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SUPPLEMENT COM | 04 Mar 2008
Kiosque : La "guerre" vue par Cameroon Tribune
Le quotidien gouvernemental en croisade contre un conflit qu’il avait ignoré.
Justin Blaise Akono

"Les Yaoundéens l’admettent tous : les jours difficiles ont prouvé à quel point la paix doit être préservée par tous les moyens, malgré les difficultés quotidiennes. En attendant les jours meilleurs". Telle est la chute de l’un des articles qui constituent le grand dossier du quotidien gouvernemental sur la crise sociale que vient de traverser le Cameroun. Article dans lequel le reporter de Cameroon Tribune fait une descente sur Yaoundé où "on apprécie mieux la paix". Mais, de quelle paix s’agit-il ? Puisque, la semaine dernière, malgré les meutes qui avaient embrasé le pays, le quotidien gouvernemental n’avait jamais indiqué à sa Une que le Cameroun était sur un brasier.
Dans son édition d’hier, le journal de Marie Claire Nnana offre à ses lecteurs tout un dossier de sept pages, indiquant à la grande Une que "le Cameroun revit, après une folle semaine de violence". En quatre grands points, le journal de la rue de l’aéroport prend "la température dans les provinces, [décrit] l’incidence de la réduction des prix des carburants sur le budget de l’Etat, [relève] l’importation du ciment encouragée comme palliatif à la pénurie, et [relaie] les appels pressants des quatre coins du pays en faveur de la paix".

À travers des reportages plutôt bien sentis, Cameroon Tribune "apprécie mieux la paix" à Yaoundé et déplore la situation de "Douala, qui est dans les décombres et les dégâts". Le journal à capitaux publics publie à profusion les déclarations des élites de telle ou telle province, de telle communauté ou tel regroupement, à l’instar de la communauté pentecôtiste, favorable à la révision de la constitutionnelle. Quelle relation tout cela a-t-il avec la colère des chauffeurs de taxis qui ont bruyamment revendiqué la baisse du prix du carburant dès le lundi 25 février dernier ?
La cerise sur le gâteau est ce double commentaire. Dans l’un d’entre eux, Raoul D. Lebogo Ndongo qui s’intéresse à la position des leaders politiques estime que "curieusement, on peine à entendre les leaders -politiques surtout- sur leur vision de l’avenir. On les entend beaucoup plus sur la critique de la gestion actuelle". Dans le second commentaire intitulé "Silence complice", Cameroon Tribune accuse une fois de plus "le silence assourdissant de la classe politique nationale, particulièrement des partis de l’opposition lors des convulsions sociales". Pourtant, les lecteurs de CT on lu une réaction John Fru Ndi, président du Sdf, dans les colonnes de ce même journal pendant la crise. Ceux qui ont cité Fru Ndi ont-ils inventés et attribué des propos au chairman du Sdf, en l’accusant d’appel à la révolte?

Ailleurs, les plateaux des radios privées ou des chaînes de télévision ont été envahis par les hommes politiques de tous bords. Stv et Canal2 International ont même réalisé des émissions spéciales. Sauf à en croire que Jacques Fame Ndongo, Philippe Mbarga Mboa qui sont intervenus par téléphone ne sont pas des hommes politiques. Anicet Ekane, Jean Michel Nintcheu, Jacques Bimaï ou Issa Tchiroma Bakary qui se sont exprimés longuement la semaine dernière ne sont-ils pas des leaders politiques ? "Quelle faillite !", s’étonne Cameroon Tribune pour qui, "de Douala à Garoua, en passant par Yaoundé, des prélats ont plaidé pour la paix. Les politiques, eux, se sont murés dans un silence complice". Et d’ajouter que "les partis structurés et efficients ont coutume sous d’autre cieux, de prendre systématiquement position sur des sujets brûlants d’actualité à travers tous les moyens de communication moderne : communiqués, conférences de presse, etc." Une leçon inopportunément faite aux leaders politiques, qui n’ont peut-être pas profité de l’occasion, aux yeux de CT, pour faire feu de tout bois.
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