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VIVRE AUJOURD'HUI | 27 Nov 2008
Dzeng : Une forêt déchire les populations et le maire
Elles freinent des quatre fers la création d'une forêt communale qui préoccupe leur édile.
Francky Bertrand Béné

C'est peu dire que ce n'est pas le grand amour entre le maire de la commune rurale de Dzeng et les populations des villages Assok, Nkonmedzap, etc. Ces dernières reprochent à Emmanuel Nnemede de vouloir faire classer en forêt communale, en catimini et au profit de la commune rurale de Dzeng, quelque 25 182 hectares de forêt situés dans l'arrondissement de Dzeng, département du Nyong et So'o dans la province du Centre. Et forts d'une pétition signée par des milliers de personnes, les riverains de la forêt querellée ont dit au ministre des Forêts et de la Faune (Minfof) toute leur opposition au dessein du maire qui n'a pas respecté à leurs yeux la procédure d'usage.

Et de fait, selon Luc Patrich Ngaba -huissier de justice, commissaire priseur et élite de Dzeng- la procédure de classement d'une forêt de cette superficie en forêt communale est viciée et tronquée dans la mesure où toutes les parties prenantes n'ont pas été associées à l'élaboration d'un tel projet, de même que les populations riveraines pour la plupart ne se sentent pas concernées, puisque n'ayant jamais été consultées. Par conséquent, selon l'homme de loi, cette procédure de classement d'une zone de forêt est par essence contraire à l'esprit de la loi de n° 94/01 du 20/01/1994 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche. Et pour la cause qu'elle a été initiée au mépris des articles 26 (alinéa1), 29(alinéa 1), 3(alinéa 1) qui disposent que l'acte de classement d'une forêt domaniale tient compte de l'environnement social des populations autochtones qui gardent leurs droits normaux d'usage.

Accusations
Environnement social que n'aurait pas pris en compte Emmanuel Nnemede. Du moins selon les habitants des villages Assok et Nkonmedzap qui n'auraient appris l'existence du projet de classement de leurs forêts coutumières que par un communiqué discrètement affiché en février dernier sur un pan de mur de la commune rurale de Dzeng. Celles-ci soupçonnent le maire, qui n'a jamais rencontré directement les populations et les forces vives de la région, de vouloir les rouler. "Nous formulons fermement notre opposition à ce projet de classement forcé de toutes nos forêts traversées par le cours d'eau "Tofini " en forêt communale dans le but de renflouer les poches d'un groupe d'individus n'ayant jamais eu le moindre souci d'intérêt général" ont écrit à Emmanuel Nnemede les chefs desdits villages et le représentant des élites des villages traversés par la rivière Tofini.

Des fausses accusations selon l'entourage du maire de Dzeng. "Le projet de création d'une forêt communale a été arrêté par le conseil municipal. De plus, une forêt communale ne saurait être gérée sans l'aval des populations riveraines. Les populations sont manipulées par des élites pour faire obstacle à un projet qui ne peut être que bénéfique à une commune pauvre" explique-t-on. Explications qui n'enlèvent cependant rien aux soupçons des populations.
Soupçons d'autant plus grands que les populations brandissent un avis favorable du préfet du Nyong et So'o, qui n'est jamais descendu sur le terrain, et une correspondance du maire de Dzeng au ministre délégué à la présidence de la République chargé des Relations avec les assemblées qui demande à ce dernier de transiger auprès de son collègue des Forêts et de la Faune pour l'obtention d'une forêt communale. Dans sa correspondance à Grégoire Owona, Emmanuel Nnemede explique sa démarche d'acquisition d'urgence d'une forêt communale par une paupérisation extrême de sa commune et un grand besoin de ressources pour la réalisation de projets. Arguments battus en brèche par les riverains que la zone de forêt devant faire l'objet de classement au profit de la commune rurale de Dzeng avait déjà été abondamment exploitée par les sociétés forestières Sab et Coron et qui est, en toute logique, dans sa phase de régénération.
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