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VIVRE AUJOURD'HUI | 26 Feb 2008
Décryptage : Un amalgame de messages portés
Prix du carburant, vie chère, révision de la Constitution, fermeture de radio Equinoxe… les revendications sont nombreuses.
Eugène Dipanda

Que veulent-ils? Pourquoi marchent-ils? Qu’est-ce qui justifie les scènes de pillages? A toutes ces interrogations, il est bien difficile, d’emblée, d’apporter des réponses. Tellement les centres d’intérêts sont disparates; et les revendications, multiformes. Toutefois, les nombreux regroupements de personnes enregistrés dans les artères de la ville de Douala hier, lundi 25 février 2008, ont permis de se faire une certaine idée du chapelet de récriminations formulées en direction du sommet de l’Etat.

Depuis la fin de la semaine dernière, il y avait, en effet, un fait qui semblait irriter tous les automobilistes, et principalement les chauffeurs de taxi et les moto-taximen: la «hausse démesurée» du prix du carburant à la pompe. Jeudi, 21 février dernier, un cortège de «bendskineurs ou motos taximan» a même sillonné des rues de la capitale économique, annonçant que ce début de semaine connaîtrait un «arrêt illimité» de leur activité. La procession avait alors attiré la police aux trousses de ces transporteurs, question de faire respecter l’interdiction de manifestations publiques décidée depuis peu par les autorités administratives de la province du Littoral.

Mais à l’observation, au moment où la grève se concrétise sur le terrain, il n’est plus simplement question de prix du carburant. Sur les différentes pancartes brandies par les manifestants, les messages sont divers ; et les attaques, plutôt ciblées. «Nous avons faim. Nous voulons l’augmentation de nos salaires. Nous avons marre du chômage. Trop c’est trop, donnez-nous du travail. Les vieux doivent laisser la place aux jeunes. Paul Biya doit partir. Non à la modification de la Constitution. Ouvrez Radio Equinoxe. Faï Yengo Francis, rentre chez toi à Bamenda…», lit-on ici et là.

Faï Yengo Francis
En effet, dans la plupart des marchés de la ville de Douala, comme d’ailleurs dans d’autres métropoles du pays, il est assez difficile pour les petites bourses de se procurer des denrées de base. Que ce soit de l’huile, du sel ou même du poisson, la vie chère semble de plus en plus inquiéter les populations démunies. Lesquelles espèrent, à travers les manifestations entamées hier, faire entendre leurs cris. «Mon frère, c’est très dur. Les gens d’en haut ont volé toutes les richesses du pays. Maintenant, ils veulent nous faire payer leurs dettes. Nous ne pouvons plus accepter cela. A ce rythme, nous allons tous crever de faim. Nos salaires sont minables. Il faut que les choses changent…», lance, l’air désappointé, un agent du service provincial des Affaires sociales. Tout en sueur, l’homme a néanmoins bravé les barricades et autres gaz lacrymogènes hier matin, pour rallier à pied son poste de travail.

Les revendications les plus bruyantes ont cependant une coloration politique. Depuis plusieurs semaines, il est clair que certains partis politiques essayent en vain de tenir des meetings contre la modification de la Constitution à Douala. Une décision très contestée du gouverneur du Littoral le leur interdit, sous peine de violence policière. Visiblement, certains «lieutenants» du «Front du Non» profitent donc de la grève générale pour faire également entendre leurs voix. Leur première cible : le gouverneur Faï Yengo Francis.

«Nous avons passé plusieurs années ici sans problème avec le gouverneur Gounouko Haounaye. Mais on dirait que son remplaçant a intérêt à voir Douala à feu et à sang. Pour un retour à la paix, Paul Biya doit immédiatement l’enlever de là avant qu’il ne soit trop tard…», argue un manifestant qui dit n’appartenir à aucun parti politique. «Pourquoi le Rdpc a-t-il le droit de tenir des meetings ou d’organiser des marches pour soutenir la révision de la Constitution, et pas ceux qui sont contre ? Où est donc la démocratie dans tout ça ? Nous allons donc obtenir par la force le droit de nous exprimer…», ajoute-t-il.

Le dernier acte en date du nouveau gouverneur du Littoral est d’ailleurs tout aussi impopulaire à Douala. Il s’agit de la décision de fermeture de Radio Equinoxe, après celle préalablement prise par le ministre de la Communication Jean Pierre Biyiti bi Essam, de sceller Equinoxe TV. C’est donc tout naturellement que les manifestants, qui ont pris d’assaut les rues de la ville hier, exigent la réhabilitation de «la radio du peuple». Seront-ils seulement entendus?
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