Directeur de la Publication p. i. Alain Blaise Batongue
   

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VIVRE AUJOURD'HUI | 15 May 2008
Opération Epervier : Pourquoi Akame Mfoumou a été entendu
L’ancien ministre a dû s’expliquer sur la gestion des comptes de la direction des Impôts et de la Caisse autonome d’amortissement.
C. Bobiokono et J. B. Ketchateng

L’ambiance était ordinaire hier, mercredi 14 mai 2008, à la direction de la police judiciaire à Elig-Essono (Yaoundé). L’unité de police chargée de mener les enquêtes préliminaires depuis le lancement de ce qu’on appelle la phase 2 de l’opération épervier, n’a pas accueilli de grande personnalité. Le reporter a tout juste enregistré le passage de Henri Engoulou sur les lieux. Ancien ministre délégué auprès du ministre de l’Economie et des Finances chargé du Budget sous Polycarpe Abah Abah, et ancien secrétaire général du ministère des Finances et du Budget, à l’époque de Michel Meva’a M’Eboutou, l’inspecteur principal des régies financières à la retraite est resté quelques temps sur la véranda de l’immeuble, autour de 13h, avant de s’éclipser du regard des curieux. Qu’est-il venu faire à la police judiciaire ? A-t-il été convoqué dans le cadre de l’affaire qui a conduit à l’inculpation de Polycarpe Abah Abah ? Aucune information officielle n’a filtré à son sujet.

On sait pourtant que la veille, mardi, l’ancien ministre d’Etat chargé de l’Economie et des Finances (décembre 1997 à avril 2001), Edouard Akame Mfoumou, avait déféré à une convocation de la sous direction des enquêtes économiques de la police judiciaire. Et, selon des sources policières, M. Akame Mfoumou a été entendu pendant six heures dans le cadre de l’affaire concernant Polycarpe Abah Abah. Et tel que Mutations l’a révélé depuis quelques semaines, M. Abah Abah est poursuivi pour la gestion des comptes ouverts dans les livres du Crédit Foncier du Cameroun à l’époque où il assumait les fonctions de directeur des Impôts (entre 1998 et 2004). Des comptes dans lesquels étaient logés les recettes relatives à la Taxe sur la valeur ajoutée (Tva).
Hier, soit 24 heures après le passage d’Edouard Akame Mfoumou à la police judiciaire, certains s’interrogeaient encore pour savoir sur quoi avait porté son audition. Mutations a appris d’une source policière digne de foi, sous anonymat, que les enquêteurs étaient curieux de savoir pourquoi et comment la direction des impôts avait décidé de loger les recettes fiscales dans des comptes ouverts dans des banques commerciales au lieu de les verser simplement dans les caisses du Trésor public. Il se trouve qu’à l’époque des faits, M. Akame Mfoumou était le patron direct de Polycarpe Abah Abah, en sa qualité de chef de département de l’Economie et des Finances. C’est donc une décision qui ne pouvait échapper à sa responsabilité.

Les indiscrétions policières laissent penser que l’ouverture de ces comptes dans des banques commerciales a pu favoriser des distractions de fonds publics. On s’interroge aussi sur la mise en place, pendant la même période, de la Caisse autonome d’amortissement, autre démembrement du ministère chargé des Finances créé à la même époque, qui est apparu, par certains de ses aspects, comme un authentique doublon du Trésor public. Toute chose qui amène à questionner la compréhension qu’on a désormais du principe toujours rappelé de l’unicité des caisses de l’Etat.
Plusieurs cadres du ministère chargé des Finances rappellent qu’à un moment, après le départ d’Edouard Akame Mfoumou de la tête de leur département et son remplacement par Michel Meva’a M’Eboutou, le directeur du Trésor de l’époque, Peter Akumchi Awa, et Polycarpe Abah Abah, qui était encore directeur des impôts, entretenaient des rapports tendus, le premier supportant peu que l’essentiel des fonds publics se retrouvent ainsi gardés dans les comptes de la direction des impôts. Certains de ces comptes furent clôturés sur décision de M. Meva’a M’Eboutou. Est-ce pour cette raison que Henri Engoulou, l’ancien secrétaire général de ce ministère, s’est présenté hier à la police judiciaire ?
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