Directeur de la Publication Alain Blaise Batongue
   

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INTERVIEW | 31 Dec 2008
Pr Oumarou Bouba : Je ne m'attendais pas à être Recteur
A cinquante ans, le Pr Oumarou Bouba prend les rênes de la mère des universités du Cameroun. Pour ce fils de Nassarao (bourgade du Nord) né vers 1958 dans la ville de Garoua, c'est la consécration de sa longue carrière universitaire.
Propos recueillis par Dieudonné Gaïbaï et Yanick Yemga

Après une thèse de doctorat, il est pendant quatre ans, assistant associé à l'Université d'Orléans en physique nucléaire. Ce n'est qu'en 1993 qu'Oumarou Bouba rentre au Cameroun où il est fait directeur des affaires académiques et de la coopération dans la toute nouvelle université de Ngaoundéré. Véritable enseignant sédentaire, Oumarou Bouba est promu en 1998, maître de conférences en même temps qu'il est nommé doyen de la Faculté des sciences de l'Université de Ngaoundéré. Ce n'est qu'en 2002 qu'il entame un long bail au vice-rectorat en charge des enseignements à l'Université de Ngaoundéré. Sa rigueur et sa quête permanente de l'excellence ont entamé ses rapports avec les "cop's" au début de l'année 2002, lorsqu'au cours de la grève qui a cours en ce moment là, son véhicule (Peugeot 406) est brûlé par les grévistes. Entre temps, le Pr Oumarou Bouba a ajusté ses méthodes. Ce père d'une famille de quatre enfants semble avoir le profil de l'emploi. Il quitte Ngaoundéré dans quelques heures pour Yaoundé, où il devrait assister à la présentation des vœux au Chef de l'Etat. Dans l'entretien exclusif qu'il a accordé à Mutations, le désormais Recteur de l'Université de Yaoundé I apprécie l'ampleur du travail qui l'attend.

Vous venez d'être porté à la tête de l'Université de Yaoundé 1, quel est votre sentiment ?
C'est un sentiment de grande satisfaction, je suis très heureux de la promotion et de la confiance qui m'a été faite. Je tiens tout d'abord à rendre hommage à Dieu tout puissant car c'est lui qui permet tout ce qui arrive aux êtres humains. Ensuite je voudrais exprimer mon sentiment de reconnaissance à l'endroit du chef de l'Etat, son excellence Paul Biya qui me fait l'honneur et place une très grande confiance en ma modeste personne pour que je puisse participer en tant qu'organisateur de l'équipe de l'Université de Yaoundé 1. Je voudrais également exprimer toute ma gratitude à ma tutelle qui certainement y a contribué. Je pense que son appréciation y a été pour quelque chose. Je suis tout aussi reconnaissant à ma hiérarchie directe, à mes collaborateurs avec qui nous avons formé une véritable équipe.

Pr Oumarou Bouba, recteur de l'Université de Yaoundé 1 la doyenne des institutions universitaires, franchement est ce que vous vous y attendiez ?
Il faut être honnête et dire effectivement que c'est la plus grande des universités je ne m'attendais pas à y être recteur. Mais vous savez, c'est le chef de l'Etat qui décide et s'il décide ainsi, nous allons simplement nous mettre au boulot pour mériter sa confiance ; et faire en sorte que ses ambitions au niveau de l'Université de Yaoundé 1, soit traduite en actions majeures au profit de toute la communauté de cette université. Je voudrais en premier lieu citer les étudiants sans qui l'Université n'existe pas. Ensuite les enseignants qui contribuent à la formation de ceux-ci et qui font la recherche pour faire avancer la science et ensuite l'équipe que je vais trouver à Yaoundé 1, parce que la notion d'équipe est très importante à mes yeux.

Vous quittez l'Université de Ngaoundéré une institution dans laquelle vous avez passé quinze ans, est ce qu'il y a une pointe de nostalgie au moment ou vous partez ?
C'est vrai on ne quitte pas une institution dans laquelle on a passé quinze années sans avoir des remords. J'ai beaucoup d'amis, aussi bien le personnel administratif, les enseignants que les étudiants avec lesquels nous avons des contacts réguliers. J'ai un pincement certes au cœur, mais je pense que la tâche qui m'est confié à Yaoundé est également très exaltante et mérite qu'on serve la République partout où on est appelé, parce que nous sommes au Cameroun.

Une rumeur persistante à l'Université de Ngaoundéré faisait état de ce qu'il y aurait eu des guerres de tranchés en rapport avec le fauteuil de Recteur de l'Université de Maroua, et selon cette rumeur vous auriez été pressenti pour ce poste, est ce que votre promotion y est liée ?
Non vraiment, je ne pense pas parce que ce n'est pas la rumeur qui a signé le décret. C'est le Chef de l'Etat. Il est renseigné, il connait les actions qui sont menés par les Camerounais qu'il peut ou qu'il souhaiterait nommer à la tête de telle ou telle institution. Je pense que la décision lui appartient et lui seul a pris cette décision sans aucune contrainte.

Quels sont vos rapports avec le Pr Paul Henri Amvam Zollo?
Nous avons de très bons rapports à ma connaissance. Je dois vous rappeler que le recteur Amvam Zollo et le Recteur David Bekollé (Vice-recteur chargé de l'Inspection à Ngaoundéré) et moi nous connaissons depuis 1977. Nous étions à l'Université d'Orléans ensemble et nous avons cheminé ensemble. J'ai été accueilli par eux lorsque j'y suis arrivé et depuis cette date là nous avons gardé de bonnes relations. Je dirai même que nos rapports sont familiaux parce que ses enfants m'appellent tonton. Ensuite de retour au Cameroun, Dieu a fait en sorte que nous nous retrouvions. D'abord une première fois avec le recteur Amvam Zollo, lorsqu'il était secrétaire général, j'étais Directeur des affaires académiques. Je crois que la collaboration était formidable. Moi j'ai beaucoup appris avec lui. Puis il a été nommé recteur à Ngaoundéré et nous avons continué à travailler ensemble. Donc, nos rapports sont très bons. Il y a également le recteur Kayem (Vice recteur coopération à Ngaoundéré) qui m'a très bien accueilli à Ngaoundéré à mon arrivée en 1993. Pour le moment je crois que je laisse de très bons amis ici à Ngaoundéré.

Sans faire insulte à votre longue expérience et à votre métier, il faut dire tout de même que l'Université de Yaoundé 1 est une institution on va dire difficile, c'est la vitrine des universités Camerounaises, c'est dans la capitale à quoi allez vous vous consacrer dans l'immédiat ?
La vie elle est compliquée pour ceux qui veulent la compliquer. Je pense que j'ai la chance en arrivant à l'Université de Yaoundé 1 de prendre la place de quelqu'un que j'ai beaucoup admiré en la personne du recteur Dorothy Njeuma. Et je pense qu'en suivant ses pas, les choses que vous pensez compliquées seront tout simplement simplifiées. Le recteur n'est que le capitaine d'une équipe, ou même la personne qui donne le tempo, il y a une équipe derrière. Et si cette équipe travaille dans l'harmonie tout ira bien. Mon rôle et mon souhait est que ce soit le cas afin que chacun joue pleinement son rôle et conformément aux textes réglementaires. Je pense que dans cette optique nous arriverons à débloquer ce qui éventuellement pourrait être compliqué.

Il se dit qu'a l'Université de Ngaoundéré vous aviez de très bonnes relations avec les "cop's". Yaoundé 1 c'est un univers somme toute différent est ce que vous êtes notamment préparés à gérer les soulèvements des étudiants qui y sont récurrents?
Je ne pense pas qu'on envisage mon arrivée à Yaoundé 1 comme allant pour gérer des conflits, en tout cas c'est mon avis. Vraiment j'y vais en espérant y travailler dans une ambiance de sérénité. Les rapports que j'ai eu avec les étudiants de Ngaoundéré, avec la compréhension de ces derniers parce que ce sont des jeunes camerounais extrêmement intelligents qui ont quelque fois des revendications, des requêtes et qui savent ce qu'ils veulent. Je crois qu'il faut les écouter pour que les propositions qui leur sont faites soient prises comme les leurs. Je pense qu'en les associant à un certain nombre d'actions qui seront menées en leur faveur, ils trouveront leur compte.

Qu'est-ce que vous dites à la communauté de l'Université de Ngaoundéré que vous quittez?
Je voudrais dire merci du fond du cœur à tous les enseignants qui depuis mon arrivée en 1993, jusqu'à ce jour m'ont toujours soutenu surtout dans des moments difficiles comme cela peut arriver dans la vie. J'ai également des amis parmi le personnel non enseignant à qui je voudrais exprimer ma gratitude. Permettez-moi de dire combien j'ai apprécié les rapports avec mes secrétaires, les secrétaires du recteur, qui, lorsque les circonstances l'exigeaient, m'ont apporté leur concours, leur compétence. Et je crois qu'on ne peut pas oublier ces rapports très humains avec toutes ces personnes.
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