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| Directeur de la Publication Alain Blaise Batongue |
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» Quotidienmutations
SUPPLEMENT SPORT | 05 Sep 2008
Chrono : Sur-protocole
Peut-être que dans la nomenclature des distinctions honorifiques offertes à ses fils méritants par le Cameroun, il n'y a pas de surclassement, de passage exceptionnel de grade -comme c'est le cas dans l'armée- parce que le bénéficiaire aura été "particulièrement méritant". Par Emmanuel Gustave Samnick
L'on comprendrait mal, qu'après deux médailles d'or de rang greffées d'un record olympique, performance unique réalisée par un sportif camerounais, Françoise Mbango Etone ne soit encore que "Officier du mérite camerounais", médaille agrafée sur sa poitrine mercredi soir par le Premier ministre Ephraïm Inoni au cours de la cérémonie d'hommage du gouvernement camerounais à l'athlète héroïne des récents Jeux olympiques de Beijing 2008. Sera-ce donc après avoir gagné le championnat du monde de triple saut et battu le record du monde, chose qu'elle a promise devant les médias vendredi dernier, mais qui n'auront pas de toutes les façons le même retentissement festif et médiatique que les JO, que la brave Françoise recevra la distinction honorifique suprême de l'Etat, la médaille de Commandeur de l'ordre de la valeur ? Espérons-le !
Foin de cette histoire de médailles honorifiques dont l'éclat ne peut, en aucune façon, éclipser la brillance d'une médaille d'or olympique, réjouissons-nous déjà de l'hommage officiel et solennel qui a été rendu à Françoise Mbango Etonè au cours de cette cérémonie présidée par le Premier ministre mercredi dernier. La championne voulait certainement, n'a-t-elle cessé de clamer dans ses interviewes après l'exploit de Beijing, être reçue par la plus haute autorité de l'Etat à savoir le président de la République qui, de son côté, ne se montre jamais pressant en ce genre d'occasions. Elle était, à coup sûr, prête à sacrifier à ce privilège dès sa descente d'avion à Nsimalen le samedi 23 août dernier, comme l'avaient fait les Lions indomptables le 11 février 2000 après avoir remporté au Surulere Stadium de Lagos (Nigeria), leur troisième Coupe d'Afrique des nations de football. Elle se contentera, pour l'instant, du chef du gouvernement ; le président de la République ayant pris ses vacances hors du pays il y a quelques jours.
Cela laisse tout de même songer sur le poids des contingences protocolaires dans la marche des affaires publiques chez nous. Comment comprendre que le chef de l'Etat, qui a pris soin de féliciter l'athlète au lendemain de son exploit, n'ait pas pu trouver trois a à quatre heures du temps, avant son départ en congés, dans son "emploi du temps surchargé", pour organiser le triomphe de la nation à Françoise Mbango? La même complication du calendrier présidentiel fait, de même, que l'on n'ait aucune idée de la date de la finale de la Coupe du Cameroun 2008 dont les finalistes sont connus et s'entraînent depuis deux mois. Comment expliquer, par ailleurs, que le Premier ministre, qui avait dépêché un "représentant personnel" à l'aéroport de Nsimalen le jour du retour de l'enfant prodige, ait à son tour pris une dizaine de jours pour trouver du temps à consacrer à l'hommage de la République à Mbango?
On se rend compte, à la fin, qu'il n'y a aucun sujet de fierté qui urge, aucune joie nationale qui peut bousculer les vieilles habitudes de nos gouvernements nimbées dans des lenteurs administratives et des formalismes protocolaires inutiles et indéfendables. La cérémonie de l'hôtel Hilton de mercredi soir en a encore donné une parfaite illustration. Appelés à la hâte à quelques deux heures de l'événement, les représentants des médias ont été priés de rester en dehors de la salle de la cérémonie et d'attendre que le Premier ministre s'installe, après tous les autres invités, pour qu'il leur soit indiqué où ils pourraient prendre position. Les ordres des organisateurs étaient répercutés par une faune d'hôtesses dont on se demande à quoi elles servent en si grand nombre, parce qu'il y'en avait jusqu'à deux contingents aux tenues différentes.
La fête était prétendument celle de toute la nation : il y avait des tables réservées aux membres du gouvernement et assimilés, au corps diplomatique, au monde sportif, aux proches de la championne olympique ; le ministère de la Culture avait fait le rappel de divers groupes de danses traditionnelles, de même que le ministère des Sports avait mobilisé la célèbre fanfare de l'Injs. Les journalistes, les vrais, qui ne sont pas des crève-la-faim, eux, voulaient seulement couvrir ces instants de communion nationale, dans des conditions de décence. Le folklore gouvernemental est venu leur prouver qu'ils ne sont pas concernés par cette politique piteuse du "bling-bling". Et dire que le budget de cette cérémonie valait au moins huit fois les frais de mission de l'entraîneur national des sauts que la même République n'a pas pu envoyer aux Jeux olympiques de Beijing… faute de budget.
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