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SUPPLEMENT CULTURE | 15 May 2008
Renc’Art : Senghor, Césaire et nous
En janvier 2001, une veillée d’hommage courue avait été consacrée à Léopold Sédar Senghor, mort un mois plus tôt en France.
Par Marcelin VOUNDA ETOA*

Pour restituer le poète président à l’histoire, tel qu’en lui-même, et pour ne corrompre son legs à la postérité (par inclination à l’hagiographie ou par mauvaise foi critique), le panel de circonstance avait été constitué de manière à montrer les ombres et les lumières de son œuvre. On avait ainsi pu célébrer unanimement le talent du poète, dire dans la nuance les mérites du politique, qu’il est excessif de qualifier d’homme-lige du système colonial et émettre des réserves sur la valeur intrinsèque du penseur aux idées teintées de racisme anti noir.
Par la suite, un numéro spécial de la revue Patrimoine auquel avait contribué le Conseiller Culturel de l’Ambassade de France, le Directeur Général de la CRTV, le Directeur du bureau régional de l’AUF et une dizaine d’universitaires camerounais avait été consacré au poète-président sénégalais. Un colloque international dont les actes circulent à travers le monde et sur internet s’en était suivi en 2003.

Il est heureux de constater qu’Aimé Césaire aura lui aussi droit à une série d’hommages chez nous. Le premier de cette série a eu lieu samedi dernier au pavillon le Kaba Ngondo à Yaoundé. Hier, c’est dans l’amphi 700 de l’Université de Yaoundé I qu’a été salué l’inventeur du néologisme négritude, lors d’une cérémonie patronnée et présidée par le Ministre de l’Enseignement Supérieur. Samedi, le 24 mai prochain, c’est le Chapitre camerounais de l’Association des femmes africaines pour la recherche et le développement et le Club Caraïbe qui salueront Aimé Césaire en tant que " prophète de la révolution des peuples noirs ". Du côté de l’université de Yaoundé I, un colloque est même déjà annoncé pour l’année prochaine.
La tradition de l’hommage ne nous est donc pas étrangère. Mais il est étonnant de constater que seuls les étrangers y ont droit avec une certaine solennité.

Toutes choses étant égales par ailleurs, on peut regretter que plusieurs figures éminentes de notre intelligentsia aient disparu sans bénéficier du privilège d’un véritable hommage, ni à leur mort, ni à l’occasion de quelque commémorative. Ce mois de mai est précisément celui de la commémoration de la mort de Samuel Martin Eno Belinga ; seul un petit groupe de jeunes poètes semblent s’en souvenir. Un colloque sur Francis Bebey, annoncé publiquement il y a plus d’un an, ne s’est pas jusqu’ici tenu. La liste est longue de ces occasions manquées de commémoration des grandes figures endogènes et des héros nationaux. Jusqu’ici Manu Dibango est l’exception qui confirme la règle.
Avant Kaliopi Ango Ela dans Mutations du vendredi dernier, Were were Liking et plusieurs autres acteurs de la scène publique nationale avaient déjà dit l’incroyable dureté des Camerounais les uns avec les autres, leur incapacité congénitale à faire bloc, à se souder, à se mettre ensemble.
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