d'aider, mais on n'est pas toujours en mesure de le faire. Et là c'était une expérience extraordinaire qui a ramené ensemble beaucoup d'écrivains, qui ont pu exprimer leur envie de publier dans le continent d'où ils sortent. Le recueil “Les Balançoires” était important parce que c'est un retour sur soi-même, sur le parcours de l'écrivain et on se rend compte que toutes ces femmes écrivains qui viennent de partout dans le monde, au fond, on a les mêmes préoccupations, les mêmes envies, le même désir d'écrire qui nous a aidées à réaliser nos rêves.
Angeline Solange Bonono : Sur le plan émotionnel, c'était une expérience intense, d'abord parce que je ne suis pas habituée à écrire sous contrainte, mais je me suis rendue compte que la contrainte permet à l'esprit de se libérer, à l'imaginaire de se structurer. Pour moi, c'est vraiment une expérience qui va me former. Sur un autre plan, tout à fait personnel, j'avais un devoir de mémoire et d'hommage vis-à-vis de ma grand-mère que j'ai toujours admirée, à qui j'ai toujours voulu ressembler, et à qui je ressemble certainement.
Justement, est-elle venue d'un trait, cette histoire qu'il fallait raconter ? Angeline Solange Bonono : Curieusement, c'est venu d'un trait. Quand j'ai eu le thème, j'ai commencé à mijoter ça dans ma tête. Je me suis couchée, et le matin, à 4h du matin, je suis mise à écrire. C'est vrai que j'étais obligée souvent de penser au public cible, aux enfants, je ne suis pas habituée à écrire pour les enfants...
Ananda Devi : Pour moi aussi, c'est venu curieusement assez facilement. Quand j'ai vu le thème, je me suis dit que ça me prendrait beaucoup de temps pour trouver l'histoire, puis, je ne sais pas si c'est le déclic autobiographique, de repenser un peu au parcours de l'écrivain, de situer cette histoire en Afrique... mais j'ai repensé aux années où j'ai vécu au Congo et à une petite anecdote de cette époque. Tout est parti de là. J'ai écrit très vite, mais avec comme Solange un peu de difficulté en me disant : “c'est pour les jeunes, ce ne sont pas de très jeunes mais des adolescents”
Bessora : Ça a été compliqué, parce que, une fois qu'on a le thème, on n'est pas sûr d'aller au bout du texte. Tant que ce n'est pas terminé, rien n'est jamais gagné. Et puisqu'il s'agissait de la femme que vous rêviez d'être et celle que vous êtes devenu, il y avait quelque chose de très intime, de très autobiographique forcément. Donc, ça peut être gênant de se livrer, mais une fois qu'on lâche prise et qu'on décide de se laisser prendre au jeu, il y a des images qui vous viennent, parce qu'on a toutes été des enfants, on a forcément une matière à travailler. Moi j'ai eu quelques images. J'étais enfant au Gabon, je rêvais d'être hôtesse de l'air et j'avais en tête des images à la télévision qui m'ont permis de démarrer le texte et ensuite de lui donner un rythme particulier. Le fait qu'il fallait penser à tout le monde et particulièrement aux adolescents, m'a entrainée vers une forme d'écriture qui a donné son identité au texte.
Vous avez rêvé d'être hôtesse. Et c'est un peu une constance dans les textes du recueil, bien peu sont celles d'entre vous qui ont rêvé dès le départ à une carrière d'écrivain. Est-ce lié à des obstacles particuliers qui feraient que pour une femme en Afrique ce n'est pas à cette carrière qu'on pense lorsqu'on est enfant ? Bessora : En Afrique ou ailleurs, un écrivain c'est toujours quelque chose de mythique, quelqu'un qui est mort, parce que quand à l'école on étudie les classiques, il s'agit souvent d'auteurs morts, donc on s'en sent très éloigné. Il se trouve que j'ai été à l'école dans un collège au Gabon à Port-Gentil qui s'appelle le collège Raponda Walker, et que nos classes portaient des noms d'écrivains. Il y avait la sixième Mongo Beti, il y avait Ferdinand Oyono, Birago Diop, mais pour moi c'était importé, c'était complètement inaccessible. Je ne me voyais absolument pas devenir écrivaine, j'avais des rêves très conventionnels : hôtesse de l'air ou super héroïne. Finalement, l'écriture m'est tombée dessus. Par hasard, mais pas par hasard. Parce que si je n'y suis pas allée directement de mon plein gré, un chemin m'y a conduite.
Ananda Devi : Pour moi, la présence de l'écriture a été là depuis que je suis toute petite. Mon histoire, au contraire, arrive à un moment de ma vie où je venais d'avoir un bébé, j'étais très prise par ce nouveau rôle de mère, je venais de déménager, d'aller dans un nouveau pays, donc, pendant plusieurs mois je n'avais pas touché à l'écriture. Je me disais toujours “demain je vais écrire”. Et l'histoire arrive à un moment où la femme rencontre la petite fille qu'elle était. Et la petite fille lui dit : “que fais tu de ce rêve que j'avais de devenir écrivain” et c'est la petite fille qui l'oblige à se dire “j'ai une responsabilité envers mon rêve d'enfant, je dois la mener jusqu'au bout”. Et après cette rencontre, elle rentre chez elle, elle regarde son enfant dormir et elle va s'asseoir devant son bureau pour écrire. C'est un peu différent pour moi, parce que mon rêve, c'était un rêve d'écrivain.
Angeline Solange Bonono : En réalité, je n'ai pas rêvé de devenir écrivain, mais je le suis devenue par la force des choses, par un désir de m'exprimer devant le traumatisme que j'avais subi. Mon père que je prenais pour un dieu était décédé et nous abandonnait. Je me suis dit que je pouvais exprimer ça. C'est pour cela que j'ai commencé par la poésie, et plus tard le théâtre et le roman. Il y a des difficultés, surtout quand on est africaine et qu'on habite le continent. On n'a pas beaucoup de temps et la société voit la femme écrivaine comme un effet de mode, on ne le prend pas au sérieux... Parfois on me dit : “pourquoi tu parles comme ça, une femme ne dit pas ceci..” Je force mon chemin et j'essaie de continuer, malgré tout, à exprimer mes idées.
Est-ce que vous avez l'impression, à l'issue de l'expérience du recueil Les Balançoires, qu'il y a des contextes où la femme écrivain est plus facilement acceptée que dans d'autres ? Angeline Solange Bonono : Dans les pays occidentaux, on accepte plus facilement les femmes écrivains. De plus en plus, heureusement, ça s'impose au sud, je crois que les femmes vont s'imposer dans ce domaine. Pour l'instant, on n'est pas bien nombreuses.
Après avoir parcouru les différentes nouvelles du recueil, est-ce que vous en sortez avec une autre idée des contextes dans lesquels les femmes écrivent ? Ananda Devi : Ce qui est extraordinaire c’est de voir à quel point elles se ressemblent. Elles ont toutes quelque chose de commun, une fibre, une passion, il m’a semble que le cœur de toutes ces nouvelles était semblable. C’est comme des voix qui se parlent, qui se répondent, qui se comprennent. Donc, il y a une universalité dans ces parcours, dans ces désirs d’écrire, et en même temps on se rend compte que lorsqu’on a très envie de quelque chose, quelles que soient les circonstances et les conditions dans les quelles on se trouve, on finit par le réaliser. Et ça, c’est très beau. J’ai adoré coordonner ce recueil, je trouve qu’il y a une sorte d’harmonie à l’intérieur. On pourrait presque le lire comme un roman.
Bessora : La foi vous porte. Ce qu’il y a de commun à toutes ces nouvelles, c’est l’acharnement, la volonté, l’écriture comme un sacerdoce, mais un sacerdoce qui est miraculeux, puisque c’est un choix et la diversité des parcours qui mène à cette profession de foi… Ananda rêvait d’être écrivain, ce n’était pas mon cas. Je suis arrivée à l’écriture comme quelque chose de non prémédité. Quand j’y repense, je me dis " ce n’était peut-être pas prémédité, mais c’était inscrit sur ta route et tu as dû changer de route plusieurs fois dans ton existence parce que tu étais sur des mauvaises routes et qu’il fallait emprunter la route qui mène à l’écriture. La route qui m’a finalement menée à l’écriture c’est l’anthropologie, parce qu’en anthropologie on écrit, on raconte, on décrit. J’ai fait une thèse en anthropologie sur les mémoires pétrolières et c’était mon premier contact important avec l’écriture, notamment l’écriture académique.
Est-ce que vous vous considérez comme écrivain ou comme femme écrivain ? Bessora : Un écrivain n’a pas de sexe. Qu’il soit un homme ou une femme, il a le sexe de ses personnages. Il a le sexe de ce qu’il écrit. Il peut être très femme, il peut être très homme, il peut être une vache, il peut être une assiette… c’est ça un écrivain.
Ananda Devi : Je suis entièrement d’accord. L’écrivain est quelqu’un d’asexué. Quand on écrit, le plaisir, au contraire, c’est de se couler dans un autre personnage, c’est de devenir autre. Donc, on s’efface un peu. Pas tous les écrivains- certains écrivent beaucoup sur eux- mais le plaisir de l’écriture c’est de s’annihiler un peu au profit de ses personnages, devenir eux. A ce moment-là, on est conduit, on devient quelque chose par laquelle passent toutes les voix possibles. Ça peut être, comme disait Bessora, un animal, un homme, un vieux, un jeune, sinon, il n’y a pas de défi, il n’y a pas de plaisir. C’est vraiment important que l’écrivain soit un écrivain tout simplement.
Ne pensez-vous pas que le fait d’être femme a tout de même une influence sur vos écrits ? Ananda Devi : Bien sûr que ça intervient, parce qu’on écrit quand même à partir de ses expériences, de ce qui nous fait, de ce qui nous constitue en tant qu’êtres humains. Je pourrais aussi dire qu’être femme et être Ananda, ça fait partie de mon écriture. Toutes les expériences que j’ai vécues interviennent dans mon écriture, mais quand j’écris, je n’écris pas en tant que femme ou en tant que telle personne. C’est ça la différence.
Angeline Solange Bonono : Je me sens écrivaine. Un écrivain et une écrivaine, pour moi, c’est la même chose. Ils assurent exactement la même fonction, ils s’occupent des problèmes de la condition humaine. Une écrivaine, par le prisme de son regard, voit elle les choses différemment alors que les problèmes existent ? je crois que tous les deux remplissent exactement la même fonction.
L’expression littérature féminine n’aurait donc aucun sens pour vous… Angeline Solange Bonono : J’aimerais bien qu’on en arrive à parler de littérature tout simplement.
Ananda Devi : Cette expression n’a pas de sens. C’est littérature, tout court.
Bessora : Malheureusement, la nature humaine essaie de mettre des étiquettes partout, de ranger les gens dans des catégories et des tiroirs, parce que ça rassure. On ne peut pas échapper aux étiquettes. Au départ, je les rejetais toutes, maintenant, le les prend toutes. Vous pouvez dire de moi que je suis de la littérature féminine, de la littérature africaine, de la littérature francophone, de la littérature française, de la littérature de ceux qui chaussent du 38… je prends.
Les écrits d’Angeline Solange Bonono on souvent été considérés, par un certain public, comme osé. Est-ce que vous pensez qu’il y a des façons d’écrire qu’on accepterait plus facilement chez un homme que chez une femme ? Angeline Solange Bonono : C’est ce que j’ai constaté. Ici dans notre pays, il parait qu’il y a des mots que les femmes ne doivent pas prononcer. J’ai été stigmatisée, on a voulu me confiner dans ce couloir-là et je me rends compte que les gens sont surpris par ce texte (Ndlr, La femme que je suis devenue, Les Balançoires). Certains s’en sont d’ailleurs inquiétés. Ils ont dit " mon Dieu, qu’est-ce que nos enfants vont lire ? ". Mais moi je dis qu’on ne donne pas du whisky aux enfants, on donne du chocolat aux enfants. Ça ne m’arrive pas souvent d’écrire pour les enfants, mais quand j’écris, je sais à qui je m’adresse. Donc, il n’y a pas de feu, il n’y a pas de crainte.
Ananda Devi, vous est-il arrivé de vous retrouver dans ce genre de situation où vous pensez que le jugement que l’on porte sur une de vos œuvres est lié aux fait que vous êtes une femme ? Ananda Devi : Une chose qui est importante quand on écrit c’est de ne pas avoir peur. On ne peut pas écrire avec une certaine peur de "qu’est ce qu’on va penser", parce qu’à ce moment-là on n’écrirait pas, on se freinerait, on n’exprimerait pas ce qu’on a envie d’exprimer. Au moment même de l’écriture, je n’ai jamais eu aucune peur de dire ce que j’ai envie de dire, et au moment de la publication, je me dis bon, j’assume. C’est vrai que dans beaucoup de mes romans il y a des mots beaucoup plus durs que ce que je prononcerais dans la vie réelle. Et cela m’est arrivé d’écrire des passages en créole où il y a des mots, mais alors des gros mots que je connaissais mais que je n’avais jamais utilisés. J’ai eu des lecteurs qui étaient Mauriciens et qui m’ont dit : "On ne savait pas que tu connaissais tous ces gros mots créoles". Mais, je dois avouer que je n’ai jamais eu de réactions négatives à ce que j’écris. Parfois ça effraie, parfois ça choque, mais en général c’est assez bien accepté.
Bessora : On n’échappe pas à son image. Je crois qu’un texte signé par quelqu’un ne sera pas reçu de la même manière qu’un texte qui est signé par quelqu’un d’autre, parce qu’il y a des a priori par rapport aux auteurs. Quand un auteur est connu, on peut tout lui passer, alors qu’un auteur qui n’est pas connu, on va lui chercher des poux dans la tête. Quand on écrit, c’est un engagement. Comme disait Ananda, il ne faut pas avoir peur, il ne faut pas se fixer de limites. Il faut être au service de l’écriture, du livre, il faut être le médium de l’histoire qu’on raconte. Parfois on ressemble à ce qu’on écrit, parfois on va plus loin et on n’écrit pas nécessairement comme on parle et on peut se permettre d’aller plus loin, parce que le livre c’est quelque chose d’intime, qui n’appartient qu’à son lecteur. Quand vous êtes avec un livre, c’est entre le livre et vous. Donc, il peut y avoir tout. Il y a le monde dans le livre.
Angeline Solange Bonono, est-ce que lorsque Leonora Miano fait un roman qui est accueilli très favorablement par la critique, qu'Isabelle Tchoungui écrive un livre qui lui aussi fait parler de lui, on peut penser qu'il vaut mieux être installé en Europe pour réussir ? Angeline Solange Bonono : Non, je crois que c’est la qualité de leurs textes qui s’impose. En ce qui me concerne, j’ai toujours reçu un accueil favorable, mais on veut m’obliger à écrire d’une certaine façon et c’est contre ça que je me bats. Je continuerai à me battre, contre vents et marées.
Ananda Devi vient de remporter, avec son roman "Eve de ses décombres", le prix des cinq continents de la Francophonie. Je vais d'abord demander aux autres comment elles perçoivent cette distinction.
Angeline Solange Bonono : J’ai regardé ça à la télévision avec beaucoup d’émotion. Je savais qu’on était dans le même projet et je l’ai beaucoup attendue. Je me suis dit que ça doit être le fruit d’un travail de longue année, d’un travail acharné et que c’est bien que ça paie. Et puis, pour moi c’est un exemple.
Bessora : Il était temps qu’elle le reçoive. Ça fait plus de 25 ans qu’elle écrit, qu’elle est publiée, qu’elle peine à se faire reconnaître. C’est ça une vocation. On peut s’acharner 10, 15, 20 ans, on continue à écrire. C’est la moindre des choses qu’elle reçoive ce prix aujourd’hui.
Ananda, comment vous avez vécu cette récompense ? Qu'est-ce que ça représente pour vous ? Ananda Devi : Le titre du prix me convient bien, parce que j’ai l’impression vraiment d’appartenir à cinq continents. Mes ancêtres venaient de l’Inde, je suis de l’île Maurice qui est de la région africaine, ma famille littéraire est beaucoup plus africaine qu’ailleurs, j’ai reçu une éducation occidentale… donc j’ai l’impression d’être chez moi un peu partout. J’ai l’impression d’être une citoyenne du monde. Ça me convenait bien de le recevoir. La remise du prix a été un moment très émouvant pour moi, parce qu’il y avait Jean Marie Le Clezio qui était là, qui est membre du jury, qui a aussi des origines mauriciennes. Lorsqu’il a parlé avant que je ne reçoive le prix, il a parlé d’un manuscrit qu’il avait reçu, il y a 20-25 ans, d’une jeune Mauricienne, qui avait été envoyé chez Gallimard. Lui il l’avait beaucoup aimé, mais le comité de lecture l’avait rejeté, en disant qu’il n’y avait pas assez de couleur locale. Lorsqu’il a parlé de ça, ça m’a fait repenser à tout ce parcours, à tous ces échecs, plus aussi les bonheurs, car il y en a eu beaucoup. Du coup, ça a été une émotion qui était beaucoup plus intense que la simple réception d’un prix.
Avant que vous n’arriviez au Cameroun, Ananda Devi et Bessora, connaissiez vous des écrivains camerounais ? Ananda Devi : Je connais un peu ceux qui ont été publiés en France. Calixte Beyala, Eugène Ebodé… Je sais que c’est un pays où il y a beaucoup d’écrivains, donc j’étais très contente de venir le découvrir. J’apprends à connaître Angeline Solange.
Bessora : J’étais au collège à Port Gentil au Gabon et nos classes portaient des noms d’auteurs, dont Mongo Beti. Il se trouve que j’ai eu la chance de le rencontrer il y a quelques années à Lille. Nous avons déjeuné ensemble, il m’a parlé de ses enfants, je lui ai parlé de mes parents… c’était un déjeuner très agréable où il n’était pas particulièrement question de littérature, et j’ai découvert un homme très doux, très éloigné de ce qu’il écrivait et ça m’a énormément touchée. On s’est revu deux ou trois fois ensuite, on s’écrivait de temps en temps et j’ai été très malheureuse d’apprendre sa disparition. Je me suis renseigné pour savoir où était sa tombe, peut-être qu’on ira y faire un tour, se recueillir et voir la fameuse Librairie des peuples noirs.
Pour terminer, votre regard sur la littérature faite par les femmes aujourd’hui, où qu’elles se trouvent. Angeline Solange Bonono : C’est une littérature forte, qui est en train de monter en puissance et qui va s’imposer.
Ananda Devi : ce sont des voix qui vont se faire entendre de plus en plus fortement. Je crois qu’elles ont toutes quelque chose à dire. C’est très important que le public aussi soit à l’écoute de ces voix.
Bessora : Je me réjouis que les femmes et les hommes s’emparent de tous les sujets, parce que tout est matière à écrire.
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