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SUPPLEMENT COM | 11 Mar 2008
Ezzat El Dine : Le crayon comme l’épée de Zorro
Le caricaturiste de Mutations dit pouvoir dessiner Paul Biya même "les yeux fermés".
Lindovi Ndjio (Stagiaire)

Ezzat El-Dine (ce n’est pas un pseudo) se considère volontiers comme un professionnel de la caricature. Cela fait un peu plus d’une quinzaine d’années qu’il dessine, peint de façon plus ou moins grossière ou exagérée les personnages publics. Ce n’est pas uniquement ce temps relativement long qui lui donne l’argument de son propos. Il a peut-être un don en la matière, mais reconnaît avoir beaucoup appris auprès de quelques "maîtres" comme Morchoisne, Mulatier, Ricor ou encore Van de Beek.
Dans le cadre de ses activités en qualité de caricaturiste, on le voit apparaître sporadiquement, en soirées notamment, au siège de la South media corporation (Smc), société éditrice de Mutations, Situations, les Chiers de Mutations et de Ndamba ; entreprise à laquelle il offre ses services. Après un bref entretien avec des responsables des différentes rédactions de la maison, il s’installe sur une table. Et comme par distraction, commence à griffonner des traits et courbes qui, progressivement, donnent des formes humaines.

Dans cet exercice, il s’est rendu à l’évidence qu’ "avec la caricature, on peut taper sur n’importe qui sans heurter frontalement, en usant de subtilités". Il s’est fait une idée maîtresse : " Ne jamais avoir d’ami politique ". En guise de " modèle à croquer ", Ezzat a jeté son dévolu sur Paul Biya, le président de la République du Cameroun, qu’il dit être "capable de dessiner même les yeux fermés". A propos, Emmanuel Gustave Samnick, le directeur de publication du magazine Situations pense qu’ "il a beaucoup d’inspiration, suit l’actualité et a un bon coup de crayon", comme peuvent le témoigner les adeptes du Show, qui parait en page 3 de Mutations tous les lundis, ou encore ceux de la rubrique dénommée "la semaine d’Ezzat" en page cinq de l’hebdomadaire Situations, tous les vendredis. Derrière son tempérament qui frise à la limite la timidité, se cache un esprit tenace qui ne "rêve [que] d’indépendance". Une qualité que lui reprochent certains parmi ses principaux collaborateurs. Pour Félix Cyriaque Ebolé Bola, le rédacteur en chef de Situations, Ezzat "est souvent buté. Quand il a son idée, il s’y accroche ; et a l’habitude de dire qu’il crée". Et le Rec trouve qu’" il a de très bons messages mais qui sont trop intellectuels ". Pas plus que le Dp de Situations qui trouve que "Ezzat a une grande fierté de croire que ce qu’il fait est toujours bon." Pourtant, "on ne dessine pas pour soi-même", conclut-il.

Blaise Compaoré
Le métier de caricaturiste, Ezzat l’a embrassé en 1990, étant au chômage, non pas toujours parce qu’il était en proie à l’oisiveté, mais parce qu’il s’est " senti interpellé par le contexte social marqué par le passage du vent démocratique " en Afrique et surtout au Cameroun, son pays. Pourtant, ce n’est pas dans ce triangle d’Afrique centrale qu’il se lance effectivement dans ce métier qu’il a commencé à exercer depuis les bancs de l’école, avant d’offrir quelques services à Cameroon Tribune, le quotidien national bilingue. C’est au Burkina Faso que Ezzat pose ses valises en juillet 1991, où il trouve la même situation qu’au Cameroun. C’est un journal satirique en création, Le journal du jeudi (JJ), qui l’accueille. Il engage ainsi une carrière professionnelle aux côtés de Damien Glez, un caricaturiste français et d’un autre de nationalité Tchadienne. Il doit réaliser une bande dessinée et animer une chronique hebdomadaire intitulée "Megd’Alors".

C’est cet espace qui lui vaut ses premières craintes : "j’ai dénoncé l’attitude des Barbus musulmans, ces anciens membres du Fis algérien que Blaise Compaoré avait accueilli et qui abusaient de leur liberté d’expression". En remarquant que " le Burkina est plus avancé sur le plan démocratique que le Cameroun ", Ezzat se plait à dire que "nous avons été les premiers à avoir semé l’esprit de tolérance démocratique au Burkina".
Il n’oubliera pas de sitôt le célèbre journaliste burkinabè Norbert Zongo avec qui il a travaillé au JJ, et qui était pour lui "une source intarissable d’inspiration". En onze années passées au Pays des hommes intègres, il n’a pas oublié son tout premier dessin professionnel : cet ancien ambassadeur qui se voulait le principal conseiller du président Blaise Compaoré, le chef de l’Etat burkinabé : "j’ai fait de lui un gladiateur tenant en main un petit Compaoré ". A 44 ans, Ezzat n’est pas encore prêt à prendre sa retraite. Même s’il cessait de dessiner pour la presse, ce qui ne semble pas si lointain, il se lancerait dans la bande dessinée.
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