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SUPPLEMENT CULTURE | 15 May 2008
Publication : Des auteurs se penchent au chevet du Cameroun
C’est à la faveur d’un collectif paru il y a peu à Yaoundé.
Parfait Tabapsi (Stagiaire)

Au cours d’un entretien à nos confrères de Jeune Afrique en fin d’année dernière, le prix Nobel Wolé Soyinka déclarait que " l’une des missions de la littérature est dévoiler les injustices. L’écrivain prend sa plume pour décrire l’horreur et exprimer sa révolte. (Car) L’indignation est une forme de catharsis. Les écrivains ont également le devoir d’imaginer l’avenir. " Une mission qui semble avoir inspiré les auteurs de cet essai sur le pays de Mongo Béti et que les éditions Ifrikiya ont accepté de porter. Tant ils ont retourné ce pays dans tout les sens dans un exercice qui confinait tantôt à la nostalgie, tantôt à la reconstruction, quand ce n’était pas simplement la révolution.
Une mission en parfaite harmonie avec la démarche qui consistait " à ausculter, questionner, bref : provoquer une palabre autour du mot Cameroun " comme l’a expliqué Joseph Fumtim, le coordonnateur de l’ouvrage. Et pour butiner cette " palabre ", chacun est allé de sa sensibilité et de son style, faisant de la somme une " chronique épique d’un long parcours et une invitation à un voyage dans un imaginaire commun dont la texture change constamment. " (Célestin Monga).

De l’ensemble ainsi compilé, le texte qui frappe autant par sa technique et sa profondeur nous semble être celui du dramaturge Kouam Tawa qui, parcourant les sillons jadis creusés par l’écrivain James Joyce, a cru nécessaire de laisser libre cours à son cœur dans une livraison exempte de toute ponctuation. Le tout en un paragraphe sur six pages et demie! Et pour dire " je t’invoques ma terre pour que tu ouvres la voie à tous les désirs qui jurent par ta félicité pour que tu veilles sur les âmes de ceux dont le corps alimente noblement ton limon chante en moi ma terre chante pour que chacune de mes pensées s’imprègnent de tes rêves ".
En parcourant le livre, le lecteur ne peut s’empêcher de penser à cette livraison de la revue Africultures en son 60è numéro qui en 2004 titrait " Cameroun, la culture sacrifiée". Etaient alors passés au crible les errements et autres égarements de cette culture. Et du coup, le lecteur ne résiste pas à la tentation de savoir à travers cette livraison si le paysage dans l’espace avait pris des rides ou subi un lifting avantageux. S’il est difficile d’y trouver une réponse tranchée, il reste que des textes qui avaient figuré dans l’ouvrage sont revenus et sonnent comme si leur parturition était actuelle. Il s’agit de l’évocation de Nathalie Etoké "Cameroun mon pays " qui donne d’ailleurs son titre à ce collectif, et puis " Biya et ses " intellectuels " : enjeux d’une collusion " d’Alexis Tcheuyap.

Ce deuxième étant même accompagné d’un post scriptum libellé " La longévité de la collusion ", car " on reste à la case de départ, parce qu’en réalité on recule quotidiennement au pas de course ". Une autre trace réside dans la participation de Patrice Nganang qui, à l’époque et fraîchement auréolé de sa consécration de grand prix littéraire d’Afrique noire avait coordonné le numéro de la revue. Dans la présente livraison, et fidèle à une ligne idéologique connue, il parle dans son texte d’une " fiction bien camerounaise ".
Mais peut-être que le texte qui résume ce qu’est devenu ce " faux pays " (Mballa Elanga) est celui de l’écrivaine Solange Bonono qui dit : " S’il nous était demandé de faire un portrait robot du peuple camerounais, nous dirions qu’il y a deux types : Crésus : richissime, laid et dodu. (…) Il a le coup plié. Il vampirise tous les biens et possède des fortunes colossales. Pervers sans foi ni loi, il fait la loi et donc est au-dessus de la loi.

(…) A côté de Crésus, nous avons Lazare : maigre, affamé, fatigué, pauvre chose foulée aux pieds, gémissante, bavante, impuissante. Victime perpétuelle de Crésus et souffre douleur devant l’éternel exutoire de toutes les humeurs noires. Zombie errant, affreux de purulences, il trime sur un chemin e croix aux stations infiniment démultipliées. "
En filigrane de cette somme se dessinent nombre d’indicateurs latents qui font du Cameroun un volcan en attente d’explosion. Notamment dans les textes de Valentin Siméon Zinga ou de Akéré Muna. A l’heure de " solder le gâchis ", le poète Marcel Kémadjou Njanké propose une reconversion des mentalités. Lui qui pense que : " Il faut refuser de cautionner cette idée selon laquelle la réussite se définit par l’accumulation des richesses matérielles et des titres ; (…) Il faut se rendre à l’évidence que la réussite est dans l’effort ".
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