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| Directeur de la Publication Haman Mana |
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» Quotidienmutations
SUPPLEMENT CULTURE | 31 May 2007
Littérature : Les essais des hommes de presse camerounais
De plus en plus de journalistes camerounais écrivent, voguant entre reportage, enquête ou analyse des faits qu'ils ont vécus dan l'exercice de leur métier. Venant Mboua
On ne saurait les citer tous, les journalistes camerounais qui s'engagent dans la rédaction des livres. Ils se recrutent dans tous les domaines de la presse. En dehors de deux ou trois qui ont pratiqué la fiction avec bonheur, presque tous les autres connus ont pratiqué l'essai. Patrice Etoundi Mballa, virtuose de la plume que les lecteurs de Cameroon Tribune ont admiré dans des chroniques désopilantes n'a pas moins marqué le public littéraire avec un roman édité chez Sopecam, Une vie à l'envers. C'est peut-être la plus connue parce que éditée et promue, mais Etoundi Mballa a aussi écrit des pièces de théâtre dont La rumeur, interprétée en 1995 par la troupe de la Cnps. Comment parler de la littérature et ne pas penser au très regrettable David Ndachi Tagne (Cameroon Tribune et Rfi). Ndachi a vogué entre le roman, le théâtre, le portrait, la nouvelle, etc.
Opportunisme Mais le plus célèbre des journalistes écrivains est sans conteste, Henri Bandolo. Non pas qu'il ai publié plus que les autres, mais l'on a plus retenu qu'au plus fort du conflit politique né de la transition entre le premier président de la République, Ahmadou Ahidjo et son successeur, Paul Biya, il a commis un ouvrage fort remarqué: "La flamme et la fumée". Un travail d'enquête qui renseigne le lecteur sur les dessous de la brouille entre les deux hommes politiques. Il y a eu aussi, quelques années après lui, Zacharie Gniman, alors journaliste à la télévision nationale, qui a publié, La démocratie emballée , ouvrage dans lequel il essaye de présenter les contours de la démocratisation du Cameroun, tiraillée entre les conservateurs de l'ancien parti unique et les ultras de l'opposition. D'autres ouvrages politiques sur la démocratie naissante ont suivi plus tard, dont ceux de Linus Onana Mvondo (ancien Crtv et Cameroon Tribune) et Edmond Kamguia (La Nouvelle expression), sur la crise des années dites de braise.
Il faut dire que la plupart des journalistes écrivent par opportunisme. Des sujets, parfois en dehors de la sphère nationale mais à la mode au plan international, ont été exploités par les journalistes écrivains. C'est le cas l'apartheid en Afrique du sud ou de la guerre de libération des peuples d'Afrique australe, qui ont servi de prétexte à Benjamin Lipawing (Directeur de la publication de Amand'la) pour écrire L'agonie de l'apartheid en 1987 et Cabral, Neto et Machel, quelques mois plus tard. Benjamin Lipawing reviendra en 1996, dans un livre entretien avec Engelbert Mveng, titré Théologie, libération et cultures africaines, puis avec un essai, Ethique et développement. Célestin Lingo, "le doyen des journalistes en activité" et président de l'Union des journalistes du Cameroun, a commis deux ouvrages, qu'il se refuse à appeler livres. Pour lui, le premier, Feuilles au vent, pensées en chroniques, n'est "qu'un recueil des [ses] chroniques de 1966 à 1987"; le deuxième, "Christian Tumi, premier cardinal camerounais, " est un reportage qui apprécie la personnalité d'un homme d'église humble".
C'est sur le registre du premier livre de Lingo que Njawe aligne son "Bloc notes du bagnard", une collection des chroniques rédigées du fond de sa cellule de prison à New-Bell et publiée pendant près d'une année dans les colonnes de son journal, Le Messager. Ces écrits décrivent l'enfer de l'univers carcéral ainsi que les péripéties de son procès contre l'Etat, pour diffusion de fausses nouvelles. Il y a quelques mois, son jeune collègue du Messager, Norbert Ouendji, a publié un ouvrage sur cette affaire Njawé, dont l'objet était principalement la santé du chef de l'Etat. Toujours sur le chef de l'Etat, Michel Roger Emvana, ancien grand reporter à La Nouvelle expression, a publié un livré qui a fait couler beaucoup d'encre et de salive : Paul Biya, les secrets du pouvoir. Emvana essaye de décrypter, dans les lignes de cet ouvrage, la gestion du pouvoir par le chef de l'Etat camerounais.
Motivations A l'étranger, quelques figures camerounaises de la presse émergent aussi. Elisabeth Tsoungui, avec son roman "Je vous souhaite la pluie", Charles Onana qui mène des investigations sur le génocide rwandais ou encore sur le justice internationale mais aussi André Michel Essoungou de Rfi ("Justice au Rwanda") et Théophile Kouamouo, ancien correspondant du Monde en Côte d'Ivoire et directeur d'un journal à Abidjan ("La France que je combats", notamment .Qu'est-ce qui motive souvent ces journalistes à partir des organes de presse au livre? Si pour Njawé, l'occasion était belle de décrire la prison tant cachée aux médias, Essoungou avoue que son livre "est la suite logique de [son] travail de journaliste. J'ai couvert le Tpir pendant plus de deux ans et avant, pendant un an j'ai couvert le siège de l'Onu". André Michel Essoungou estime que "ce que la radio ou la presse écrite rendent possible c'est une couverture au plus près. Mais un livre permet d'aller plus en profondeur et d'expliquer des enjeux, des tendances. C'est ce que j'ai tenté de faire. Justice à Arusha est donc en réalité un livre d'auteur davantage qu'un travail de littérature". Quant à Benjamain Lipawing, c'est un devoir qu'il s'est imposé depuis l'enfance."Avec mon ami d'enfance Charles Onana, nous avons juré d'écrire des livres, pour la postérité, pour l'histoire".
Théophile Kouamouo a cherché à réaliser un rêve. "En réalité, confie-t-il à Mutations, j'ai rêvé d'être écrivain bien longtemps avoir de vouloir être journaliste". Les conditions de travail diffèrent selon qu'on est à l'étranger ou au Cameroun. Essoungou affirme qu'il a pris sur son temps de travail à Rfi et n'a pas connu de problème d'argent, "Financièrement, révèle-t-il, il a fallu se préparer afin de passer un mois sans souci de ce côté-là".Mais l'éditeur, l'Harmattan, s'est chargé de l'édition. Kouamouo affirme qu'il a assez de temps libre pour organiser ses journées et "Comme je suis un couche-tard, poursuit-il, en général j'écris la nuit, quand tout le monde dort. Je cherche les infos pendant la journée". Mais Essoungou reconnaît toutefois que pour le temps de l'écriture, "c'est plus compliqué. On découvre vite qu'écrire des articles tous les jours et écrire un livre jusqu'au bout, c'est deux réalités certes cousines mais fort différentes. Comme le 100 mètres et le marathon". Même si en dehors de Kouamouo (qui affirme avoir gagné 1.5 million avec La France que je combats) personne ne reconnaît avoir beaucoup d'argent, presque tous affirment avoir des projets futurs, car comme le reconnaît André-Michel Essoungou, "écrire des livres c'est comme faire des enfants, dit-on. Dès qu'il y a en un, on en veut un deuxième, puis un troisième et ainsi de suite. Oui dans mon cas, le prochain sort en fin d'année. Encore un travail parallèle à mon métier au quotidien".
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