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SUPPLEMENT CULTURE | 15 May 2008
François Nkémé : Nos ouvrages seront appréciés au Québec
Le directeur des éditions Ifrikiya livre ses impressions à son retour du salon du livre qui vient de s'achever au Québec.
Propos recueillis par P. T. (Stagiaire)

Que pouvez-vous dire de l'environnement littéraire au Québec ?
Avant toute chose, je tiens à préciser que je n’étais pas le seul représentant du Cameroun cet événement. J’y étais avec Serge Kouam des Presses universitaires d'Afrique (Pua) comme éditeur et moi comme auteur. C'est comme auteur que j'ai été invité mais, bien sûr, j'ai largement participé comme éditeur d'Ifrikiya et nos ouvrages ont été vraiment apprécié sur le plan de la forme et du fond par le nombreux public québécois. Mes romans Buyam Sellam et Le cimetière des bacheliers se sont bien vendus. Le Darfour de T. Djimeli et l'ouvrage Cameroun mon pays de Joseph Fumtim ont aussi intéressé le public québécois. S’agissant de l'institution littéraire, je dirais qu’elle fonctionne parfaitement au Québec. De nombreuses maisons d'éditions permettent à de nombreux auteurs talentueux de s'épanouir. Des prix littéraires et autres salons du livre apportent la visibilité nécessaire à tout cet effort entretenu dans un contexte difficile pour la langue française. Mais pendant les ateliers, nous avons aussi constaté que malgré cette abondante production, les auteurs québécois n'ont pas toujours le meilleur rayonnement sur le plan international. Le Québec s'ouvre au monde à l'occasion des rencontres internationales qui permettent à ses auteurs de s'exporter. J'ai aussi remarqué un intérêt très particulier pour la littérature pour enfants et la bande dessinée. Les Québécois ont compris qu'il fallait développer absolument ce secteur pour la promotion de leur littérature.

Quelles synergies avez-vous pu établir avec les auteurs et éditeurs canadiens ?
En tant qu'auteur et éditeur, le programme était d'une grande richesse. En tant qu'auteur, Il y a eu principalement deux ateliers, le premier intitulé Quatre cents ans d'accents d'ici et d'ailleurs de la langue française : une norme et de multiples variantes et le second La finalité de l'écriture : pourquoi écrire. Des ateliers qui nous ont permis d'échanger avec des confrères de tous les pays. En tant qu'éditeur il s'est agi de réfléchir sur la possibilité d'encourager les coéditions entre les pays du sud. Le livre au sud souffrant de mauvaise circulation, la coédition lui permettrait ainsi d'être disponible dès sa sortie dans des aires différentes. Techniquement, il fallait construire le cadre d'échange, le meilleur, qui pourrait permettre à tous les acteurs d'en tirer profit. Les ateliers ont ainsi permis de lever les zones d'ombre et de penser le meilleur cadre.

Vous étiez l’année dernière aux salons littéraires de Genève et de Paris. Quelle vous semble être la particularité de celui de Québec ?
Outre la très bonne organisation et l'accueil très chaleureux des Québécois qui fêtaient les quatre cents ans du Québec, la mort de Césaire a frappé tous les participants en plein salon. Et avec la spontanéité commune aux auteurs, un hommage lui a été rendu par tous les auteurs qui se sont succédé à l'estrade pour lire des textes en son honneur, sans oublier l'immense témoignage de Frankétienne et de Patrick Chamoiseau au Hilton de Québec. Ce fut là un instant fort que cet hommage rendu par la communauté artistique réunie en un seul lieu. J'ai effectivement lu des textes à son honneur et rappelé que je fais partie de la génération qui a lu son Cahier d'un retour au pays natal au secondaire avec délectation.

La promotion dont vous avez bénéficié peut-elle augurer de lendemains meilleurs pour la littérature camerounaise ?
Je vous parlais tantôt d'organisation. Je n'avais jamais vu autant de promotion dans un autre salon. Nos affiches en tant qu'auteurs de la francophonie couvraient tout le salon. Pour la première fois, les auteurs souvent discrets, étaient considérés comme des stars. Plusieurs programmes avec nos photos en couleur étaient distribués gratuitement aux auteurs. Loin de chez moi, j'ai été plus célébré en tant qu'auteur pendant cette semaine que jamais avant. C'était une belle réussite. Nul doute que les ouvrages que nous avons laissés en librairie au Québec seront appréciés. Et qui sait, on peut espérer dans les années prochaines une forte demande de littérature camerounaise et africaine. On ne peut le nier, les auteurs et éditeurs camerounais gagnent indubitablement à être présents lors des grandes manifestations littéraires. A côté de Frankétienne, Henri Lopes, Maryse Condé, Patrick Chamoiseau, Yasmina Khadra, j'ai beaucoup appris en terme de métier et nous de nombreux contacts en tant qu'éditeur.
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