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| Directeur de la Publication p. i. Alain Blaise Batongue |
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» Quotidienmutations
SUPPLEMENT COM | 04 Mar 2008
Conjoncture : La crise, invitée permanente des médias
Faits d’armes et méfaits des journalistes pendant les événements qui ont agité le Cameroun la semaine dernière. Marion Obam et Brice R. Mbodiam
Il y a eu rupture dès samedi 23 février 2008 dans les programmes des médias audiovisuels basés à Douala. Ce bouleversement intervenu dans l’agencement des émissions est le fait des émeutes survenues au lieu dit Rond point Madagascar à Douala le même jour, avec deux morts à la clé, suite à de violents face à face qui ont opposé les forces de maintien de l’ordre aux populations. Les bulletins d’informations vont interrompre les émissions en cours pour commencer à diffuser les informations sur ces émeutes. La saignée d’informations n’allait plus s’arrêter. Puisque la grève des syndicats des transporteurs de lundi 25 février 2008 va paralyser la capitale économique, créant ainsi une situation de crise. Les médias se sont aussitôt organisés pour informer aussi bien les habitants de Douala, qui n’ont pas pu se rendre à leur lieux de services ; que ceux des autres villes du pays.
Dans la course au scoop engagée dès lors, deux médias importants émettant à Douala ont été mis hors course. Sur décision du ministre de la Communication, Jean-Pierre Biyiti bi Essam, la télévision Equinoxe va être fermée le jeudi 21 février 2008. Le lendemain, les services du gouverneur ordonnent également la pose des scellés à radio Equinoxe. Dans ce contexte, c’est Spectrum télé (Stv) qui, la première, diffuse les images choc des casses et des marches de Douala dès 12h le lundi 25 février 2008. Le reportage de la journaliste Faith Ossondu de Stv montre les rues désertes du centre ville, les élèves en tenue qui errent, les citoyens qui marchent à pied et les carrefours en feu. Son chemin va croiser à la vallée Bessengué un échange vif entre les forces de maintiens de l’ordre et un groupe de manifestants. Coup de feu et bombes lacrymogènes sont abondamment utilisés et la journaliste prise entre les feux réussit en s’enfuir les yeux rougis par la fumée des bombes lacrymogènes.
Silence sur Magic Fm Plus tard, cette journaliste va retrouver Thierry Ngogang sur le plateau du journal de crise institué par Stv, pour relater comment la ville s’est embrasée. Quelques heures après, c’est autour du duo Cathy Nken et Serge Bonje d’ouvrir la tranche spéciale dédiée à la crise aux téléspectateurs de Canal 2international, une autre chaîne de télévision privée basée à Douala. Les deux télévisions privées montrent les scènes d’une violence inouïe, où les hommes en treillis rouent des jeunes camerounais de coups de matraque. Des images des morts défilent, des boutiques, des entreprise et boulangeries cassées. A l’intérieur du Cameroun et hors de ses frontières (grâce au satellite), l’information est délivrée. Sur la radio et la télévision d’Etat, la Crtv, trois membres du gouvernement, dont le ministre de la Communication improvise un point de presse vers 21h le jour du déclenchement de la grève qui a déjà fait au moins quatre morts à Douala. "Force restera à la loi", martèle le Mincom face à Charles Ndongo et Ful Peter. Ce qui n’empêche pas la télévision d’Etat de montrer, dans ses différents journaux, des images qui rappellent des scènes d’Intifada. Dans des reportages envoyés de Bamenda et de Bafoussam, l’on voit des jeunes gens défier des militaires à coups de projectiles.
La riposte est violente : lorsqu’ils ne reçoivent pas de coup de matraque, les manifestants voient leur doigts coincés entre l’asphalte et les chaussures des militaires. Contrairement aux radios privées (Rts et Magic Fm) de la capitale qui énumèrent les manifestants déjà tombés sous les balles des forces de l’ordre, sur la Crtv, l’on suppute davantage sur les dégâts matériels. La verve des médias privés ne tarde d’ailleurs pas à produire ses premiers effets. Jeudi le 28 février, le ministre de la Communication convoque les responsables des médias pour leur prescrire l’utilisation d’un ton d’apaisement sur les antennes. Quelques minutes plus tard, l’émission interactive "Magic attitude" diffusée quotidiennement sur la radio Magic Fm est brutalement interrompue. Face à la violence des propos des auditeurs qui appellent pour participer à l’émission qui fait un zoom sur la crise qui embrase le pays, des militaires débarquent en studio et emportent le matériel de diffusion. Comme Equinoxe Tv et Equinoxe radio quelques jours plus tôt, Magic Fm est réduit au silence.
Manipulations ? Du côté de la presse écrite, la parution des quotidiens privés est fortement perturbée. Après les journaux de lundi 25février, les quotidiens Le Messager, La Nouvelle Expression et Mutations, ainsi que les trihebdomadaires ; ont disparu des kiosques de la ville de Douala. Seule recours des lecteurs : les sites internet de ces journaux où les informations ont été régulièrement mis à jour. Mutations a délocalisé son imprimerie pour Yaoundé pour la circonstance, et a paru pendant deux jours uniquement dans la capitale. Pour la première fois en 11 années d’existence, le quotidien de la Place Repiquet n’a pas paru le jeudi, 28 février 2008. Comme s’est généralement le cas en cas de crise, la couverture médiatique des évènements qui ont secoué le Cameroun la semaine dernière a été l’objet de plusieurs courants de pressions. Ainsi, les auditeurs de la capitale économique du Cameroun ont été privés du journal de 19h30mn à la Station provinciale du Littoral.
Ainsi, l’on évitait de parler des émeutes survenues à Douala. Pendant ce temps, le journal télévisé de la Crtv du lundi montrait les travaux effectués sur la bretelle du pont sur le Wouri, alors que plusieurs morts avaient déjà été enregistrés entre samedi et lundi soir. Peut-être cela était-il dû au manque d’images. Mais les nombreuses interventions dans les chaînes privées du ministre de la Communication, Jean-Pierre Biyiti bi Essam (avec ses communiqués à Stv et Canal 2 international) ; du ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo (notamment sur Ariane TV et Canal 2) ; et du ministre délégué à la Présidence chargé des relations avec les assemblées, Grégoire Owona (sur Stv), qui demandait aux journalistes "d’éviter de montrer des images de nature a effrayer les camerounais, mais de privilégié l’apaisement" ; indiquaient la direction souhaitée par ces personnes, sur le traitement des informations pendant cette période de crise. Au risque de faire de la vérité, la principale victime des émeutes de la semaine dernière.
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