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| Directeur de la Publication p. i. Alain Blaise Batongue |
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» Quotidienmutations
SYMBIOSE | 30 Jul 2008
Diagnostic : La Montagne de l'espoir
La nouvelle a fait le tour des médias camerounais : des étudiants de l'Université des Montagnes de Bangangté (Udm) viennent de mettre au point des instruments de médecine et de biologie. Par Roger A. Taakam
Un ph-mètre et un cardiotachymètre dont on entendra certainement parler dans l'univers biomédical au cas où ces trouvailles obtiennent l'onction de la communauté scientifique internationale. Même si l'on n'a qu'une vague idée de leur prouesse réelle, ces instruments, qui ne sont encore qu'au stade de l'expérimentation, sont en soi un sacré pied de nez à la persécution dont a été longtemps l'objet l'Université des Montagnes.
Souvenez de ces années de purgatoire où le projet de l'Université des Montagnes était torpillé, marginalisé sous de fallacieux prétextes d'inadéquation des infrastructures de même que de l'inconsistance de ses contenus pédagogiques. De procédures en procédures, puis de revendications en revendications, l'Udm n'eut finalement droit de cité qu'au prix de la détermination de ses promoteurs et surtout de quelques compromis du reste difficiles à arracher des mains de certain ministre souvent intransigeant. Pourtant, tout le monde s'accordait à dire que l'Udm, fruit de l'initiative privée pouvait être d'un secours fort utile face à la décrépitude des universités d'Etat.
La défiance des autorités de l'enseignement supérieur était d'autant plus incompréhensible que l'offre académique de cet établissement semblait innovante et répondait à nos besoins de développement en investissant un domaine à fort potentiel de plus value : les sciences et la technologie. A peine huit années se sont écoulées depuis les premiers jours de classe sur les hauteurs de Mfeutom que l'Udm est déjà d'inscrire son nom en lettres de noblesse comme creuset de la science et de la technologie. Pourquoi ne pas s'en féliciter dans un pays où les performances de la recherche universitaire sont plutôt rares et marginales ?
Dans les différents instituts de la recherche - ou ce qui en tient lieu- dans nos universités, le tableau de la recherche s'affiche dans un clair-obscur épouvantable : pénurie de matériel, manque de chercheurs qualifiés, absence de motivation… sont les ingrédients d'une longue déchéance qui fait que la moindre trouvaille dans ces environnements là est souvent perçue comme un véritable miracle. Mieux : une victoire contre l'archaïsme et la décrépitude. A travers des laboratoires de fortune, des centres dépravés, ravagés par le dénuement, et trop souvent insensibles aux évolutions technologiques, les étudiants se battent tous les jours pour donner un sens à leur opiniâtreté, tandis que les chercheurs confirmés tentent chaque jour de se donner des raisons de vivre et d'entretenir par là même l'illusion de la recherche universitaire.
Le véritable problème de la recherche dans les universités du Cameroun, ce n'est tant pas tant celui des hommes que de l'environnement dans lequel se meut cette recherche. Il est bien connu que nos chercheurs, au quotidien, exercent leur science davantage à lutter contre les archaïsmes de leur milieu qu'à explorer les voies prodigieuses de l'innovation. Un cadre de travail démotivant, des conditions de travail particulièrement difficiles, manque de moyens… Toutes choses qui ne peuvent, logiquement, déboucher que sur une démotivation incontournable, et conséquemment, sur l'absence de résultat que l'on attend pour faire décoller le développement du pays. Car il n'y a pas de développement sans recherche. Tout comme il ne saurait y avoir de recherche sans infrastructures adéquates de recherche.
Si au Cameroun, la recherche a toujours été présentée comme le parent pauvre de l'enseignement supérieur, l'Udm est sans doute en train de donner des raisons de penser que l'université peut encore s'inventer un avenir chez nous. Cela passe nécessairement passe par la reconnaissance des valeurs alternatives dont est porteuse l'initiative privée d'une part et le grand ménage dans les laboratoires poussiéreux des universités pour en faire de véritables centres de l'excellence. Touchons du bois !
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