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| Directeur de la Publication Alain Blaise Batongue |
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» Quotidienmutations
COMMENTAIRE | 05 Sep 2008
Rentrée
Lundi 8 septembre au Cameroun, c'est la rentrée des classes. Par Junior Binyam
Point n'est besoin de revenir sur la morosité financière ambiante qui fait que depuis une quinzaine d'années c'est le règne de la débrouille chez les parents d'élèves pour rassembler "le paquet minimum" à même de permettre à l'enfant de commencer les cours. Cette morosité a le visage des plaintes des libraires qui, avec leurs rayons achalandés-la pénurie du livre scolaire n'étant pas au rendez-vous cette année-, ne voient pas les clients se bousculer au sein de leurs officines. Toutefois les mêmes rituels à cette période de l'année sont observables ces jours derniers dans les agences de voyage des principales villes du pays où on observe un flux exceptionnel de passagers et qui brillent par leur jeune âge. Voilà pour le décor de veille de rentrée.
Du côté des infrastructures devant accueillir les élèves ce n'est toujours pas la grande révolution, même si la création sur le papier de nouvelles écoles, lycées et collèges ne peut qu'induire une meilleure couverture et un accroissement du taux d'alphabétisation. Pourtant, depuis l'atteinte du point de décision par le Cameroun en 2002, puis du point d'achèvement en 2006, il était acquis que s'il y a des secteurs où les Camerounais pourront mesurer la portée des sacrifices consentis depuis l'instauration de drastiques programmes économiques avec les institutions de Bretons-Wood, c'étaient la santé et l'éducation où seraient investis une bonne partie des fonds tirés de la remise de la dette. Et, c'est bien fort de ce qui précède que dans son discours à la nation le 31 décembre 2002, le chef de l'Etat annonçait en grande pompe le recrutement de 30.000 instituteurs pour que le Cameroun cesse d'être ce pays où on trouve des "écoles sans maitres et des maitres sans écoles".
Ce n'est donc que logiquement que le ministère de l'Education de la base et celui des Enseignements secondaires ont, avec le ministère de la Défense, les plus grosses enveloppes budgétaires. Mais très peu de choses ont changé depuis 2002 et, à la lecture des démêlés qu'ont quantité de cadres de ces ministères qui défilent devant le Conseil de discipline budgétaire et comptable du Contrôle supérieur de l'Etat depuis quelques semaines, on entraperçoit la gestion peu orthodoxe qui peut entourer ces budgets colossaux dopés par des programmes annexes divers financés par les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux.
Sur le terrain, si on s'en tient à ce témoignage de Justin Nkodo, un statisticien qui a travaillé sur le projet de la carte scolaire en 2000, la situation reste pitoyable. "Quand vous quittez les villes pour les campagnes, quelle que soit la région, vous pouvez mesurer le désastre: des écoles à classe unique (les six niveaux assurés par un seul maître) des cours jumelés donnés par des gens sans formation, des établissements où plus de 85% d'enseignants sont bénévoles, etc. En lisant les statistiques officielles d'aujourd'hui, on se demande si le gouvernement se moque de la communauté éducative." Ce constat dressé en février 2006 sur le site internet de "L'internationale de l'éducation", la fédération mondiale de syndicats d'enseignants représentant 30 millions d'enseignant(e)s et autres personnels de l'éducation, reste plus que jamais d'actualité.
A l'observation des statistiques fournis par ce regroupement on constate d'ailleurs une régression, ne serait-ce qu'en ce qui concerne l'encadrement des élèves du primaire à travers le ratio enseignant-élève. En 2006, on recensait environ 11.000 écoles primaires publiques pour 55.266 instituteurs chargés d'encadrer près de 3 millions d'élèves, soit en moyenne un maître pour 54 élèves. Un ratio qui dépasse la norme fixée par l'Unesco qui est d'un enseignant pour 45 élèves. Si seulement la promesse du chef de l'Etat de 2002 avait été suivie d'effets, ce serait au moins une grande ambition de réaliser puisque pour l'atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement (Omd), l'objectif visé par le Cameroun est d'un enseignant pour 40 élèves à l'horizon 2015.
On ne semble pas en emprunter le chemin puisque à en croire, le secrétaire général du Syndicat national indépendant des enseignants de base (Snieb), M. Kouanang, dont l'interview est publiée dans cette édition de Mutations, la moyenne nationale actuelle est d'un enseignant pour 65 élèves avec des zones où des salles de classe sont bondées, avec un maître pour cent cinquante élèves. Cette situation appelle au moins un audit de tout ce qui a pu être réalisé depuis que des sommes exceptionnelles ont été dégagées à la faveur des remises de dettes successives, corolaire des points de décisions et d'achèvement. Et peut-être que dans ce cas plus que dans d'autres parce que c'est une hypothèque qui est mise sur l'avenir de tout un pays les sanctions doivent être exemplaires.
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